PREMIÈRE PÉRIODE
1" Type. METiiiVLLO en légende circulaire.
C'est l'imitation tellement servile de la monnaie Carolingienne, que quelques numismatistes des plus autorisés en cette matière persistent encore à n'y voir que des deniers royaux de Charles-le-Chauve ou de Charles-le-Simple. Ils ne tiennent qu'un médiocre compte de cette observation, que, d'après l'édit de Pitres (864), le nom royal et le monogramme devaient être inscrits du même côté, tandis que sur les deniers attribués aux comtes de Poitiers, le nom du roi Car lus rex est d'un côté et le monogramme de l'autre.
B. Fillon, dans son étude sur la trouvaille de Bonnevaux, ne met pas en doute le monnayage indépendant. Il en trouve la preuve irrécusable dans le denier attribué par lui à Rainulfe, roi d'Aquitaine (889), et qui porte d'un côté Pictavi civi avec une croix et de l'autre Met+ullo avec le monogramme carolin. Le poids
de ce denier est de 1^.79. C*est le poids le plus élevé du monnayage poitevin. Il correspond à la fabrication des dernières années de Charles-le-Chauve et des premières années de Eudes. Qui donc à cette époque osa exclure de la monnaie le nom royal pour le remplacer par un nom d*atelier, si ce n*est ce comte Rainulfe qui se fit proclamer roi d'Aquitaine à Poitiers et ne céda qu'à la puissance de Eudes ?
Quatre exemplaires seulement de ce denier figuraient à la trouvaille de Bonnevaux. Ils étaient dans un excellent état de conservation. Ce type si curieux est resté de la plus grande rareté.
Mais si ce denier portant à la fois Pictavi et Metullo est le monument le plus exceptionnel et le plus rare du monnayage poitevin, ce n'est pas le plus ancien. Le trésor de Bonnevaux comprenait par milliers, avec quelques deniers de Charles-le-Chauve et le denier unique de Carloman (880), des deniers avec la légende CARLVS REX FR ou FP ou simplement R ou P. La légende du revers MET*VLLO est divisée en deux par une croisette. C'est le signe distinctif et caractéristique de cette fabrication. M. B. Fillon réduit à sept principales les innombrables variétés de coins dont Poey d'Avant a dressé un catalogue fastidieux :
1° CARLVS REX FR. i^. MET*VLLO. Traces d'une circulation assez longue. Lettres d'un bon style.
2^ * CARLVS REX FR. Lettres un peu plus larges. Traces visibles de circulation.
3** CARLVS REX PP. Bonne conservation.
4° id. Lettres plus évasées.
5"" CARLVS REX F. Mêmes travail et état; ces deniers étaient en petit nombre.
&" CARLVS REX R. A fleur de coin.
7° CARLVS REX P.
On a voulu expliquer les lettres terminales des légendes, R par Rainulfus, P par Pectavis; B. Fillon et M. Lecointre-Dupont se refusent avec raison à y voir autre chose que la dégénérescence des lettres originaires FR ou encore des différents d'ateliers. Voici une autre désinence qui ne peut avoir d'autre explication.
197. * CARLVS REX II. Croix. % * MET^VLLO. Mi-partie rétrograde. Monogramme un peu altéré.
Dessin communiqué par M, B. Fillon, PI. IX, nM.
Ces variétés ci-dessus figuraient en plus petit nombre dans la trouvaille de Thouars.
C'est à ce môme type que se rapporte la pièce suivante :
198. * CARLVS REX FR. Croix. % * MET*VLLO. Monogramme. Or. Poids 3*^.30. (Catalogue Rousseau. Vignette, page S4,) PI. IX, n« 2.
Etait-ce une monnaie courante ou une pièce frappée exceptionnellement pour acquitter quelque redevance, comme Tobole d'or de Moissac et d'autres que nous signalerons à l'article Toulouse. Ce qu'il y a de curieux, c'est que son poids de 3^.30 est presque rigoureusement le double de l'obole 1^.69 appartenant à M. Lecointre-Dupont et déjà gravée par Poey d'Avant, PI. LU, n** 20, mais qu'il a publiée sous deux numéros 2358 et 2364, bien qu'il n'y eut qu'un exemplaire (1).
Ce môme type primitif s'est retrouvé avec un affaiblissement considérable de poids dans la découverte de Cuerdale, dont on a fixé l'enfouissement à 910 et plus encore dans celle de Mourlieu, enfouie de 915 à 920.
La découverte de Cuerdale contenait quelques deniers à la croix pattée. Poey d'Avant, PI. LUI, n° 6.
Ce n'est pas seulement l'abaissement du poids de 1^.60 à 1».30 qui prouve l'immobilisation du type, mais l'altération des légendes et la défiguration des lettres qui deviennent irrégulières et baveuses ; ce type a du disparaître vers le milieu du x' siècle, car la trouvaille de Javarzay n'en contenait qu'un spécimen.
Nous avons dit que le signe caractéristique du monnayage féodal du Poitou était la croisette introduite au milieu de la légende MET*VLLO, Poey d'Avant a formulé comme une règle absolue ce que M. Lecointre-Dupont n'avait avancé que sous une forme dubitative et ce qu'il avait signalé à l'observation. Mais cette règle a aussi ses exceptions. Ainsi M. B. Fillon, en rendant compte de la trouvaille de Thouars, y a rencontré un denier sans la croisette séparant le mot METVLLO et comme ce denier portait au droit la légende CARLVS REX F il le considère comme un produit d'une fabrication moins ancienne que celles avec REX FR. Voici un autre exemple de l'altération de cette légende.
(1) 11 a paru dans une tente récente une obole d*or qui a été jugée unanimement reconnue pour être de fabrique moderne.
199. ^ CARLVS REX E. Croix. ^. METVLLO. Monogramme très dégénéré. Dessin communiqué par B. Fillon,
PI. IX, n" 3.
¥ Type. Obole au grand monogramme KROLS dans le champ.
Cette obole est généralement d'un poids élevé, 0».7<, 0».80, 0«.75; elle parait être la subdivision du denier à la légende circulaire puisqu'on ne connaît qu'une seule obole à la légende circulaire découverte à Cuerdale et qu'au contraire le trésor de Bonnevaux contenait environ 250 oboles avec KROLS dans le champ.
B. Fillon les classe en cinq variétés distinctes :
1° Sans la croisette. Poey d'Avant, PI. LU, n® 15.
2° Avec la croisette. Poey d'Avant, PI. LU, n° 17.
J" Avec la 'croisette, avec l'-E barré et des coins dans les deux LL de Metullo.
4^ Avec la croisette, avec S du monogramme renversé, qu'il signale en bon
état.
5** Avec la croisette, avec le K du monogramme barré ; elles étaient à fleur de coin.
Ce type s'est également retrouvé à Mourlieu; un exemplaire figurait à Cuerdale, malgré l'assertion de Poey d'Avant, qui écrit par inadvertance qu'il n'y en avait pas dans cette trouvaille, après en avoir indiqué une sous le n^ 2404.
Nous reproduisons comme spécimen de ce type un exemplaire différent de ceux déjà connus par la place de la croisette.
200. Monogramme Carolin, dans le champ la croisette entre le K et TR. i^. * METVLLO. Croix.
Billon. Obole.
PI. XI, n° 4.