‹ Monna VannaChapitre 35 sur 55 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

ment dans un gouffre votre passé, votre avenir, votre gloire, votre vie, tout ce que vous ayez, pour me faire venir une heure sous cette tente, ne me forçait à dire que vous ne vous trompez peut-être pas...

PRINZIVALLE.

Ce dernier acte est le seul qui ne prouve rien...

VANNA

Comment?...

PRINZIVALLE.

J’aime mieux vous avouer la vérité... En vous faisant venir ici, pour sauver Pise en votre nom, je n’ai rien sacrifié...

VANNA

Je ne comprends pas bien... Vous n’avez pas trahi votre patrie? vous n’avez pas détruit votre passé? perdu votre avenir? vous ne vous êtes pas condamné à l’exil et peut-être à la mort?...

PRINZIVALLE.

D’abord, je n’ai point de patrie... Si j’en avais eu une, quel que fût mon amour, je ne l’eusse pas vendue, je pense, pour cet amour... Mais je ne suis qu’un mercenaire, fidèle quand on lui est fidèle, et qui trahit

lorsqu’il se sent trahi J’ai été accusé faussement

par les commissaires de Florence, et condamné sans jugement par une république de marchands, dont aussi bien que moi vous connaissez les habitudes. Je me savais perdu. Ce que j’ai fait ce soir, loin de me

perdre davantage, me sauvera peut-être, si un Hasard quelconque peut encore me sauver...

VANNA

De sorte que vous m’avez sacrifié peu de chose?

PRINZIVALLE.

Rien. Je devais vous le dire... Il ne me plairait pas d’acheter par un mensonge un seul de vos sourires...

VANNA

C’est bien, Gianello, et ceci vaut mieux que l’amour et ses plus belles preuves... Tu n’auras pas besoin de chercher plus longtemps la main qui te fuyait. La voici...

PRINZIVALLE.

Ah ! j’aurais mieux aimé que l’amour l’eût conquise !... Mais qu’importe après tout!.,. Elle est à moi, Vanna, je la tiens dans les miennes, j’en regarde la nacre, j’en respire la vie, je m’enivre un instant d’une illusion trop douce; j’en étreins la tiède fraîcheur, je la prends, je l’étends, je la ferme, comme si elle allait me répondre dans la langue magique et secrète des amants; et je la couvre de baisers sans que tu la retires... Tu ne m’en veux donc pas de la cruelle épreuve?...

J’aurais fait la même chose ; peut-être mieux ou pis, si j’avais été à ta place... i

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