‹ Monna VannaChapitre 23 sur 55 · ACTE II, SCÈNE ÎI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE ÎI

trop cher... Tout y est travesti avec une habileté si perfide que j’en viens par instants à douter de ma propre innocence I... Tout y est déformé, avilh, empesté par votre envie débile et clignotante, par votre haine affreuse, depuis la première semaine de ce siège jusqu’à l’heure bienheureuse où j’ai ouvert les yeux, et où je veux enfin justifier vos soupçons. J’ai fait copier soigneusement ces lettres ; je les ai envoyées à Florence J’ai surpris les réponses. On vous croit sur parole. On vous croit d’autant mieux qu’on vous avait fourni U thème de vos accusations. On me juge sans m’entendre et me condamne à mort... Je sais qu’après cela, quand je serais couvert de l’innocence des archanges, je n’échapperais pas aux preuves qui m’accablent... G’esl pourquoi je bondis, je brise vos petites chaînes et je prends les devants... Je n’ai pas trahi jusqu’ici ; mais depuis les deux lettres je prépare votre ruine... Ce soir, je vais vous vendre, vous et vos tristes maîtres, aussi cruellement, aussi mortellement que je le pourrai faire..- Je croirai ne jamais avoir accompli dans ma vie un acte plus salutaire qu’en abaissant ainsi, autant qu’il est en moi, la seule ville qui mette la perfidie au nombre des vertus civiques et veuille que la ruse, l’hypocrisie, l’ingratitude, la vilenie et le mensonge gouvernent l’univers I... Dès ce soir, grâce à moi, votre ennemie séculaire, celle qui vous empêche et vous empêchera, taiiü qu’elle sera debout, de sortir de vos murs poup corrompre le monde, dès ce soir, grâce à moi, Pise sera sauvée et se redressera pour vous braver encore... Ohl ne vous levez pas, ne faites pas de gestes inutiles... Mes mesures sont prises, tout est inévitable; vous êteii en mon pouvoir, et, de même que je vous tiens, il me semble tenir le destin de Florence.,.

TRiVüLZiO tirant sa dague et en 'portant un coup rapiae à Prinzivalle.

Pas encore... Tant que mes mains sont libres...

PRINZIVALLE en parant le coup^ d'instinct^ avec le bras,

il a relevé la lame. File Vaiieint au visage. Il saisit le

poignet de Trivulzio.

Ah! cecil... Je ne m’attendais pas à ce sursaut de la terreur... Vous voilà dans mes mains, vous sentez que l’une d’elles vaut toute votre personne... Et voici votre dague... Je n’ai qu’à l’abaisser... On dirait que d’elle- Hiême elle cherche votre gorge... . Vous he sourcillez pas, . . Vous n’avez donc pas peur?...

TRIVULZIO froidement.

Non, enfoncez la dague, vous en avez le droit. J’avais donné ma vie...

PRINZIVALLE relâchant son étreinte.

Ah! vraiment?... Mais alors, c’est curieux, ce que vous avez fait... Et c’est même très rare... Il n’en est pas beaucoup parmi nos hommes d’armes qui eussent été capables de se jeter ainsi à la tête de la mort, et je n’aurais pas cru que dans ce petit corps...

TRIVULZIO

Vous autres qui portez sans cesse l’épée nue, vous croyez volontiers qu’il n’est d’autre courage que celui qui éclate au bout d’une longue lame...

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