AUTOPSIE
Habitude exte'ricure.
Sujet musclé ; face violacée et recouverte encore en partie de sang coagulé; ecchymose de l’œil droit ; plaies des téguments du crâne de trois pouces d’étendue; bosse avec épanchement de sang dans le tissu cellulaire sous-cutané du côté gauche de la tête seulement; ti'aces de contusions sur le côté droit de la poitrine.
Tétc.
Fracture considérable du frontal , depuis la ligne médiane Jus([u’à sa suture avec le pariétal
droit et l’aile du sphénoïde ; une seconde frac-
iiG ÆTIOI-UGIK.
tiiiT , perpendiculaire à la précédente , part de la bosse pariétale droite , croise la première à angle aigu , traverse les voûtes orbitaires droite et gauche, longe l’etlimoïde du côté gauche, coupe le corps du sphénoïde, et se termine aux apophyses clinoïdes entièrement séparées de Tos auquel elles appartiennent. De cette disposition résultent deux éclats du frontal , qui , enlevés , laissent la dure-mère à découvert dans une étendue de deux pouces carrés , et déchirée près de la voûte orbitaire droite , et non loin de l’apophyse crista-galli. Enfin , une troisième fracture , moins considérable que les deux autres , se dirige obliquement en dehors et en bas, divise l’arcade sourcilière droite à sa partie externe , et se perd sur l’aile du sphénoïde et la face antérieure du rocher du même côté. L’encéphale , dont les vaisseaux sont fortement injectés , présente un affaissement considérable et un épanchement de sang dans les ventricules.
Poitrine.
Epanchement de sang dans la cavité droite de la plèvre, poumon droit déchiré dans plusieurs points , quoique sain du reste.
Abdomen.
Colon boursouflé, estomac distendu, foie de
/KTlOlAKilt.
couleur pale ; épaiiclienient de sang dans la cavité abdominale , provenant sans doute de déchirures assez étendues que le foie présente dans ses lobes principal et moyen. L’estomac est plein de liquide , qu’à sa couleur et son odeur on reconnaît pour du vin mêlé à de l’cau-dc-vic. Une plaque rougeâtre d’un pouce et demi de diamètre s’observe au fond du grand cul-de-sac. Les autres viscères abdominaux n’offrent rien de particulier ( i).
Un soldat âgé de trente ans, et d’une forte constitution, reçut deux coups de sabre : run avait porté sur le masséter et la glande parotide du côté gauche ; l’autre avait été tellement dirigé que la table externe du coronal était divisée dans l’étendue de deux pouces. La plaie et les symptômes n’offrirent rien de particulier les premiers jours* mais, le huitième Jour , vomissement bilieux , et les jours suivants augmentation de la fièvre avec un enduit jaunâtre de la langue ; la suppuration se supprima , et le malade mourut le vingt-cinquième jour de sa bles-
(i) Cette observation est de M. Bouyer , ofllcier de saute de la marine , à Rochefort , et a ete extraite du Journal rnodical de la Gironde , tome iv , page 3()i .
ii8 ÆTIOLOGIE.
sure. A l’ouverture du corps, ou trouva le toie parsemé de petites ulcérations et recouvert dans toute sou étendue d’une légère couche de matière purulente jaunâtre. [Journal de Desault , tome 2 , page 1 1 . )
li’afFection du parenchyme hépatique qu’on rencontre chez M. B fut évidemment indé-
pendante de celle de la tête : il est incontestable, en eft'et , que la cause qui produisit dans ce cas la fracture du crâne détermina également une violente commotion du foie ; ce viscère était déchiré. Jamais certes l’encéphalite n’a occasioné de semblables désordres; la mort arriva trop [)romptement , d’ailleurs , pour que la pulpe cérébrale eût eu le temps de s’enflammer et de faire participera son état de souffrance d’autres tissus.
Pour ce qui concerne le soldat dont parle Desault , il y eut véritablement chez lui hépatite , et le développement de cette phlegmasie fut postérieur à celui de l’encéphalite. Mais on ne saurait me refuser que dans cette circonstance le premier organe auquel l’irritation du cerveau se transmit fut la membrane muqueuse digestive , car on ne remarqua dans le princij)e que les phénomènes qui résultent pour l’ordinaire des blessures du genre de celle dont il s’agit ici , et (|uand les accidenls parurent s’aggraver, les
Æl'lOLOGlE. 119
symptômes (jui se manifestèrent lurent ceux de la gastro-entérite.
Ces deux observationsconfirinentpleinernenl, comme on voit, l’opinion que je viens d’émettre : la seule conséquence qu’on puisse en tirer, c’est que , lorsqu’il n’y a pas eu dans les plaies de tête lésion concomitante de l’appareil biliaire et du cerveau , et que néanmoins l’hépatite se déclare, cette dernière dépend immédiatement de la gastro-entérite qui la précède toujours en })areille occurrence.
On me demandera peut-être pourquoi la céplialite non traumatique s’accompagne si rarement d’abcès au foie. Cette différence tient, selon moi, à celle des causes. Lorsque rinflammation du cerveau survient à la suite d’un coup, d’une chute , etc. , elle est plus intense , les sympathies qu’elle excite sont plus nombreuses et plus énergiques. Ajoutez à cela qu’elle coexiste le plus communément alors avec une fracture du crâne ou une plaie plus ou moins contuse des parties molles qui recouvrent cette boîte osseuse , et vous n’aurez pas de peine à concevoir pourquoi les abcès hépatiques s’observent plus souvent dans l’encéphalite traumatique que dans celle qui ne l’est ])as.
11 demeure donc démontré que , parmi les
ÆllOLOGIE.
causes que les auteurs ont assignées à l’hépatite , il n’y a que celles que j’admets qui la produisent réellement. Toutes les autres appartiennent à la gastro-entérite ou à la péritonite , et ne doivent pas par conséquent être mises au nombre des causes de l’irritation hépatique. Que si l’on m’objecte que, dès le moment que j’ai établi que, lorsque la maladie qui nous occupe ne provient pas d’une contusion ou d’une solution de continuité , elle dépend toujours d’une plilegmasie gastro-intestinale ou d’une phlogose du péritoine, je ne saurais m’empêcher de regarder les circonstances qui peuvent donner lieu à ces deux dernières affections comme prédisposant au moins à la première , je répliquerai que cela n’offrirait pas d’inconvénient, si l’on se pénétrait bien que ces circonstances ne modifient pas directement le foie , ou , en d’autres termes , ne le modifient que par le moyen d’une irritation étrangère à cet organe. Mais l’opinion que je combats présenté ce vice fondamental que les personnes qui l’ont professée jusqu’ici , ne tenant aucun compte de l’inflammation préexistante des voies digestives ou de la membrane séreuse du bas-ventre , n’ont vu que l’hépatite , c’est-à-dire qu’un résultat , et n’ont dirigé leurs efforts que contre ce résultat. Voilà pourquoi
ÆTIOLOGIE.
j’ai pensé ipi’il était préférable de poser simplement en principe que rirrilation hépatique qui n’est pas primitive reconnaît exclusivement pour cause une gastro-entérite ou une péritonite. En procédant ainsi, on va droit au Imt; on ne risque pas surtout d’errer sur la nature et l’origine du mal.
J’ajouterai que, les choses qui agissent en excitant primitivement le tissu du foie étant infiniment moins nombreuses que celles qui commencent par produire une inflammation de l’estomac ou du péritoine , l’irritation hépatique doit être bien plus souvent consécutive qu’idiopathique, On ne me peut refuser encore que, la gastroentérite étant beaucoup plus fréquente que la péritonite, l’irritation du foie doit être beaucoup plus souvent le résultat du premier que du second de ces états morbides. Ces deux propositions nous conduisent naturellement à celle-ci : La cause la plus commune de V irritation hépatique est la gastro-entérite .
L’inflammation primitive du foie revêt pour l’ordinaire le caractère de l’acuité.
Ij’hépatite consécutive , au contraire, prend en général la marche chronique son début , ou , si elle est aiguë en commençant , elle passe fréquemment à l’état chronique.
ÆTIOLOGIE.
I)oit-oii considérer Fliépalite coimiie pouvanl occasioiier directement l’inflammation du cerveau V Je ne le pense pas , et je me fonde sur ce que l’observation n^ i prouve sans réplique que l’encéphalite qui survient pendant le cours d’une hépatite ne dépend pas des sympathies que le foie a développées directement dans le cerveau , mais bien de la réaction de l’estomac enflammé sur ce dernier organe. Les symptômes cérébraux ne se manifestèrent , en effet , dans ce cas , qu’après que la phlegmasie gastro-intestinale fut devenue très prononcée, et leur intensité fut constamment en raison des progrès de celle-ci. Que si l’on m’objecte que je ne cite qu’un fait à l’appui de mon opinion , je répliquerai que , si l’on se donne la peine d’examiner tous ceux de ce genre que les auteurs nous ont transmis, on ne lardera pas à se convaincre que les choses se passent toujours comme je le prétends. On ne saurait donc s’empêcher de m’accorder que l’encéphalite n’est jamais le résultat immédiat de l’irritation hépatique.
Ce serait le moment maintenant d’examiner, comme je m’y étais engagé en parlant des terminaisons de l’irritation hépatique, si, lorsqu’il y a ce qu’on pourrait appeler une métastase, ou, en d’autres termes, c[ue l’hépatite diminue ou
/ETIOLOGIE.
disparaît , ot que le délire se déclare , Teiicéplialile dépend des synipathies (|ue le foie enflaniiiic a pu exciter dans le cerveau, ou si elle ne tient pas plutôt à la gastro-entérite qui s’observe toujours en pareille occurrence. Mais il est clair que , dès le moment que j’ai démontré, dans le paragraphe précédent que l’encéphalite ne se manifeste à la suite de l’hépatite que tout autant que celle-ci a déterminé préalablement l’inflammation du tube alimentaire, cette dernière a été dans ce cas la cause occasionelle de l’affection cérébrale , qui , une fois développée , est devenue prédominante et a masqué ou fait disparaître réellement l’irritation préexistante de l’appareil biliaire. Cette question se trouve donc implicitement résolue ; il ne serait d’aucune utilité delà soumettre à un examen plus approfondi.
Telles sont les idées que je professe sur le mode de production de l’irritation hépatique. Personne avant moi n’avait traité ce sujet avec plus d’étendue, et, si je ne me trompe, d’une manière plus satisfaisante ; je n’en excepte pas même M. Broussais. Outre que ce médecin, en effet , n’a eu en vue dans ses écrits que le degré de l’irritation du foie qui constitue l’hépatite des auteurs , et qu’il dit très peu de choses sur la concomitance des abcès hépali([ues avec
ÆTIOLOGIE.
les plaies de tete , la plupart des objections (pii lui ont (ité faites ne sauraient m’être adressées. C’est ainsi, par exemple, que les cas où l’hépatite dépend d’une plilegmasie du tissu péritonéal se concilientparfaitement avec ma manière de voir, tandis qu’ils sont en opposition directe avec celle du professeur du Val-de-Gràce, qui établit, comme on sait, que l’hépatite non traumatique est constamment produite par une gastro-entérite.
Les cas d’hépatite non traumatique à la suite desquels on n’a rencontré aucune trace de pblegmasie dans les voies digestives ne militent pas autant qu’on pourrait le croire contre l’opinion de M. Broussais ; car il ne répugne nullement d’admettre que quelquefois, en pareille occurrence , la gastro-entérite a pu disparaître et l’hépatite persister et continuer à faire des progrès (1). Mais il est plusieurs de ces cas auxquels ces réflexions ne sont pas applicables , et qui s’expliquent naturellement dans la théorie que je propose , parce que , dans tous les faits de cette dernière espèce , il est possible de prouver (pie l’hépatite provenait d’une péritonite.
(j) Ce qui doit porter surtout à penser que les choses se passent quehpiefois ainsi , c’est que les faits dont il s’agit appartiennent tous à l’iic'patitc chronique.
ÆTTOl.OGIE.
Les cas d’hépalitc où la membrane muqueuse i^astro-inlestinale offrait des traces dlnffammalion, mais seulement dans l’estomac ou dans les derniers intestins grêles, le duodénum étant pariai tement sain , ne sont pas , à beaucoup près , d’uneaussi grande importance que lesprécédents. Mais j’ai encore ici cet avantage sur M. Broussais , que lui ne peut se rendre compte de la production de l’hépatite dans cette circonstance qu’en admettant qu’une phlegmasie assez considérable pour laisser des traces de son existence , soit dans l’estomac , dans l’iléon ou le jéjunum , avait dû nécessairement se propager au duodénum , et que l’irritation de celui-ci , quoique peu intense, avait déterminé celledu foie; tandis que moi je puis , outre cette explication , en donner une autre , au moins pour les cas où la partie de l’estomac qui est contiguë au foie se trouve affectée , et dire que l’inflammation passe alors directement de la membrane muqueuse gastrique à la portion du péritoine qui lui correspond , et se communique ensuite au parenchyme hépaliquc.
Les adversaires de la doctrine physiologique ont avancé également que les désordres du tube alimentaire sont quelquefois si minimes , qu’on ii(‘ peut leur attribuer ceux que le foie présente.
126 ÆTIOLOGIE.
iVlais les faits de celte nature n’infirment ni l’opinion de M. Broussais ni la mienne, alleudu qu’on ne les observe (jiic chez les personnes éniinemment prédisposées aux affections de l’appareil biliaire. Il y a des individus chez qui le foie est , dans l’état normal , plus volumineux , plus irritable , plus susceptible de devenir malade , que chez les autres hommes. La gastroentérite la plus légère suffit alors pour déterminer tantôt une sécrétion très abondante de bile , tantôt une véritable hépatite , et il n’y a pas de raison pour que celle-ci , une fois développée , ne s’accroisse indéfiniment.
J’ai cru devoir entrer dans ces détails , parce que les médecins qui ne sont paStrès au courant des dogmes de la nouvelle école auraient pu penser que je n’ai fait que reproduire ici les idées que M. Broussais a émises sur l’ætiologie de l’hépatite. La théorie de cet auteur , je le répète , diffère sur plusieurs points de celle que je propose. Dans rime , on n’a eu en vue qu’un degré de l’irritation hépatique; dans l’autre, on prend cette irritation à son début , on la suit dans sa marche , on l’envisage sous toutes ses formes. Dans l’une , on glisse en quelque sorte sur une difficulté majeure , la concomitance des plaies de fête avec les abcès du foie ; dans l’au-
ÆTlOLO(;iE. »‘^7
trc , on a chcrclié à remplir celte lacune et l’on y a réussi. L’une enfin est susceptible de plusieurs objections solides ; l’autre se prête à toutes les explications et s’accorde toujours avec les faits.
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