SCÈNE II
Les Mêmes, TRIVULZIO.
TRIVULZIO
Avez-vous remarqué la lumière insolite qui lance des signaux du haut du campanile?...
PRINZIVALLE.
Vous croyez que ce sont des signaux?.,*
TRIVULZIO
Je n’en doute pas... J’ai à vous parler, Prinzivalle..>
PRINZIVALLE.
Je vous écoute. Laisse-nous Vedio; mais ne t’éloigne pas. J’aurai besoin de toi...
[Sort Vedio.)
TRIVULZIO
Vous savez, Prinzivalle, Testime où je vous tiens. Je vous en ai donné plus d’une preuve que vous devez connaître; il en est beaucoup d’autres que vous igno< rez, car la politique de Florence, qubn appelle perfide
et qui n’est que prudente, exige que bien des choses demeurent longtemps cachées, à ceux même qu’elle met dans ses plus intimes secrets. Nous obéissons tous à ses ordres profonds, et il faut que chacun supporte avec courage le poids de ses mystères qui sont la force intelligente de la patrie. Qu’il vous suffise de savoir que je ne fus jamais étranger aux décisions qui, coup sur coup, malgré votre jeunesse et votre origine inconnue, vous choisirent pour vous mettre à la tête des plus belles armées de la République. On n’eut du reste pas à regretter ce choix. Mais, depuis quelque temps, un parti s’est formé contre vous./ Je ne sais si, en vous révélant ce qui se trame, l’amitié très réelle que je vous ai vouée n’empiète pas tm peu sur mon devoir étroit. Mais le devoir étroit est souvent plus funeste que la générosité la plus téméraire. Je vous confierai donc qu’on accuse âprement vos lenteurs et vos hésitations. Quelques-uns doutent même de votre loyauté. Des délations précises sont venues confirmer leurs soupçons. Elles ont produit une impression fâcheuse sur une partie de l’assemblée qui vous était déjà défavorable. On alla jusqu’à délibérer de votre arrestation et de votre mise en jugement. Heureusement, on me prévint à temps. Je partis pour Florence, et je n’eus pas de peine à opposer des preuves aux preuves qu’on offrait. J’ai répondu de vous. Main- i tenant, c’est à vous de justifier ma confiance, qui n’eut jamais le moindre doute; car nous sommes perdus, si vous n’agissez pas. Mon collègue, Messer Maladura, est tenu en échec à Bibbiena par les troupes du provéditeur vénitien. Une autre armée .est en marche sur Florence par le Nord. Il y va du salut de la ville. Tout peut se réparer si vous livrez demain cet assaut qu’on espère.