‹ Monna VannaChapitre 52 sur 55 · ACTE m. SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE m. SCÈNE U

c’est ma propre cause et je n’y vois plus clair... Mais que les autres jugent et répondent pour moi!... [Interpellant la foule,) - Avez-vous entendu?... — Je ne sais pas pourquoi elle nous parle ainsi... Mais ce qu’elle dit est dit; et vous allez juger... Vous, vous devez la croire puisqu’elle vous a sauvés I — Dites, la croyez-vous?... Que tous ceux qui la croient sortent donc.de la foule et viennent jusqu’ici donner un démenti à la raison humaine 1... Je voudrais les connaître et voir comme ils sont faits 1..

[Marco sort seul de la foule où l'on n'entend que quelques murmures timides et indistincts,)

MARCO s'élançant au milieu de la scène.

Je la crois I...

GÜIDO

Vous êtes leur complice!... — Mais les autres, les autres I Où sont-ils ceux qui croient?... (A Vanna,) — ' Les as-tu entendus?... Ceux que tu as sauvés reculent devant le rire qui remplirait la salle; ceux même qui murmuraient n’osent pas se montrer... Et moi, moi je devrais...

VANNA

Eux ne doivent pas me croire; mais toi, puisque tu m’aimes...

GÜIDO

AhI moi, puisque je t’aime, je dois être la dupe!... Non, non, écoute-moi... Ma voix n’est plus la même... Ma colère est tombée... Ceci brise les forces; et je suis

tout à coup comme un homme qui vieillit... Ma colère ne vit plus... Non, non, c’est autre chose qui va la remplacer... La vieillesse, la folie... Je ne sais pas encore... Je cherche, je regarde, je tâtonne en moi-même, pour saisir ce qui reste de mon triste bonheur... Je n’ai plus qu’un espoir... Il me semble si frêle, que je n’ose pas l’étreindre... Un mot peut le détruire, et pourtant il faut bien que l’angoisse le hasarde... — Vanna, j’ai eu grand tort de rappeler la foule avant que de savoir... J’oubliais la pudeur qui ne pouvait parler... — Tu n’oses pas leur dire que le monstre t’a prise... Oui, j’aurais dû attendre que nous fussions bien seuls... Tu m’aurais avoué l’immonde vérité... Mais je la sais, hélas! et les autres la savent... A quoi bon la cacher Vanna? il est trop tard... A présent il le faut: il faut que la pudeur triomphe d’elle-même... Tu ne m’en voudras pas... Tu comprendras aussi... Dans de pareils moments, la raison ne sait plus...

Regarde-moi, Guido. — Je mets toute ma force, toute ma loyauté, tout ce que je te dois dans ce dernier regard... Ce n’est pas la pudeur, mais c’est la vérité... Cet homme ne m’a pas prise...

GUIDO

Bien, c’est bien, c’est très bien... Il ne me reste rien... A présent, je sais tout... Oui, c’est la vérité, ou plutôt c’est l’amour... Je comprends maintenant... Tu voulais le sauver... Je ne sais ce qu’une nuit a pu faire d’une femme que j’avais tant aimée... Mais ce n’est pas

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