PRONOSTIC
Lorsque l’irritation du foie est consécutive et (|u’ellc n’est qu’à son premier degré , elle n’oftVc rien de dangereux : on est toujours sûr de la voir céder à des moyens appropriés.
L’irritation hépatique primitive se manifeste constamment par des signes plus nombreux et plus prononcés que dans le cas précédent 3 toutes les fois néanmoins qu’elle existe seule , c’est-àdire qu’elle ne s’est pas propagée encore au péritoine et au tube digestif, il est facile d’en arrêter le cours. L’ouvrier dont j’ai rapporté l’histoire, page 37 , présentait une lésion de ce genre quand il vint chez moi me consulter : je suis persuadé qu’il ne fallait à cette époque qu’une saignée du bras ou une forte application de sangsues à l’hypocondre , et un régime approprié , pour dissiper les accidents et amener une prompte guérison .
Les symptômes que les auteurs ont assignés à l’hépatite aiguë indiquent , comme je l’ai prouvé, que la membrane muqueuse alimentaire , le foie et le péritoine, sont enflammés en même temps.
PUOiXOSTlC.
l'jy
L’ctul morbide qui résulte de l’aflection simultanée de ces trois organes est très grave et l’issue en est très souvent malheureuse. J’ajouterai pourtant que la gasLro-liépato-péritonite aiguë ne se terminerait pas à beaucoup près aussi fré- (piemment par la mort si l’on employait pour la combattre une médication plus rationnelle. Ne fiit-il possible d’alléguer à l’appui de cette assertion que le succès que j’ai obtenu chez l’ouvrier dont je viens de parler , que ce fait seul devrait suffire pour engager les praticiens à imiter la conduite que j’ai tenue en cette occasion.
Quand l’irritation du foie a revêtu les caractères d’une phlegmasie chronique , la maladie , pour être moins intense et moins douloureuse , n’en est que plus difficile à guérir. L’une des principales causes surtout delà presque-inutilité de l’art dans ce cas, c’est que, lorsque l’hépatite prend la marche chronique en commençant , ce qui arrive le plus communément , on ne s’aperçoit pour l’ordinaire que le foie est enflammé qu’après que ce viscère est devenu le siège d’une dégénération morbide , et que nous ne possédons aucun moyen de rétablir dans leur état normal les tissus véritablement désorganisés.
TRAITEMENT
On a pu se convaincre par ce que j’ai dit déjà que, si les premières nuances de l’irritation hépatique ne dépendent pas constamment d’une inflammation du tube digestif, ce n’est du moins que dans ce cas qu’on peut les distinguer. Cet état de sur-excitation du foie n’exige aucun traitement particulier : la seule indication qui se présente alors est de remonter à la cause des accidents et de l’attaquer directement. La fièvre bilieuse des auteurs , par exemple , n’est autre chose , selon moi , qu’une lésion gastro-hépatique. Eh bien, si, chez un individu atteint de cette maladie , l’iiypocondre droit n’est ni tendu ni douloureux au toucher , le médecin ne devra s’occuper que de l’irritation des voies digestives. Cette dernière disparaissant , celle du foie disparaîtra également. L’essentiel est qu’on agisse suivant les principes d’une saine doctrine , et qu’on ne s’obstine pas à ne voir que des humeurs à évacuer là où il ne faut le plus souvent que recourir à la diète , aux boissons délayantes ou à quelques évacuations sanguines , pour procurer une guérison prompte et solide. Qu’on ne vs’y
rUAiriiMENT.
trompe point, les préceptes (pie je donne ici sont (l’une telle importance pour la pratique , qu’en s’y conformant on préservera presc^ue toujours les malades de cette foule d’altérations qui se développent dans le foie , et qui ont reçu le nom (Vobstrîictioîis. Ce n’est pas à combattre ces sortes d’altérations quand elles existent , c’est à les empêcher de se former, (|ue le médecin doit s’attacher. Or il ne saurait y parvenir qu’en détruisant la cause qui produit ces irritations hépatiques légères (|ui , méconnues ou mal traitées , se prolongent indéfiniment ou prennent les caractères d’une phlegmasie chronique , et se terminent si fréquemment dans ces deux circonstances par la désorganisation du tissu qui en est le siège. On aurait donc tort de se figurer qu’il ne s’agit ici que de la discussion stérile d’un point de théorie. Le principe que j’établis repose sur ce fait incontestable : la gastro-entérite détermine dans la grande majorité des cas une irritation du foie y il a pour but de démontrer (pie le moyen le plus certain d’arrêter les progrès de celle-ci consiste à guérir celle-là et à ne pas l’exaspérer surtout par les vomitifs , les purgatifs , les désobstruants , etc.
Si l’irritation hépati([ue n’offre aucune indication particulière tant qu’elle n’est qu’à son pre-
rHAlTEMi:NT.
mier dc^ré , il n’oii est pas de nirme lorscpi’cllc* présente lessyinplôines que les pathologistes ont assignés à Fliépatile. D’une part, en effet, l’expérience prouve que , dans le cas où l’inflammation du foie dépend d’une lésion des voies digestives, le plus sûr est d’attaquer simultanément ces deux affections; de l’autre, on sent facilement que les moyens thérapeutiques qu’on emploie contre l’hépatite doivent varier, sinon quant aux proq)riétés , du moins sous le rapport du nombre , de l’activité , du mode d’administration , suivant qu’elle est aiguë ou chronique , traumatique ou consécutive. Je vais tâcher de préciser la conduite qu’il convient de tenir dans chacune de ces circonstances.
'l’outes les fois que l’hépatite aiguë dépendra d’une gastro-entérite et que le sujet sera pléthori(pie, on commencera par pratiquer une saignée du bras. Si , malgré cette saignée , le pouls reste large , dur et plein , on la réitérera et l’on en viendra ensuite aux évacuations sanguines locales. Ces dernières suffisent généralement chez les individus qui ne sont ni pléthoriques ni très forts , ou qui ne paraissent pas atteints d’une phlegmasie très intense ; mais il faut même dans ce cas qu’elles soient abondantes, répétées souvent. On est en général trop
-TUA1TEI\1KNT.
io:>
réservé sur leur emploi. I.es saiif^sues s’appli- ([ueiil ordiiiairoiiieiit à l’épii^aslre et à l’hypoeoiidre ; eepondaiil, si Tou avait lieu de ])résuuicr cpic la suppression ou la diminution d’un tlux liémorrlioïdalpériodi([uc eût [)u iidluer sur le développement de la maladie, il serait iridi- ([ué d’en mettre à l’anus. On couvrira la région du luie de cataplasmes émollients, et si leur poids l'a ligue , on les remplacera par une 11anelle trempée dans une décoction émolliente. On [)res(‘rira la diète la plus sévère et des boissons acidulés Froides, telles (|u’unc limonade, une orangeade , l’oxicrat , du sirop de groseille étendu d’eau fraîche. Eniin , on secondera tous ces moyens par des demi-lavements de décoction de graines de lin ou de racines de guimauve, (|u’on rendra plus efficaces par l’addition de la pariétaire ou du nitrate de potasse. 11 est rare que, par suite d’une médication aussi rationnelle , on n’obtienne pas une grande diminution des symptômes inllammatoires. Quand on est parvenu à ce résultat, les bains produisent d’excellents effets , et l’on peut, immédiatement après leur emploi , avoir recours à l’huile de ricin ou bien à de légers purgatifs salins qu’on administrera conjointement avec les sucs des plantes borragiiiées, cbicoracées , etc. Les évacuants sou-
rKAlTEMEIST.
lagent toujours alors, pourvu qu’ils ne soient pas trop actifs et qu’on n’en fasse qu’un usage modéré.
Lorsque l’inflammation a débuté par le péritoine et que cette membrane et la superficie du parenchyme hépatique sont les parties les plus irritées , le traitement ne diffère du précédent qu’en ce que la saignée du bras est plus généralement indiquée, et qu’après qu’on en a fait une ou deux , on peut , dans la plupart des cas , se borner à n’appliquer de sangsues qu’à l’hypocondre droit.
L’hépatite traumatique n’exige pas non plus une médication différente. Seulement, comme l’irritation hépatique qui survient à la suite d’une blessure du foie ne dépend pas de l’affection préexistante d’un autre organe , et que , si les voies digestives se trouvent alors enflammées, ce n’est jamais que consécutivement, il faut donner la préférence à la saignée générale. Je n’ignore pas que ce moyen a l’inconvénient d’affaiblir plus que les émissions sanguines locales, et qu’il pourrait devenir dangereux de trop insister sur son emploi ; mais c’est au praticien à se renfermer dans de sages limites , et à juger lui-même de l’époque où la saignée capillaire doit être substituée à l’ouverture de la veine.
TKAllKMKNT.
Ou voit, cclâ , ((ue les évacuations
sanguines générales ou locales rorinent la base (lu traitement de l’hépatite aiguë, .l’ajouterai que, ([uoique j’aie déjà parlé du lieu où il convient de prati(juer les saignées capillaires, je ne crois pas devoir passer outre sans faire observer qu’on a attaché beaucoup trop d’importance à celles de la marge de l’anus. Les médecins qui ont conseillé l’application des sangsues à cette partie ont eu en vue de dégorger la veine porte par l’intermédiaire des vaisseaux hémorrhoïdaux. (( iVJais est-ce bien par la saignée praticjuée à la marge de l’anus qu’on obtiendra ce résubat ? Quelle influence pourra exercer sur la circulation de la veine porte l’émission lente de quel- (jues onces de sang par une saignée capillaire , aussi promptement réparé (pi’il est évacué ? On agira bien plus cfiicacemcnt sur la circulation du foie par une saignée générale , dans laquelle on soustrait brusquement une grande quantité de sang. D’ailleurs , en supposant qu’on diminuât, d’une manière notable la quantité de ce liquide en circulation dans la veine porte , on ne remplirait pas complètement le but qu’on se propose ; car le foie en reçoit beaucoup par l’artère hépatique , et celui (ju’elle lui apporte est bien plus stimulant que celui qui lui arrive par la
TRAlTEMEN'l.
première (i). » Ces raisons, bien que très propres , certes , à infirmer l’opinion de ceux (jui pensent que la lluxioii qu’on détermine surl’ex' trémité inférieure du rectum décharge directement le système veineux hépatique, ne me paraissent pas suffisantes néanmoins pour qu’on n’en vienne pas à l’application des sangsues à l’anus, lorsque le développement de la phlegniasie qui nous occupe a été précédé par la suppression ou la diminution d’un flux hémorrhoïdal. Mais cette circonstance est la seule où ce moyen soit d’une utilité incontestable j encore n’est-on pas meme dispensé alors de recourir aux saignées de l’épigastre et de l’hypocondre.
Les A^entouses scarifiées et les A^ésicatoires , recommandés par quelques praticiens, sont, sinon constamment nuisibles , du moins parfaitement inutiles dans le traitement de l’hépatite aiguè*. Appliqués , en effet , à l’hypocondre pendant que la maladie est dans toute sa force , ils ne peuvent que l’augmenter 5 et si l’on attend pour s’en servir que l’irritation , considérablement diminuée sous l’influence des émissions
(i) Goupil, Exposition des principes de la nouvelle doctrine médicale , page 55 1 .
TRAITEMENT
sanguines , soit sur le point de se dissiper , non seulement on s’expose à raviver le mal , mais il est sur qu’il ne faut alors, pour terminer la cure, que continuer l’usage des bains, des cataplasmes, des lavements , des boissons rafraîchissantes , et surtout ne permettre aux malades de revenir aux aliments qu’avec les plus grands ménagements.
L’hépatite aiguë ne se terminerait peut-être jamais par suppuration , si elle était toujours combattue avec l’énergie nécessaire par les saignées générales ou locales 5 malheureusement il n’y a qu’un très petit nombre de médecins qui tiennent cette conduite, et cela est d’autant plus fâcheux que les foyers purulents qui se forment dans le foie ne sont (pie fort rarement accessildcs aux moyens chirurgicaux, et que , lors même ([U ils le sont, l’art ne nous offre d’autre ressource que l’ouverture de l’abcès.
Cette opération devra être pratiquée aussitôt que la üuctuation sera manifeste et qu’on aura accjuis la certitude que la tumeur qu’on se propose d’ouvrir est réellement une collection de pus. Je fais cette remarque parce qu’il est arrivé qu’on a pris la vésicule du fiel disleiuluc outre mesure par une grande quantité de hile pour un abcès hépatique , et que l’ouverture de
I KAITEMENT.
cette poche a été consUiiiiiiieiit suivie de la mort (i).
L’époque d’élection pour opérer , quoique facile à préciser en apparence , ne laisse pas d’être, assez embarrassante pour le chirurgien ; d’une part , en effet , il faut se hâter d’ouvrir l’abcès pour éviter que l’altération du foie ne devienne plus considérable , et que le pus ne se fraie un passage à l’intérieur ; de l’autre , il est nécessaire de temporiser assez pour qu’il s’établisse des adhérences entre le péritoine sus-hépatique et les parois abdominales , sans quoi l’incision pourrait être suivie d’un épanchement mortel. Les principaux signes qui indiquent que le moment d’opérer est venu sont le peu de mobilité de la tumeur et sa saillie égale pendant tous les mouvements du malade.
On employait autrefois la potasse concrète pour ouvrir les abcès du foie , dans le double but de fortifier l’adhérence que les parties enflammées ont contractée entre elles , et de causer une perte de substance qui empechàt 1 ouverture de se fermer trop tôt j mais ce caustique
■lanl des Ma-
(i) Voyez ce que je dis à ce sujet, en par ladies des voies d’excrétion de la bile.
TKAlTEMEiNT.
a l’iiicüiivéïiieiit de n’agir pour l’ordinaire que sur les téguments, et de ne pas brûler assez profondément, de sorte qu’il faut avoir recours le plus souvent à l’instrument tranchant pour achever de pénétrer dans le foyer. Cette dernière considération paraît avoir déterminé les praticiens de cette époque à ne se servir que du bistouri. On commence par fendre la peau dans une assez grande étendue ; on incise ensuite les tissus sous-jacents avec précaution, couche par couche , afin de ne pas aller au-delà des adhérences qui se sont formées entre la tumeur et les enveloppes du bas-ventre. Si cette incision n’offrait pas , à cause de la profondeur de l’abcès , une voie suffisante pour l’évacuation du pus , on lui donnerait la forme d’un T , en divisant transversalement la lèvre postérieure. Je dis la lèvre postérieure : car, si la seconde incision était faite en devant et portait sur le muscle droit , non seulement on s’exposerait au danger de blesser l’artère épigastrique , mais la suppuration aurait moins de facilité à s’écouler , parce que l’ouverture ne répondrait pas à la partie la plus déclive de l’abcès. L’opération terminée et le pus évacué , on introduit dans la plaie une mèche de linge effilé enduite de cérat; on met par-dessus un plumasseau , et l’on sou-
i4o TRAITEMENT.
tient le tout par des compresses et un bandage de corps. Si cependant rinllamination était encore considérable , on couvrirait la partie d’un cataplasme émollient. Dans certain cas , où le pus était fort abondant, ou était devenu très fétide et très irritant , on a retiré de grands avantages de (pielques injections émollientes poussées avec ménagement, de peur de blesser la texture délicate et friable du foie. La seule précaution qiTon ait à prendre après la guérison de la plaie , c’est de soutenir pendant quelque temps la cicatrice , afin de prévenir la Inrmation d’une hernie ventrale par ce point affaibli des parois abdominales.
Le traitement de riiépatite chronique ne diffère de celui de l’hépatite aiguë qu’en ce qu’jl doit être beaucoup moins énergique : c’est ainsi que la saignée générale n’est pas indiquée dans ce cas, et qu’il vaut mieux recourir aux émissions sanguines locales souvent réitérées. On applique un petit nombre de sangsues chaque fois ; mais il faut y revenir fréquemment. Les lieux où on les met sont l’épigastre , l’iiypocondre droit , et la marge de l’anus si l’hépatite succède à la disparition des menstrues ou d’un flux hémorrlioïdal. Les cataplasmes émollients , la diète , les boissons acidulés , les lavements , les bains tiè-
rKAl'IEMKiNT.
dos et les})iirgatirs salins sur la lin (j ), soiil egalement indiqués ; mais , je le répète , le traitement doit être moins énergique que dans Tliépatite aiguë : il importe de tenir compte de Faiiciennetéde la plilegmasie , du degré de dépérissement du malade et du genre de médication ([ui a déjà élé mis en usage. Une chose qu’on ne -saurait assez recommander surtout, c’est (ju’il ne faut pas insister sur les débilitants. Lorsque, après les avoir employés d’unemanière proportionnée aux forces du sujet et à l’intensité du mai, on s’aperçoit qu’ils ne produisent aucune amélioration sensible , il est prudent
d’v renoncer. L’art nous offre d’ailleurs alors
une ressource puissante ([u’on aurait tort de négliger ; je veux parler desmoxas, des cautères '
(i) C’estsurtout lorsque l’iiëpatite chronique n’csl, pas très ancienne, qu’il y a lieu de présumer que le tissu he'patique n’est pas de'sorganisé, et qu’on a suffisamment, combattu l’irritation gastrique , si toutefois elle existe , que les légers purgatifs salins , tels que l’acétate de potasse, le sulfate de soude, etc. , peuvent être utiles. La meilleure manière de les administrer alors consiste à leur donner pour véhicule les bouillons , les apozèmes avec les plantes apéritives et amères, ou à les faire prendre conjointement avec les sucs dépurés des plantes horraginées , chicoracées , etc.
rUAlTEMENT.
ou des sétons appliqués sur la région hypocondriaque droite ; ces moyens sont quelquefois suivis des plus heureux résultats.
L’une des principales causes du peu de succès qu’on a obtenu jusqu’ici dans le traitement de l’hépatite chronique , c’est qu’on a l’habitude de la combattre par une foule de remèdes , tels que le froto-clilorure de mercure^ le diagrède ^ la gomme gutte , V exti'oM de trèjle d^eau , le carbonate de potasse , la scille , V hellébore , la rhubarbe , la térébenthine ^ les savonneux. Ces substances médicamentales , qui figurent toutes en première ligne parmi les agents thérapeutiques qu’on appelle fondants , désobstruants etc. , ont pour propriété spéciale d’irriter fortement les voies digestives , et par cela même ne peuvent être que nuisibles.
Les emplâtres de Tigo, ceux de ciguë, tous ces emplâtres , en un mot , préconisés sous le titre de fondants , n’ont jamais peut-être produit une modification avantageuse.
Les vésicatoires volants , conseillés par quelques médecins , sont des moyens trop peu actifs pour être utiles (i).
(i) Je ne parle pas ici de la conduite qu’il convient de tenir lorsque l’he'patite chronique se termine par snp-
I KAITEMEN I .
Les eaux minérales;, eniin, tant vantées même (le nos jours , ne sont en général que d’un faible secours. Prises à l’intérieur , elles n’agissent ([u’en stimulant la membrane muqueuse gastrointestinale. Employées sous forme de bains , elles n’ont d’autre effet que d’augmenter les fonctions de la peau. On voit qu’il n’est guère possible de compter sur l’efficacité de ce moyen thérapeutique. Si l’on jugeait à propos néanmoins d’en faire usage , il faudrait donner la préférence aux eaux qui contiennent beaucoup d’acide carbonique ou des hydro-sulfures (1), ne les ordonner que de temps à autre , et avoir soin de s’arrêter avant qu’elles ne déterminent la diarrhée.
L’observation des règles de l’hygiène est de la plus grande importance dans le traitement de l’hépatite chronique. C’est en vain qu’on aura recours aux émissions sanguines , aux topiques émollients , aux cautères ou aux moxas : tous ces moyens échoueront si l’on n’en seconde
puration , parce que cette conduite est absolument la même que celle que l’on tient à l’occasion des abcès qui surviennent à la suite de l’inflammation aiguë du foie.
(i) Telles que celles de Vichy, de Bourbon, d’Archambault , d’Enghien , etc.
i44 rJlAlTElVlEiNT.
l’aclion par un régime bien entendu. Je ne dis pas qu’il faille toujours prescrire une diète sévère ; la diète n’est de rigueur que lorsqu’il survient une exacerbation , et que cette exacerbation surtout s’accompagne de vomissement ; mais on ne doit permettre que des aliments légers et pris dans le règne végétal. La nature semble elle-même indiquer quel est le genre d’alimentation qui convient le mieux en pareille occurrence. On sait que le goût des substances acidulés , des fruits , est presque un symptôme des affections chroniques du foie j les boissons que les malades prennent avec le plus de plaisir sont celles qui ont une saveur acide , telles qu’une limonade faible , l’eau de groseille , de cerises , l’orangeade , etc. La marche qu’on a à suivre se trouve donc toute tracée ; le médecin n’a autre chose à faire qu’à ne pas s’en écarter.
On recommandera également l’usage journalier d’un exercice modéré. Quant aux voyages sur mer ou dans une voiture rude, et au passage d’un pays chaud dans un pays plus froid, comme il est impossible qu’un individu s’y abandonne sans que son régime en souffre beaucoup , cet inconvénient suffit seul pour contrebalancer les ffiibles avantages qu’on pourrait en retirer. « Les voyages, dit M. Fkrrus, comme moyen de
TRAITEMENT. i/,;)
distraction, ont été réunis aussi au trailenient des maladies chroniques du foie par les auteurs qui ont cru que l’altération de cet organe était la cause spéciale de l’hypocondrie. Dans l’état actuel de la science , si l’on recommande encore les soins moraux dans l’hépatite chronique, comme on le fait d’ailleurs dans toute autre maladie longue , c’est que l’on est persuadé qu’en activant les fonctions du cerveau, et en les dirigeant sur des objets étrangers à la maladie , on dispose l’individu à se croire moins malade : espérer de guérir , c’est travailler soi-même à sa guérison (i). »
(i) Dictionnaire de médecine en i8 vol , tome xn page 69.
iO
i46‘ congestions sanguines passives
bu roiEi
Les coiii^estions sanguines qui se forment, dans le foie ne sont pas toutes actives , ou , en d’autres termes, ne dépendent pas toutes de l’irritation de ce viscère. Il en est quelques unes qui sont vraiment passives : celles , par exemple , qui se développent sous l’influence d’un obstacle à la circulation doivent être regardées comme telles • le sang s’accumule alors dans le parenchyme hépatique, non pas parce qu’il y est provoqué par une cause irritative , mais parce que, la circulation veineuse se trouvant ralentie, il est obligé d’y séjourner. Le foie est de toutes les parties du corps humain celle qui est la plus disposée à ces sortes d’engorgements. On se rendra facilement compte de cette circonstance si l’on réfléchit que son tissu est mou , très perméable , que l’artère hépatique et la veine porte lui apportent beaucoup plus de sang que les veines liépatiqiies ne lui en oient, et que d’ailleurs il
DU FOIE. 147
reçoit proportionnellement une plus grande quantité de ce fluide que les autres viscères.
Les obstacles au cours du sang qui occasionent le plus souvent les congestions sanguines qui nous occupent sont ceux qui ont leur siège dans le cœur ou dans les gros vaisseaux ; viennent ensuite ceux qui résultent de l’engorgement des poumons par des tubercules , d’un épanchement de sérosité dans la poitrine ou dans l’abdomen, d’une induration de la rate , d’une tumeur située dans le mésentère , l’épiploon , etc.
On a remarqué que le foie est presque toujours, chez les scorbutiques, augmenté de volume et d’une teinte rouge uniforme. Quand on le coupe, le sang ruisselle de toute part. Rien n’autorise à penser que les congestions de cette nature proviennent d’un travail inflammatoire; elles sont dues , suivant moi , à ce que , ‘d’une part , le sang , qui , comme on sait , est d’une fluidité extrême dans le scorbut , pénètre plus aisément dans les petits vaisseaux , et à ce que , de l’autre, ces mêmes vaisseaux , frappés d’une débilité profonde , se déchirent avec la pi us grande facilité.
Les congestions sanguines qui s’opèrent dans le parenchyme hépatique par suite du scorbut ou d’un obstacle au cours du sang doivent donc
i48 CONGESTIOIVS SANGUINES PASSIVES
être considérées comme passives. Y-a-l-il d’autres maladies qui puissent produire des engorgements liépatiques analogues ? je ne le crois pas ; du moins je n’ai rien rencontré dans les auteurs et mon expérience ne m’a rien appris qui put me le faire présumer. '
Lorsque le foie devient le siège d’une conges tion sanguine passive , ce viscère peut se gonfler assez pour ([u’on le sente bien au-dessous des fausses côtes droites et à l’épigastre. La tumeur présente une surface lisse , sans blessures , sans enfoncement 5 il n’y ni douleur, ni trace d’ictère j cj[uclqucfois , cependant, les malades accusent une sensation pénible, une sorte de pesanteur vers riiypocondre. Les engorgements sanguins dont il s’agit ici ne prennent pas toujours la marche continue ; il n’est pas rare de les voir se former très rapidement et se dissiper avec autant de promptitude qu’ils s’étaient formés, pour reparaître et disparaître de nouveau, suivant que l’état morbide qui les occasione augmente ou diminue d’inlensité. Ces congestions intermittentes ne s’observent que dans les affections organiques du coeur ou des gros vaisseaux.
Les intumescences passives du foie ne peuvent guère , comme on voit , être confondues avec celles que l’irritation hépatique détermine : car,
DU FOIE
lorsque celle irrilalion esl légère , l’organe ([ui sécrèle la bile esl peu ou point auginentc de volume , et quand elle a pris les caractères de l’hcpalite des auteurs , ces memes caractères suflisent toujours pour différencier les congestions qui se forment alors dans le tissu du foie, de celles qui se trouvent liées soit au scorbut , soit à un obstacle au cours du sang.
On se rappelle que j’ai avancé que les congestions hépatiques qui dépendent d’un obstacle au cours du sang peuvent devenir cause de l’irritation du foie. Les congestions de ce genre qui me paraissent les plus susceptibles d’un semblable résultat sont celles qui se manifestent pendant le cours d’une affection organique du cœur ou de l’un des gros troncs artériels.
Les maladies qui produisent les congestions passives du foie sont toutes incurables ; la plupart même entraînent avec elles un étal tel de l’économie , qu’on doit considérer alors l’accumulation du sang dans le parenchyme hépatique comme une circonstance de fort peu d’intérêt. 11 n’y a , selon moi , que les cas où le foie se tuméfie pendant le cours d’une lésion du cœur ou de ses annexes qui fassent exception et qui méritent une attention particulière. Les affections du cœur, en effet, peuvent exister long-temps
i5o COi\GESTIOi\S SAiNGUhXES PASSIVES
sans occasioncr la mort , et sans qu’aucun autre organe éprouve une altération marquée de nutrition. Or on conçoit facilement que , si sous leur influence une congestion sanguine se formait dans le foie et déterminait une hépatite , cette dernière serait une complication très fâcheuse qui ne pourrait qu’accélérer beaucoup leur marche et par conséquent leur terminaison funeste. Pour prévenir , au surplus, un pareil accident, il ne faut que traiter convenablement la maladie qui donne lieu au rallentissement de la circulation veineuse , et l’attaquer surtout avec énergie chaque fois qu’elle s’exaspère : moyennant cela , on réussira presque toujours à dégorger le parenchyme hépatique , et à empêcher que le sang ne s’y ramasse de nouveau en trop grande quantité.
HÉMORRHAGIES HÉPATIQUES.
Lorsque le foie est devenu le siège d’un inflammation aiguë plus ou moins forte , ou d’une congestion passive , il arrive quelquefois qu’un ou plusieurs des vaisseaux artériels ou veineux qui entrent dans sa structure se rompent ; et alors, ou le sang , après s’ctre épanché dans l’intérieur du parenchyme hépatique, s’y creuse une
DU FOIE
cavité et y séjourne (i) , ou il a aclievé de déchirer ce parenchyme et se répand dans le bas-ventre (2), ou bien enfin il se fraie une route dans les canaux excréteurs de la bile , gagne le duodénum, et est ensuite rejeté par les vomissements ou par les selles (3).
Dans les deux premiers cas , Fliémorrliagie (pli nous occupe n’a Jamais été reconnue qu’après la mort, et dans le dernier, on ne peut qu’en soupçonner l’existence pendant la vie , car nous ne possédons aucun moyen de distinguer si le sang qui est expulsé par le tube digestif provient de l’appareil biliaire ou de la membrane muqueuse gastro-intestinale.
ASTHÉNIE HÉPATIQE'E. '
On ne saurait douter qu’il n’y ait un état morbide qui mérite le nom d’asthénie liépatique;
(r) On trouve un cas de cette espèce dans les Mémoires ou Recherches anatomico-palhologiques de M. Louis , page 58 1 .
(2) L’observation de M. S.^.. , ([ue M. Andral a consigne'e dans sa Clinique^ est un exemple fort remarquable d ' ce genre d’hèmorrhagie du foie. (Tome iv , page i5. )
(5) On doit ranger dans cette categorie plusieurs cas rajiporle's parles auteurs sous le nom à^hépalirrhce.
i Vi CONGESTIONS SANGUINES PASSIVES niais personne n’a jusqu’ici déterminé les signes qui caractérisent cet état , ou , pour mieux dire , personne ne l’a tenté , parce que cette question a paru insoluble. Ne serait-il pas possible cependant de jeter quelques lumières sur ce point de pathologie ? Puisqu’il est généralement reconnu, par exemple , que l’accroissement de la fonction d’un tissu dénote que la vitalité de ce tissu se trouve augmentée, ne pourrai t on pas admettre que la diminution ou la suspension de la sécrétion biliaire doit être l’un des effets immédiats de l’asthénie hépatique, et dès lors ne serait-on pas naturellement conduit à regarder les symptômes qui résultent de l’abscence de la bile dans les voies digestives comme indiquant un état d’atonie du foie ? Pour moi, je suis de cet avis: je n’hésite pas même à avancer qu’en procédant de la sorte on arriverait certainement à la connaissance de quelques uns des signes dont il s’agit. On peut m’objecter, je le sais , que la diminution ou la suspension de la sécrétion biliaire a lieu également dans l’iiépatite aiguë ou chronique ; mais dans ce cas les phénomènes qui en dépendent coexistent soit avec ceux que j’ai démontrés appartenir à la gastro-hépato-péritonite aiguë, soit avec ceux qui annoncent une dégénérescence du foie , tels que l’augnientation considérable du volume de cct
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organe , sou endurcissement , les bosselures de sa surface , etc. Dans le cas qui nous occupe, au contraire , ces phénomènes existeraient seuls , et cette circonstance ne permettrait pas de les confondre avec le précédent. Ainsi donc , dans mon opinion , un individu dont la langue serait large , humide , point rouge sur les bords ; qui n’aurait pas de lièvre, qui n’éprouverait pas de douleur dans l’hypocondre droit , qui ne serait porteur d’aucune lésion organique du foie , et qui néanmoins digérerait mal, n’aurait pas d’appétit , se plaindrait de flatulence, de dégoûts, de nausées, de rapports de difïérents genres , accuserait la sensation d’un poids dans la région de l’estomac , et chez qui les matières fécales seraient grisâtres , décolorées , semblables à de l’argile , cet individu devrait être considéré comme étant atteint d’une asthénie hépatique. Remarquez bien que jene dis pas que j’ai vu un individu tel que celui-là ÿ mais je suis persuadé que nous ne conserverions pas le plus léger doute sur la possibilité des cas de cette espèce, si, moins préocupés des maladies irritatives du foie , nous nous étions livrés à des recherches plus sérieuses sur l’état asthénique de ce viscère.
Lorsque, par suite de l’afi'ection dont il s’agit ici, la sécrétion biliaire, au lieu d’cire totale-
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ment suspendue , ne se trouve que diminuée , tout porte à présumer qu’il s’opère quelque changement dans la composition de la bile. Mais il n’est pas en notre pouvoir d’apprécier pendant la vie la nature et les cIFels de ce changement ; seulement il est probable qu’une bile moins colorée , moins stimulante que celle de l’état physiologique , rendrait plus prononcés les dérangements qu’entraîne la diminution de la sécrétion de ce fluide. / '
Quelques auteurs ont établi que l’asthénie hépatique est susceptible de produire l’ictère. Mais cette manière de voir me paraît vraiment inadmissible : d’abord , elle repose sur une pure hypothèse ( la présence des matériaux de la bile dans le sang normal (i))j d’un autre côté , je prouverai plus bas que la Jaunisse ne se développe que tout autant que les absorbants du foie sont doués d’une activité plus grande que de coutume , et que par
(i) Ues écrivains cj[ui mellent l’iclere au nombre des symptômes de l’asthénie hépatique se fondent , en effet, sur ce que, le foie ne séparant plus alors du sang les principes de la bile dans leurs proportions ordinaires, ces principes se répandent dans nos tissus et les colorent en jaune. (Andral, Clinique médicale, tome iv, p;*gc 47.)
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conséquent le parcncliyiiie hépatique est surexcité (i).
Quoi qu il en soit , du reste , à l’égard de ce dernier point , je me crois autorisé à penser que la théorie que je propose est ce qu’on a émis de plus vraisemblable su^ la nature , le nombre , le mode de production des désordres qui accompagnent l’asthénie hépatique. Cela posé , ne seraitce pas le cas d’imiter les médecins anglais , et de chercher à rétablir alors le cours de la bile i° en irritant par des purgatifs convenablement employés la membrane muqueuse intestinale; 2° en donnant le mercure-doux , qui , d’après eux , exerce une action particulière sur l’action du foie.
Je suis loin d’attribuer, certes, aces médicaments toutes les propriétés que leur supposent nos confrères d’outre-mer ; mais j’ai la conviction qu’administrés en pareille occurrence , ils détermineraient sur la membrane muqueuse alimentaire une irritation ([ui , transmise au foie, serait éminemment propre à remonter le ton de ce viscère.
(0 Voyez l’article Ictère au sujet de cette assertion et de la prece'dente.
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