ACTE II, SCÈNE III
PRINZIVALLE.
Mais quand tu acceptas de venir sous ma tente, savais que j’étais?...
VANNA
Personne ne le savait. Il courait sur le chef de l’armée ennemie des bruits assez bizarres... Pour les uns, tu étais un vieillard effrayant; pour d’autres, un jeune prince d’une beauté merveilleuse...
PRINZIVALLE.
Mais le père de Guido, qui m’avait vu, ne t’avait donc rien dit?...
VANNA
Non.
PRINZIVALLE.
Tu ne l’as pas interrogé?...
VANNA
Non.
PRINZIVALLE.
Mais alors, quand tu vins sans défense dans la nuit, te livrer au barbare inconnu, ta chair n’a pas frémi, ton cœur n’a pas tremblé?...
Non; il fallait venir...
PRINZIVALLE.
Et quand tu m’aperçus, tu n’as pas hésité?...
MOr^INA VANJNa
VANNA
Tu ne te rappelles pas?... Je ne vis rien d’abord, à cause de ces linges...
PRINZIVALLE.
Oui, mais après, Vanna, quand je les écartai?...
VANNA
Cétait tout autre chose; et je savais déjà... Mais toi, quand tu me vis pénétrer dans la tente, quel était ton dessein?... Comptais-tu donc vraiment abuser jusqu'au bout de l’affreuse détresse?...
PRINZIVALLE.
Ah I je ne savais pas ce que je comptais faire!... Je me sentais perdu; et je voulais tout perdre... Et je te haïssais à cause de l’amour... Certes, je l’aurais fait si ce n’eût été toi... Mais toute autre que toi m’aurait paru odieuse... Il aurait fallu que toi-même ne fusses plus semblable à ce que tu étais... Je m’y perds quand j’y songe... Il eût suffi d’un mot qui fût différent de tes mots; il eût «uffi d’un geste qui ne fût pas ton geste; il eût suffi d’un rien, pour enflammer la haine et déchaîner le monstre... Mais, dès que je te vis, je vis en même temps que c’était impossible...^ .
Moi, je le vis aussi et ne te craignis plus; car nous nous entendions sans avoir besoin de rien dire... C’est curieux, quand j’y pense... Je crois que j’aurais fait