ACTE PREMIER, SCENE
mort avec moins d'inquiétude, et sais me souvenir des leçons de courage que vous m’avez données avant que les années et la vaine étuder des livres eussent affaibli le vôtre. Nous sommes seuls dans cette salle. Personne ne fut témoin de votre défaillance, et mes deux lieutenants garderont avec moi un secret que nous n’aurons, hélas I pas à porter bien loin. Que ceci soit enseveli dans nos cœurs, et parlons maintenant de la dernière lutte..
Non, mon fils, cela ne peut s’ensevelir, car les années et les vaines études m’ont appris qu’il n’est jamais permis, pour aucune raison, d’ensevelir ainsi une seule vie d’homme. Si vous croyez que je n’ai plus le courage que vous honorez seul, il m’en demeure un autre, moins éclatant peut-être et moins célébré par les hommes, car il fait moins de mal, et les hommes vénèrent ce qui les fait souffrir.. Il me permettra d’accomplir le reste de mon devoir.
GUIDO
Et quel est donc ce reste?
MARCO
Je vais achever ce que j’ai vainement commencé. Vous étiez un des juges, vous n’êtes point le seul; et tous ceux dont la vie ou la mort se décide à cette heure ont droit à connaître leur sort et de quoi dépend leur salut...
GUIDO
Je ne comprends pas bien ; du moins, j’espère ne pas comprendre encore... Vous dites?...
MO.NNA VANNA
MARCO
Je dis qu’au sortir de celle salle, j’irai faire part au peuple de- l’offre que vous fait Prinzivalle et que vous rejetez.
GUIDO
C’est bien, cette fois j’ai compris. Je regrette que jes mots inutiles nous aient entraînés là; et je regrette aussi que votre égarement me force à manquer au respect que je dois à votre âge. Mais le devoir d’un fils est de protéger contre lui-même son père qui se trompe. Du reste, tant que Pise est debout, j’y demeure le maître et suis gardien de son honneur. Borso et Torello, je vous confie mon père; vous veillerez sur lui jusqu’à ce que sa conscience s’éclaire. Il ne s’est rien passé. Personne ne saura rien. Mon père, je vous pardonne. Vous me pardonnerez lorsque la dernière heure réveillera en vous le souvenir des jours où vous' m’avez appris à devenir un homme sans crainte et sans faiblesse volontaire.
MARCO
Mon fils, je vous pardonne avant la dernière heure. J’aurais fait comme vous. Vous m’emprisonnerez; mais mon secret est libre; il est déjà trop tard pour étouffer ma voix.
GUIDO
Qu’est-ce à dire ?
MARCO
Qu’en ce moment même, la Seigneurie délibère sur la proposition de Prinzivalle.