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MONNAYAGE ANONYME DES ARCHEVÊQUES DE LYON

Jusqu'à présent on a fait commencer ce monnayage par les deniers portant dans le champ L G. Nous pensons qu'il en existe d'antérieurs qui portent dans le champ L S. La lettre S n'occupe pas la place principale. Elle nous paraît être placée là comme suite de celle qu'on rencontre sur les deniers d'Henri II ou III.

(t) Hoffmann. Le Numismate 1^9. pa^ Tl.

Nous en connaissons deux exemplaii*es variés.

538. * PRIMA SeoeS. Dans le champ L S. ^. * GALLIARV. Croix pattée. Argent. Denier un peu ébreché. Poids 1^. Collection Ferrari.

PI. XXII, n"U.

o39. * PRIMA SeoeS . Dans le champ LS entrelacés, j^. ^ GALLIARV. Croix.

Billon. Denier. Collection Kecamier.

PI. XXII, n« 15.

Nous croyons devoir donner à nouveau le dessin du n® 11, PI. CXIIl de Poey d'Avant, tant ce dessin rappelle peu le style très fin du denier du cabinet de France.

540. * PRIMA SCD£S. D'ans le champ L G paraissant être la dégénérescence de L S. ^. GA LL lA RV. Croix coupant la légende. Argent. Denier. Cabinet de France.

PI. XXII, n<» 46.

Les monnaies suivantes présentent quelque variété avec celles connues :

oil . 9 PRIMA SCDCS. Dans le champ L barrée par un trait à deux crochets. ^. * GALLIARV. Croix simple.

Argent. Denier. Collection Gariel.

PI. XXII, nM 7.

542. * PRIMA S6DGS L. Dans le champ cruciforme accosté du soleil et de la lune. ^, * GALLI I ARVM. Croix longue cantonnée au 2® d'un soleil.

Billon. Double. Poids 1^.35.

Cabinet de France.

PI. XXII, n« 18.

543. * Entre trois trèfles PRIMA trèfle SfiOSS. Grand L cruciforme entre le soleil et la lune. ^. lii GALLI | A trèfle RVM trèfle. Croix fichée coupant la légende, cantonnée au 2* d'un soleil, au 3® d'un croissant de lune.

Argent. Gros. Poids 2».75.

Collection Recamter.

PI. XXII, n° 19.

Il est regrettable que le monnayage de Tarchevéque et du chapitre de Lyon

n*:nt point encore été l'objet d*une monographie, tandis que les pins petits fiefs ont souvent été étudiés par deux ou trois numismates. Ce travail a été si souvent et depuis si longtemps annoncé (1) qu'il ne faut pas désespérer de le voir aboutir.

L'élude que nous avons faite du numéraire de Lyon dans toutes les grandes collections de Paris, nous permet de formuler les propositions suivantes.

Le monnayage anonyme de Lyon peut se diviser en trois périodes bien distinctes.

Les monnaies les plus anciennes de la première période nous paraissent être celles qui, dans le champ, contiennent les lettres LS et qui font suite aux monnaies de Rodolphe et d'Henri, présentant également la lettre S. On peut en étudier la forme sur notre PI. XXII, n^ 14, qui a produit le monogramme LG, de même que la forme LS entrelacés de notre n** 15 a produit L barrée.

Cette L barrée caractérise la deuxième période. Elle l'est d'abord par un trait simple, souvenir de la lettre S, puis par un trait se terminant par deux crochets (Voir noire PI. XXII, n^ 17), et enfin la lettre L devient cruciforme et le bas tend de plus en plus à devenir le pied de la croix. (Voir notre PI. XXII, n° 18). Les signes épigraphiques de cette période sontl'C lunaire, qui s'est maintenu à Lyon beaucoup plus longtemps que nulle part ailleurs et la forme abrévialive de rV deGalliarum très accentuée sur notre n^ 17.

La transition de la deuxième à la troisième période nous parait indiquée par les n°M9 à 21 , PI. CXIII, de Poey d'Avant, qui portent à la fois l'G lunaire et \H abréviatif, et d'autre part le soleil et la lune que nous retrouvons comme signe dislinctif de la troisième période.

A cette période appartient tout le monnayage portant à droite et à gauche de l'L cruciforme et dans les cantonnements du revers le soleil et la lune. Outre ce signe caractéristique, ce monnayage se distingue par les épicycloïdes, ornement que les rois de France n'ont employé d'abord que sur l'or, mais qui paraît sur les monnaies de billon des seigneurs voisins avec Humbcrt II, dauphin

(1) B. FJUon annonçait dans le catalogue Rousseau qu'il préparait une monographie et qu'il en avait réuni tous les éléments. M. Kecamier, qui possède certainement la collection la plus complète, se propose d'embrasser tout le monnayage de Lyon ; cette collection a fourni à M. Ch. Lenormand le sujet d'une communication des plus intéressantes pour l'époque Romaine, communication faite à l'académie des inscriptions et belles-lettres. M. Recamier, par le synchronisme des trouvaUles qu'il a recueillies et la comparaison des diiTérrnls monétaires avec les plombs tirés du lit de la Saône, espère arriver à classer à chaque archevêque les monnaies que nous n'avons pu classer que par périodes. M. Morin Pons continue a rechercher les documents pour l'histoire de l'atelier féodal.

de Viennois, au plus tard 4349 et plus souvent dans la seconde moitié du XIV* siècle, sur les espèces des évoques de Valence et Die et des comtes de Valentinois et de Diois. La croix fleurdelisée et renflée dans le bas (Poey d'Avant, PI. CXIV, n^ 4), et la croix longue de notre PI. XXII, n® 18, ont leurs similaires sur les monnaies de Philippe VI (1328-1350). (Voir Hoffmann, n<» 23 et 42). La croix fichée de notre n® 19 n'a pas d'équivalent exact dans les monnaies royales. La croix double du n** 8, PI. CXIV de Poey d'Avant, se retrouve sur les monnaies Dauphinoises et peut être rapprochée de notre n^ 12, PI. XXI, appartenant à Humbert II.

Nous retrouvons la croix feuillue du n^ 9, PI. CXIV de Poey d'Avant, sur les gros de Guigne, dauphin de Viennois, de Pasteur et de Raymond, archevêques d'Embrun (Voir notre PI. XX, n® 8), et d'Aymar de Valentinois, peut-être Aymar V, tous dans la première moitié du xiv* siècle.

Il serait donc bien important de savoir à quelle époque précise le soleil et la lune firent leur apparition sur les monnaies de Lyon et on peut encore espérer le découvrir, puisque certaines ordonnances signalent ces différents comme étant déjà un type plus ancien.

Ces documents, après avoir fait l'objet d'une communication de M. Morin Pons, à l'Académie de Lyon, ont été analysés par M. de Barthélémy (1). Le plus ancien ne remonte pas au-delà de 1350, et trois seulement sont antérieurs à l'archiépiscopat de Charles d'Alençon (13 juillet 1365). Ils ne nous donnent malheureusement aucun renseignement sur la taille, ni sur le type de la monnaie. A partir de cette époque, les ordonnances sont plus abondantes et surtout plus précises. Celles des 17 novembre 1368, 9 septembre 1369, 28 avril 1371 et 2 octobre 1373, en même temps qu'elles nomment le maître de la monnaie pour un an, prescrivent le poids et l'aloi de chaque espèce. Nous étudierons plus particulièrement celle du 17 novembre 1368 qui, sauf quelques différences de poids et de taille, est reproduite par les autres.

Elle prescrit la fabrication : 1** De deniers blancs, ayant cours pour six deniers viennois, fabriqués à raison de 7 livres 1 0 sous viennois au marc d'argent fin, de quatre deniers de loi, 8*. 4^. de poids, et à deux grains de loi et un denier de poids de remède; 2° d'autres deniers blancs, dits forts viennois^ ayant cours pour deux deniers viennois, à 2*. 8«. de loi, 14". 7''. de poids; 3° de deniers noirs.

<1) Revue Numismetique fraDcaise 4860, page 140.

ajanl cours pour un denier viennois, il''. 12^. de loi et \S\ 9^ de poids. L'ordonnance du 28 avril 1371 ordonne la fabrication d'une quatrième espèce de monnaie. Ce sont des gros d'argent ayant cours pour huit deniers, à 8 sous de poids, mais le chiffre de la loi manque.

Essayons d'abord d'identifier les diverses monnaies indiquées dans ces ordonnances avec celles connues.

Les gros d'argent qui avaient cours pour 8 deniers viennois étaient à 8 sous de poids. Il devait y en avoir 8 fois 12, soit 96, dans le poids d'un marc, probablement celui de Paris, qui était de 244 grammes 752. Chaque gros devait donc peser 2^.54. Une seule monnaie correspond à ce poids. C'est le n"" 5, PI. CXIV, de Poey d'Avant, qu'il indiqua comme étant au cabinet de France, et pesant 2^.8. Le poids vérifié par nous est en réalité de 2^.50. La fabrication de ce gros, ordonnée en 1371, n'a pas été continuée en 1373; il n'est donc pas étonnant qu'il soit très rare.

Le blanc valant 6 deniers était à la taille de 8'. 4*^. dans l'ordonnance de 1368, c'est-à-dire de 100 pièces par marc. Comme il était à 4^. de loi, c'est-i-dire à un tiers de fin, il fallait 300 de ces pièces pour payer un marc d'argent fin, c'est-à-dire à 12^. de loi. De plus, comme le blanc valait 6"^., le prix du marc de fin était de 300 X 6=1 ,800 deniers. Or, 1 ,800 deniers, à 12 deniers par sol et 20 sols par livre, soit 240 deniers par livre, donnent bien exactement le chiffre de 7 livres 10 sous, qu'indique l'ordonnance de 1368.

Il faudrait donc que le blanc valant 6 deniers viennois, et i la taille de 8*. 4"^., c'est-à-dire de 100 au marc, taille qui n'a été que très légèrement modifiée par les ordonnances suivantes, pesât 2^.44. Nous ne trouvons comme se rapprochant de ce poids qu'un exemplaire du n^ 8, PI. CXIV, pesant 2^.30, collection Gariel et l'exemplaire du n** 9, cabinet de France, 2^.38.

La taille des forts valant 2 deniers viennois, varie de 13^ 8"*. à 15^, en passant par 14'. 7. Prenons ce dernier chiffre intermédiaire qui produit 173 pièces au marc, soit 244 divisé par 175 s» 1^.39. Les monnaies approchant de ce poids seraient le n® 6, même planche, poids 1^.29, et le n^ 1 1 , 1^.30, appartenant toutes deux à Chai'les d'Alençon, la I'* par les fleurs de Us du cantonnement, la 2^ par le nom KROL inscrit dans le champ.

Quant au denier noir correspondant au denier viennois et qui devait être à la taille moyenne de 18'., c'est-à-dire de 216 au marc, il devait peser 1^.13. La seule pièce correspondant à ce poids, parmi les monnaies pointant les différents du soleil et de la lune, serait le n^ 7 indiqué comme pesant 1^.03. Ce denier était

appelé à jaste raison denier noir, car il n'était qu'à un denier de loi, c'est-à-dire qu'il ne contenait qu'un douzième d'argent-le-roi.

Si nous avons autant insisté sur les poids des espèces indiquées par les ordonnances de 1368 à 1373, c'est pour en déduire une conséquence qui nous paraît logique.

Une des plus répandues parmi les monnaies épiscopales de Lyon est un double d'argent ou de billon , à très haut titre, qui ne correspond pas du tout à la taille du numéraire qui précède. Les nombreux exemplaires que nous avons pesés varient de 1«^.60 à 1«.75. Il est figuré sous le n* 19, PI. CXIII, de Poey d'Avant, qui en indique une division pesant 0^.82. Ce monnayage porte à la fois l'G lunaire et le soleil et la lune. Il est très certainement antérieur au monnayage édicté par les ordonnances que nous avons citées. Mais ce dont il faut surtout prendre note, c'est que par son poids et la nature du métal employé, ce denier indique un tout autre système de monnayage.

Examinons maintenant quels enseignements on peut tirer de ces ordonnances au point de vue du type.

L'ordonnance du 17 novembre 1368 permet au maître de la monnaie de frapper avec tels signes qu'il lui plaira cum omnibus signis, signaculis, seu caracteribus y que sibi placuerint et videbuntur opportuna, pourvu qu'il maintienne l'inscription Prima Sedes Galliarum. Cette clause a paru avec juste raison à M. de Barthélémy ouvrir la porte aux contrefaçons, faites par l'archevêque, des monnaies royales et en donner la date. Nous disons à dessein Tarchevêque, car les monnaies signées que nous avons vues de Charles d'Alençon, sont toutes d'un détestable métal.

Cette tolérance est continuée par l'ordonnance du 9 septembre 1369, qui permet au maître des monnaies de choisir le type qui lui conviendrait sub quocumque signo et contrasigno quod eidem placuerit, pourvu qu'il conservât la légende Prima Sedes Galliarum.

Il est évident que cette contrefaçon d'une part et le mauvais aloi des monnaies avaient frappé le chapitre, puisque le 22 avril 1371 il prescrit seul, en l'absence de l'archevêque, le retour aux types anciens et cela dans les termes les plus impératifs: voluerunt et consensierunt quod scudatur moneta ad signa et formam antiquiora, aliter non, et une autre ordonnance du 28 avril 1371 nous dit quels sont ces signes plus anciens. Les monnaies doivent porter la légende Prima Sedes Galliarum avec le type du soleil et de la lune. Le maître pouvait les diminuer ou les augmenter selon les variations des espèces du roi de France.

Celui-ci, de son côté, s*était préoccupé de l'imitation des monnaies royales par Charles d*Aleuçon. Deux types en effet en sont la copie exacte; Tun est la copie du blanc de donne avec la lettre K dans le champ, Tautre celle du denier delphinal avec KROL dans le champ.

En 4373, Tarchevéque fut invité à discontinuer la monnaie d'argent qu'il faisait faire et forger, en son château de Bechevilain, depuis quatre ans, et i fabriquer la monnaie que d'ancienneté les arcevesques de Lyon avaient accoustumé de faire, c'est à savoir des blancs où il y a un soleil et une lune, et le 12 juillet 1373 les gens de l'archevêque déclarèrent pour leur maître, en la chambre des monnaies, qu'il ne ferait plus faire ni forger lesd blancs deniers contrefaits à ceux du roy, mais se délaissait de icelle contrefaire et que s'aucun ouvrage il voulait faire, si le ferait par le conseil du roy, et outre fut dit que le maître qui avait fait l'ouvrage en Uui monnaie l'avait lessiée à cette fête de Saint Jean-Baptiste dernièrement passée (1).

Cet engagement ne fut pas rempli et le 7 août 1 373, le chancelier vint en la chambre des Comptes et dit que Monseigneur de Lyon n'avait pas cessé de faire ouvrer en sa monnaie, se il n'avait cessé huit jours devant la date de cette lettre et M. d'Amiens répondit que le vicaire le avait envoyé quérir un tailleur pour ce que le sien était malade et que en vérité il cesserait de faire ouvrer, se n'estait en l'ancienne guise à laquelle il a accoustumé d'ouvrer.

Ces remontrances nous signalent l'ancienneté du type au soleil et à la lune que nous avons déjà vu qualifiée de signa antiquiora d'ans l'ordonnance de 4371.

Ainsi le chapitre d'un côté pour la conservation de ses bénéfices monétaires, le roi pour assurer le cours de sa monnaie, s'opposaient chacun dans son intérêt au monnayage signé par l'archevêque; commencé selon toute vraisemblance par suite de la faculté laissée au maître des monnaies, le 17 novembre 1368, de faire graver tels signes qu'il lui plairait, ce monnayage ne dura pas même quatre ans et fut discontinué par suite des injonctions royales.

Aussi le 2 octobre 1373, ce sont les grands-vicaires et le chapitre qui nomment le maître des monnaies en l'absence de l'archevêque, avec mission de frapper aux mêmes types et légendes que le maître précédent, c'est-à-dire i la légende Prima Sedes Galliarum et au type du soleil et de la lune, le tout au marc de Lyon. Cette énonciation paraît pour la première fois, ce qui fait présumer que les autres indications sont au marc de Paris. Les actes suivants : 8 avril 1375, du vivant de

(i) De Saulcy. Documents monétairei, page 521.

Charles d'Alençon, mort seulement le 5 juillet 1375, 29 mars 1378, 10 décembre 1379, émanent du chapitre seul. Celui du 13 février 1380, qui nomme Barthélémy Lamberti maître de la monnaie sedes ecclesie lugduni, est signé par Jean de Talaru, archevêque, et le doyen du chapitre. Il est à espérer que la monographie si souvent annoncée nous fera connaître d'autres documents et nous fixera sur la fin de ce monnayage que Poey d* Avant place en 1414, date de Tarrêt qui ordonna hi translation de Tatelier de Mâcon à Lyon; Tarchevéque protesta, en disant que Touverture d'un atelier royal détruirait les privilèges monétaires concédés à son siège par les empereurs et confirmés par les rois de France. Il profita sans doute du triste état de la France à cette époque pour continuer son monnayage, ou tout au moins pour en faire usage à diverses reprises ; en tout cas Tatelier royal ne fonctionna effectivement à Lyon, d'après M. Robert (1), qu'à la fin du xv*' siècle.

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