ACTE III, SCÈNE II
ce qui n’est pas croyable... Gel homme ne m'a pas. prise... Il pouvait tout, puisqu’on m’avait donnée... Il ne m’a pas touchée; et je sors de sa tente comine je serais sortie de la maison d’un frère.
GUIDO
Pourquoi?...
• VANNA
Parce qu’ii m aime...
GUIDO
AhI c’était donc cela que tu devais nous dire... C’était là le miraclel... Oui, oui, j’avais déjà, aux premières paroles, entendu quelque chose qu’on ne comprenait pas... Ce n était qu’un éclair; je n’avais pas pris garde... J’avais cru que le trouble et l’ivresse de l’horreur... Mais je vois, à présent, qu’il faut y voir plus clair... [D'une voix subitement plus calme,) Ainsi, quand il t’a eue presque nue, sous sa tente, et seule, toute la nuit, cet homme ne t’a pas prise?...,
VANNA avec force.
Non!...
GUIDO
Il ne t’a pas touchée, ne t’a pas embrassée?,,.
VANNA
Je ne lui ai donné qu’un baiser sur le front; et il me Ta rendu...
GUIDO
Sur le front!... Regarde-moi, Vanna... Ai -je donc
Tair d’un homme qui croit que les étoiles sont des grains d’ellébore et qu’on éteint la lune en crachant dans un puits/... Depuis quelle aventure... Ah! je ne veux pas dire... Je ne veux pas encore nous perdre sans retour... Je ne vois pas ton but, ou si c’est le délire de cette horrible nuit qui renverse ta raison ou la mienne...
VANNA
Ce n’est pas le délire, c’est la vérité...
GUIDO
La vérité, grand Dieu!... Ah! je ne cherche qu’elle!... Mais il faudrait pourtant qu’elle fût presque humaine !... — Quoi! un homme te désire à ce point qu’il trahit sa patrie, qu’il vend tout ce qu’il a pour une seule nuit, qu’il se perd pour toujours, qu’il se perd bassement, et qu’il fait une chose qu’on n’avait jamais faite, et se rend à jamais le monde inhabitable ! Quoi! l’homme qui te tient là, seule et nue sous sa tente, qui n’a que cette nuit qu’il achète à ce prix,, cet homme-là se contente d’un baiser sur le front et s’en vient jusqu’ici pour nous le faire croire!... Non, il faut être juste et ne pas se moquer trop longtemps du malheur... S’il demandait cela, qu’avait-il donc besoin de plonger tout un peuple dans une pareille nuit, et de m’anéantir dans une angoisse telle que j'’en sors presque fou et vieilli de dix ans?... Ah! s’il n’avait voulu qu’un baiser sur le front, il eût pu nous sauver sans nous torturer tant!... Il n’avait qu’à venir comme un dieu qui délivre... Mais ce n’est pas ainsi qu’on exige et prépare un baiser sur le front!... La vérité se trouve dans nos cris de douleur et notre désespoir... Non, je ne juge pas; car