ACTE PREMIER, SCÈx\E II
plongé dans l’ivresse; une espèce de fou comme on le représente, dont le génie avait, sur les champs de bataille, des éclairs foudroyants, venant on ne sait d’où... Je croyais affronter le démon des combats aveugle, incohérent, cruel et vaniteux, perfide et débau ché...
GUIDO
Et Prinzivalle est tel, sauf qu’il n’est pas perfide.
BORSO
C’est juste, il est loyal, bien qu’il serve Florence, et nous l’a prouvé par deux fois.
MARCO
Or, j’ai trouvé un homme qui s’est incliné devant moi comme le disciple ému s’incline devant le maître. 11 est lettré, disert, soumis à la sagesse et avide de science. Il sait écouter longuement, et se montre sensible à toutes les beautés. Il sait sourire avec intelligence; il est doux et humain, et n’aime pas la guerre. Il cherche la raison des passions et des choses. Il sait regarder en lui-même; il est plein de conscience et de sincérité, et sert à contre-cœur une république perfide. Les hasards de la vie, peut-être le destin, l’ont tourné vers les armes, et l’enchaînent encore à une gloire qu’il déteste et qu’il veut délaisser; mais pas avant d’avoir satisfait un désir; un funeste désir, comme en ont certains hommes qui sont nés, semble-t-il, sous l’étoile dangereuse d’un grand amour unique et irréalisable.* .
GUIDO
Mon père, n’oubliez point combien l’attente est lourde à ceux qui meurent de faim. Passons ces qualités dont nous n’avons que faire; et dites-nous enfin la parole de salut que vous avez promise.
MARCO
C’est vrai, je la retarde peut-être sans motif; et quoiqu’elle soit cruelle aux deux êtres que j’aime le plus sur cette terre...
GUIDO
J’en prends déjà ma part, mais pour qui sera l’autre?
MARCO
Ecoutez-moi, je vais... En arrivant ici, cela semblait étrange et difficile ; mais d’un autre côté, la chance de salut était si prodigieuse...
GUIDO
Parlez 1...
MARCO
Florence a résolu de nous anéantir. Les décemvirs de guerre l’ont jugé nécessaire, et la Seigneurie approuve leur décret. L’arrêt est sans recours. Mais Florence, hypocrite et prudente, ne voudrait pas porter aux yeux du monde qu’elle civilise, le blâme d’une victoire trop sanglante. Elle soutiendra que Pise a refusé la capitula-