ACTE PREMIER, SCÈNE II
MARCO
Et je suis fier de l’être... Si je lutte aujourd’hui contre vOus, je lutte aussi contre moi-même; et vous aimerais moins si vous cédiez trop vite...
Oui, vous êtes mon père et vous l’avez prouvé: car vous aussi vous choisirez la mort; et puisque je rejette abominable pacte, vous allez retourner au camp de l’ennemi, pour y subir le sort que Florence vous réserve...
MARCO
Mon fils, il n’est ici question que de mmi-méme, un vieillard assez inutile, qui n'a plus guère à vivre, qui n’importe à personne... C’est pourquoi je me dis que ce n’est pas la peine de combattre en moi une vieille folie, et de lutter longtemps pour élever ce qu’il me faudrait faire à la hauteur de ce qui serait sage... Je ne sais pourquoi j’irai là... Mon âme dans mon vieux corps est demeurée trop jeune; et je suis d’une époque trop éloignée encore de l’âge de la raison... Mais je déplore que tant de forces du passé m’empêchent de violer une promesse folle...
GUIDO
Je suivrai votre exemple.
MARCO
Que voulez-vous dire?.,.
GÜIDO.
Quo je ferai conme vous, que je serai fidèle à ces forces du passé qui vous semblent absurdes, mais qui heureusement, vous dominent encore...
Elles ne me dominent plus quand il s’agit des autres; et s’il vous faut, pour éclairer votre âme, le pauvre gacrifice de ma vieille parole, je renonce en mon cœur à tenir ma promesse, et, quoi que vous fassiez, je n’irai pas là-bas...
GUIDO
Mon père, c’est assez. Je vous dirais des mots qu’un fils ne doit pas dire à son père qui s’égare.
MARCO
Mon fils, dites-moi tous les mots que l’indignation soulève en votre cœur. Je les accueillerai comme les témoignages d’une juste douleur... L’amour que j’ai pour vous ne dépend pas des mots que vous pourrez me dire... Mais, en me maudissant, laissez donc la raison et la bonne pitié remplacer dans votre âme les injures qui la quittent...
GUIDO
Que ceci nous suffise. Je n’écouterai pas davantage. Réfléchissez; et représentez-vous ce que vous voulez me faire faire. C’est vous, en ce moment, qui manquez de raison, de raison haute et noble, et la crainte de la mort trouble votre sagesse. Pour moi, je regarde cette