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vais sans oser espérer que je vive jusqu’à Theure où vous pardonnerez le mal que je vous fis, — car je n’ignore pas, ayant vécu moi-même, que le pardon est lent quand on est comme vous au milieu de la vie, — puisque je pars ainsi, sans que rien me demeure qu’on me puisse envier; que du moins je sois sûr d’emporter toute la haine et toute la rancune, et tous les souvenirs cruels de votre cœur; et qu’il n’en reste point pour celle qui va venir... Je ne vous ferai plus qu’une seule prière... Qu’il me soit permis de la voir une dernière fois se jeter dans vos bras... Ensuite je m'en irai sans me plaindre et sans vous croire injuste... Il est bon que dans les misères humaines, le plus vieux prenne sur ses épaules tout ce qu’il peut porter; puisqu’il n’a plus que quelques pas à faire pour qu’on le soulage du fardeau...
[Déjày durant les dernières paroles de Marco^ on entendait s'élever au dehors un bruit confus et puissant. Dans le silence qui les suit^ ce bruit augmente , se rapproche^ se précise. C'est d'abord l'attente murmurante^ puis les acclamations encore éloignées d'une foule qui se déplace. Bientôt^ perçant de toutes parts V innombrable et informe rumeur^ on distingue de plus en plus nette* ment les cris mille fois répétés de : « Vannai Vanna! Notre Monna Vannai... Gloire à Monna Vannai... Vannai Vanna! Vanna I. . » etc. etc.).
MARCO s'élançant vers les portiques qui donnent accès à la terrasse.
C’est Vannai... Elle revient!... Elle est là... Ils l’acclament I Ils l’acclament! Écoutez!.,.
[Borso et Torello le suivent sur ta terrasse^ tandis que Guido reste seul^ appuyé contre une colonne^ et regarde au loin. Durant toute cette fin de scène les clameurs du dehors redoublent et se rappy'ochent rapidement.)
MARCO sur la terrasse.
Oh I la place, les rues, les branches, les fenêtres sont couvertes de têtes et de bras qui s’alitent!... On dirait que les pierres, les feuilles et les tuiles se sont chan- 'gées en hommos!... Mais où donc est Vanna?... Je ne vois qu’un nuage qui s’ouvre et se referme!... Borso, mes pauvres yeux trahissent mon amour... La vieillesse, les larmes, la crainte les, aveuglent... Ils ne retrouvent pas le seul être qu’ils cherchent!... Où est-elle?... La vois-tu? De quel côté faut-il que j’aille à sa rencontre?...
BORSO le retenant.
Non, ne descendez pas... La foule est trop épaisse et ne se contient plus... Ils écrasent les femmes, ils renvelisent les enfants... Du reste, c’est inutile; Vanna serait ici avant que vous puissiez... Elle approche, elle est là... Elle relève la tête, elle nous a aperçus... Elle marche plus vite, elle regarde et sourit...
MARCO
Mais vous la voyez donc quand je ne la vois pas!... Ah! mes yeux presque morts qui ne distinguent rien!... Pour la première fois, je maudis la vieillesse qui m’apprit tant de choses pour me cacher celle-ci!.. Mais si vous la voyez, dites, comment est-elle?... Voyez- vous son visage?