TERMINAISONS
Les pathologistes , n’ayant connu l’irritation hépatique que lorsqu’elle a revêtu la forme inflammatoire , n’ont parlé que des désordres organiques qu’on trouve à la suite de l’hépatite. Mais , comme je l’ai démontré , l’irritation du foie peut exister à un degré où elle ne constitue pas encore une phlegmasie. Or , dans ce cas , elle est susceptible aussi de défermi-
SÉMÉfOLOGTE.
ner des lésions do (oxlure qu’il importe de connaître , et que je décrirai même les premières, pour me conformer au plan que je me suis tracé.
Il arrive fréquemment que l’organe qui élabore la bile grossit d’une manière lente , insensible , sans cause appréciable , cpmme on le dit communément , et acquiert ainsi des dimensions infiniment au-dessus de celles de l’état normal. Si l’augmentation de volume ne consiste alors que dans un développement surabondant du parenchyme , sans altération de structure , il y aura ce qu’on oppelle une hypei'ti'ophie . Si , au contraire , elle présente tous les caractères de V obstruction (i) , le foie sera devenu le siège de productions ïnorbides qu’on ne pourra bien déterminer qu’après la mort. Mais, quelle que soit la nature des changements survenus dans ce
(i) Les anciens me'decins donnaient le nom d’obstruction du foie à l’e'tat de ce viscère devenu très volumineux, altère' dans sa texture et remplissant mal scs fonctions. Ces trois conditions morbides e'taient attribue'es par eux à V obstruction des vaisseaux et des pores he'patiques. Aujourd’hui, que l’anatomie pathologique est plus avance'e , nous savons qu’elles sont duos à des lésions organiques qu’on appelle tubercules , crrrhoses , wélaiioses , squirrhe, enccphaloïde , etc.
SÉMElOi.OCIK. (,‘5
viscère, on ne saurait en attribuer l’origine qu’à l’irritation , je ne balance pas même à établir qu’ils ne sont dans ce cas que le résultat de l’irritation hépatique , qui , bien que n’étant encore qu’à son prenne r degré , dure depuis longtemps ou s’est renouvelé souvent. Que si l’on me demande la preuve de ces deux assertions , je répondrai qu’elles ont à peine besoin d’être démontrées pour l’hypertrophie hépatique. Quelle que soit , en effet , l’idée qu’on se forme de cet état du foie, il est impossible qu’on ne le regarde pas comme de nature sthénique , et par conséquent comme un produit de l’irritation. D’un autre côté, il est évident c[ue, puisque la plupart des auteurs n’entendent , par le mot liypertroplne , qtte le développement surabondant , mais le7ityd un tissu.) sans altération de structure (i), U est évident , dis-je , que raugmentation de volume d’une partie n’est, dans cette circonstance , ni l’effet d’une inflammation aiguë , qui marche toujours avec rapidité , ni celui d’une phlegmasie chronique , qui n’est jamais d’une longue durée sans occasioner dans les organes parenchymateux surtout des lésions de texture
(i) Dictionnaire abrégé des sciences médicales, tome IX , page 5G5.
St’.iViÉiOl OGIK.
plus ou moins varié(‘s. Si donc l’Iiypcrlropliic du foie ne dépend pas tfnn élal de siirexcilation porté an dei^ré de la plilogose , et (|ue , riéan- » moins , elle soit due à l’irritation, il faudra nécessairement qu’on m’accorde qu’elle n’est qu’une l'orme ou plutôt (qu’une terminaison du premier degré de cette dernière.
Quant aux productions diverses qui ont reçu le nom d’obstruction , il n’est guère de médecins aujourd’hui qui ne les regardent comme provenant le plus ordinairement d’une phlegmasie chronique. Dans le cas qui nous occupe , les signes de l’inflammation n’ont pas existé sans doute ; mais, si l’on réfléchit que, toutes les fois que l’organe qui sécrète la bile reçoit une somme d’excitation plus considérable que de coutume , et que cette excitation n’est pas cependant assez forte pour l’enflammer, il en résulte constamment un accroissement de l’action des tissus lymphatiques, absorbants , cellulaires et autres qui composent ce viscère , il ne répugnera nullement d’admettre que c’est ce surcroît de vie, qui n’est autre chose que le premier degré de l’irritation hépatique, qui produit alors une nutrition vicieuse, exagérée, et donne lieu aces engorgementsblancs, à ces dégénérescences organiques , que Laennec qualifie d’accidentelles et de sans analogues.
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Il deiiicuro donc prouve que le premier degré de l’irritation hépatique est susceptible de se terminer par l’iiypertropliie ou l’obstruction du foie. On m’objectera peut-être qu’il est difficile de concevoir qu’une même cause puisse avoir des résultats aussi diamétralement opposés : mais ce fait tient uniquement à la différence des constitutions individuelles. L’expérience atteste, en effet, que les sujets sanguins , bilieux ou bilioso-sanguins , contractent plutôt une by- })crtropbie que des tubercules. Les obstructions surviennent de préférence , au contraire , chez les personnes qui ont beaucoup d’bumeur , en qui la disposition aux scrophules est manifeste , qui , en un mot , sont douées d’un tempérament lymphatique bien prononcé.
L’hypertrophie hépatique peut être générale ou partielle. Lorsqu’elle est générale, la niasse totale du foie se trouve augmentée , mais la configura (ion primitive de ce viscère reste la même ; lorsqu’elle est partielle , au contraire , l’augmentation de volume n’ayant lieu que dans une portion plus ou moins étendue de l’organe , la forme normale de celui-ci est plus ou moins changée. Dans l’un et l’autre cas , le parenchyme hépatique n’est nullement altéré dans sa structure :
sous un volume donné , il contient plus de par-
SÉMÉfOLOGIE.
tics solides, il a plus de densité : voilà tout.
Le nom d’obstruction du foie ayant été donné, comme on l’a vu dans l’avant-dernière note, à des tumeurs differentes , c’est en parlant de ces tumeurs qu’il convient de traiter de leurs caractères. Je me bornerai pour le moment à dire (ju’il y a une très grande différence entre l’hypertrophie et l’obstruction du foie : dans la première , l’organe n’a fait qu’acquérir un surcroît de vie , un développement plus considérable ; dans l’autre , son parenchyme n’offre pas seulement une augmentation de volume , il est désorganisé.
Les divers modes de terminaison de l’hépatite aiguë sont absolument ceux de toutes les autres inflammations.
La résolution a lieu pour l’ordinaire lorsque le traitement est bien dirigé dès le début et que la maladie est légère. Elle a lieu aussi, mais très rarement, quand les signes qu’on a regardés jusqu’à présent comme pathognomoniques de l’hépatite se sont développés, ou , en d’autres ternies, quand il y a inflammation simultanée du tube digestif, du foie et du péritoine. C’est à ce dernier cas qu’il faut rapporter tout ce que les auteurs ont avancé sur le genre de terminaison qui nous occupe , parce que l’état morbide qu’ils
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iioinniaieiit hépatite ii’csl autre chose , ainsi que je Fai démontré , qu’une ^astro-hépato-péritonite. Je ne dirai pas avec eux que la résolution s’eflectue alors du septième au dixième jour, parce qu’il est certain qu’elle s’opère souvent beaucoup plus tard. Je ne dirai pas non plus qiui les accidents qui la déterminent communément sont : une hémorrhagie nasale , le rétal^lissement des menstrues, un flux hémorrhoïdal, des urines abondantes , une sueur copieuse , une diarrhée modérée , lorsque la phlegmasic se borne à la partie convexe du foie * et des déjections bilieuses, des sueurs , quelquefois même des vomissements, lorsqu’elle occupe la face concave. Outre (j[ue cette manière de voir repose sur une distinction (i) qui n’est nullement rationnelle, elie présente cela de vicieux, que les phénomènes appelés critiques , auxquels on altriljue la guérison, n’en sont presque toujours que le résultat. C’est ainsi que les sueurs , les urines sédimenteuses, qu’on observe à la suite de la gastro-liépatopéritonite , ne sont en général que l’effet de ia disparition subite de celle-ci : la peau était sèche, la sécrétion urinaire suspendue ou diminuée ,
(i) La division do l’iio'patite eu siipernciolle el profonde.
on
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parce que plusieurs organes enflaininés s’opposaient par leur souffrance à la libre excrétion (les urines et des sueurs. Ces liquides ont tout à coup etc sécrétés en grande abondance , parce que les parties affectées sont rentrées dans l’état normal , et leur cjuantité dans un temps donné a dû elre proportionné à la rapidité avec laquelle le retour à la santé s’est opéré. On pourrait en dire autant de 1 épistaxis, du rétablissement des menstrues, du flux liémorrhoïdal, cjui, le plus souvent, ne surviennent que chez les individus qui , dans létat physiologique, les éprouvent naturellement et avec facilité. Ces derniers accidents pourtant paraissent exercer ici une influence plus marquée que les autres , et l’on ne saurait disconvenir que la resolution n’ait été quelquefois due soit à une hémorrhagie par la narine droite , soit à une perte de sang considérable par l’anus ou par la vulve.
Si l’on en jugeait parles longs articles que les pathologistes ont consacrés aux abcès du foie , on pourrait croire que ce viscère devient souvent le siège d’une collection purulente ’ mais l’observation prouve que cela n’arrive que fort rarement. Quoi (pi’il en soit , voici à quoi se réduisent les principales notions que nous possédons à cet égard : la suppuration s’établit en
céiiéral à la lace convexe , du moins ce n est
guère que dans celle circonstance (ju’ojî peul, pcndanl la vie, parvenir à reconnaîlre ([u’elle exisle. Les jeunes sujets cl les liomnics sont plus exposés à ce mode de determinaison (pie les leinmes et les vieillards. Les signes cpii annoncent que le travail suppuratoire a commencé sont les suivants : chaleur incommode et sentiment de pesanteur dans l’iiypocondre , soif très vive , gêne de la respiration , alternatives de sueurs et de frissons , exacerbations vers le soir, chaleur de la paume des mains, sommeil agité. Lorsque le pus se fait jour au travers des parois abdominales, la peau présente dans la région hypocondriaque droite un empâtement plus ou moins étendu , et si l’abcès est très considérable, il peut y avoir soulèvement desciHes inférieures, ou meme Iluctuation appréciable au toucher. Le malade ressent des pulsations dans l’organe affecté ; il se couche difficilement sur l’un ou l’autre côté, et préfère le décul)itus sur le dos. Enfin , lorsque la suppuration est profonde el très avancée, des vsueurs abondantes succèdeni pour l’ordinaire aux paroxysmes nocturnes; il se forme un épanchement d’eau dans le bas-ventre , et le membre inférieur droit se gonfle cl s’œdématise. La plupari de ces symplcimos of-
frent, comme on voit, tant d’incertitude , qu’il n’y a , à proprement parler , que l’empâtement, le soulèvement des cotes, et surtout la lliictuation , qui permettent d’annoncer positivement le mode de terminaison qui nous occupe. On serait cependant fondé , selon moi , à diagnostiquer un abcès hépatique , si , malgré l’absence de ces trois phénomènes , tous les autres , ou du moins les principaux , se trouvaient réunis chez un individu évidemment atteint d’une hépatite aiguë.
Le pus ne se fraie pas toujours une issue audessous des fausses côtes , comme tout porterait à le penser d’abord : il existe des faits qui prouvent qu’il peut pénétrer au travers du diaphragme et des muscles intercostaux , et se faire jour sur les fausses côtes. D’autres fois, il se pratique une route entre les muscles et la peau qui les recouvre, ou entre les muscles seulement, pour aller former un abcès par congestion à l’aisselle ou dans la région dorsale : on l’a vu alors percer le diaphragme , fuser entre ce dernier et la plèvre sus-diapliragmatique , et gagner ainsi Func des parties que je viens de nommer, sans pénétrer dans la poitrine. Mais ces sortes de cas sont infiniment rares , et il est plus ordinaire ({ue la matière purulente , après avoir tra-
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versé le diaphragme , s’introduise dans la cavité de la plèvre et s’y accumule. C’est pour un épanchement de cette nature que Morand fit l’opération de l’empyème , et parvint à sauver son malade. On cite encore des exemples du passage du pus dans le parenchyme du poumon et de son expulsion par l’expectoration ; ce fait a été observé chez un médecin très distingué de la capitale : c( on tient de lui-meme qu’à l’instant où l’expectoration va s’établir , le sujet éprouve absolument la même sensation que s’il avait la bouche remplie d’excréments; les matières qui sont ensuite expectorées produisent le même eftet à leur passage dans la bouche , pendant un temps assez prolongé (1) ».
Ce n’est pas toujours , au reste, vers la poitrine que la suppuration se dirige en pareille occurrence : on la voit aussi se procurer une entrée dans l’intérieur de l’abdomen , ou pénétrer tantôt dans l’estomac , qui s’en débarrasse par les vomissements, tantôt dans le colon transverse, ou dans la seconde courbure du duodénum. Lorsque la colJection de pus se vide dans les voies digestives , la guérison est possible ; les
(i) Dictionnaire ahrég;é des sciences médicales , f.ome IX , ])age cy
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auLeiirs en citent des exemples. Mais, si l’é])anchemeiit s’eflcetiie dans la cavilc péritonéale, la mort en est en quelque sorte la suite inévitable. J ajouterai que les abcès hépatiques ne s’ouvrenl Jamais soit dans la poitrine , soit dans le tube alimentaire , soit au-dessous des fausses cotes ,
(|u apres avoir contracté des adhérences avec les tissus qui leur correspondent dans ces divers points. Cette règle léoffre qu’une seule exception : elle est relative au cas oii le pus corrode le canal hépatique, et gagne par cette voie le duodénum.
Ce pus des abcès du foie peut-il être résorbé , puis expulsé par Furine , ou transporté dans l’épaisseur de la cuisse , de la jambe , ou de toute autre partie du corps ? Cette opinion , généralement admise par les médecins du siècle précédent, n’a conservé que très peu de partisans aujourd’hui. Il n’est guère possible, en effet, de croire que des collections purulentes dont le siège était évidemment dans le foie aient quelquefois disparu subitement , et surtout que le liquide qu’elles contenaient ait été résorbé cl déposé en nature , sans plus ni moins , sur iin autre organe. Mais une chose qui paraît mieux prouvée , c’est que l’hépatite qui n’est pas venue encore à suppuration peut se dissiper ou
(lin)iiiuer coiisidérablcinciU sous l’inlluencc tb* rirrilalion d’un autre organe. Ce cas est plus fréquent qu’on ne pense : souvent , lorsqu’on se félicite du soulagement qu’on a procuré au malade, on voit tout à coup se manifester du délire, une plilegmasie violente de l’araclmoïde et de la pulpe cérébrale se déclare , la mort a lieu. Qu’est-il arrivé alors ? rien autre chose qu’un déplacement d’irritation, .l’examinerai plus tard si ce déplacement dépend des sympathies que le foie enflammé a pu exciter dans le cerveau , ou s’il ne tient pas à la coexistence de la gastroentérite, qui complique toujours l’hépatite dans cette circonstance , et qui , comme on sait , ne parvient jamais à un très haut degré d’intensité sans déterminer une irritation plus ou moins forte de la substance encéphalique et des méninges.
L’un des eflets constants de l’irritation du foie est d’appeler dans ce viscère une plus grande quantité de sang que de coutume , et la congestion qui se forme dans ce cas est d’autant plus considérable que la cause qui la produit est plus intense. C’est ajjisi qu’il n’est pas rare que chez des individus morts d’une gastro hépato-péritonique aigue on trouve le foie très gros et extrêmement gorgé de sang. Comme on ne peut
s’empêcher alors de rapporter ces désordres à la phlegmasie aiguë du parenchyme hépatique, j’ai cru devoir les mettre au nombre des caractères anatomiques de cette dernière.
Rien n’autorise sans doute à nier la possibilité de la terminaison par gangrène de l’hépatite; mais ce fait a été admis plutôt par analogie que . parce qu’on Fa réellement observé. Ce qui me porterait surtout à émettre cette opinion , c’est que les écrivains de nos jours n’en citent aucun exemple , et que nous devons nous méfier des assertions des anciens médecins anatomistes, qui s’empressaient de déclarer gangréné tout viscère dont une partie avait pris une couleur noire ou était devenue friable.
L’hépatite aiguë est susceptible encore de passer à l’état chronique, et ce mode de terminaison doit même être le plus commun : car, outre que cela arrive souvent lorsqu’on est appelé trop tard, qu’on est trop timide dans l’emploi des moyens appropriés , on l’observe surtout quand l’inflammation du foie dépend d’une lésion gastrointestinale ou d’une irritation du péritoine , ce qui , comme je le prouverai plus bas , a presque toujours lieu. Que cette phlegmasie , au reste, soit devenue chronique de cette manière, ou (ju’clh' ait pris cette marche eu commen-
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çanl , elle peut avoir pour résullal , dans Tune et l’antre de ces circonstances, une foule d’altérations organiques sur lesquelles je ne ferai que jeter un coup-d’œil rapide , parce qu’il est parfaitement inutile , selon moi , de décrire minunutieusement des lésions de texture dont l’existence ne saurait être constatée qu’après la mort, et qui , fussent-elles mieux connues pendant la vie , n’en seraient pas plus susceptibles de guérison.
On a vu quelquefois des abcès à l’Iiypocondre droit survenir à la suite de l’hépatite chroni- ([ue ; ce fait meme a été observé lorsque l’organe qui sécrète la bile avait déjà subi une dégénérescence cancéreuse. La suppuration n’est donc pas exclusivement une terminaison de l’hépatite aiguë : seulement , dans ce dernier cas , la collection purulente se forme avec beaucoup de rapidité j le liquide qu’elle contient est blanc , épais comme celui du phlegmon • tandis que dans l’autre la tumeur ne se ramollit que fort lentement, et donne lieu à la formation d’une sanie rougeâtre , semblable à de la lie de vin.
Lorsque l’hépatite chronique dure longtemps , le foie acquiert presque toujours un volume considérable , et cette augmentation peut aller jusqu’au double et même au triple de sa
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grosseur et de son poids. H arrive souvent alors que cet organe passe à Vétat graisseux , c’est-àdire qu’il devient soit d’une couleur rouge-jaunàtre , soit d’un blanc fauve ; que la section graisse l’instrunient qui l’opère , et qu’un papier frotté avec un morceau de parenchyme prend l’aspect d’un papier huilé. Un foie gras a en outre une pesanteur spécifique moindre que dans l’état sain j il conserve l’empreinte du doigt qui le comprime ; il a peu de consistance , et se déchire au plus léger effort.
M. Louis a rencontré la transformation graisseuse du foie sur la troisième partie des phthisiques dont il parle dans son ouvrage. Ses observations l’ont même conduit à établir que l’affection qui nous occupe existe presque uniquement chez les individus atteints de phthisie , en sorte qu’on peut , jusqu’à un certain point , la considérer comme une dépendance de cette dernière espèce de lésion.
Suivant lui, le sexe influe beaucoup sur le développement de la dégénérescence graisseuse du foie ; sur quarante - neuf cas de foie gras , dix seulement étaient relatifs aux hommes.
Cet auteur se croit également autorisé à admettre que le passage du foie à l’étal gras peut, dans certaines circonstances, prendre la marche
SÉMÉlOf.OGI K. ny
Ce lle proposiiion osl Ibiidée sur im seul la il; qui encore n’esl pas concluant , car rien ne prouve que, dans le cas dont il s’agit, le foie n’élait pas malade avant que l’état morbide qui occassiona la mort se manifestât.
Je n’ai pas hésité à mettre la transformation graisseuse du foie au nombre des terminaisons de l’irritation hépatique , parce que les maladies dans le cours desquelles on l’a observée jus- (^u’à cette époque sont des affections irritatives, et qu’il est raisonnable de penser que, dépendant d’une cause sthénique, elle doit être elle môme de nature sthénique.
Les masses adipocireuses qui se forment dans le lüie n’indiquent , à mon avis , que le degré le plus élevé de l’état graisseux de ce viscère. Je sais bien qu’on pourra m’objecter que l’adipocire offre la plus grande analogie avec ce qu’on appelle de cadavre, ou, en d’autres termes, avec la nouvelle combinaison des principes qui constituaient nos tissus ; mais cette circonstance ne prouve rien contre ma manière de voir : elle tient uniquement au degré d’ancienneté du mal, aux progrès plus ou moins grands qu’il a faits.
Bayle comprenait, sous le nom de tubercules du foie , la plupart des lésions de texture de cet organe qu’on appelle aujourd’liui dégénérés-
bo SÉMÉIOLOGIE.
ceiicesou productions pathologiques. Laennec, au contraire , les a séparées , et en a fait autant d’entités morbides particulières. C’est en cela seulement que diffèrent les deux chefs de la doctrine du fatalisme : car du reste ces médecins s’accordent à regarder les altérations de ce genre comme provenant d’un germe, ou comme se développant on ne sait comment , ce qui n’est guère plus significatif. Mon intention n’est point de faire sentir ici tout ce qu’une pareille théorie a de gratuit et d’hypothétique ; mais j’examinerai, ou plutôt je me bornerai à indiquer, l’une après l’autre , les dégénérations de cette nature que le foie est susceptible d’offrir.
Les tubercules du foie consistent tantôt en des masses inégales , bosselées, d’un blanc jaunâtre ou verdâtre , d’un volume variable , depuis celui d’un pois , d’une noisette , jusqu’à celui du poing ; tantôt en des granulations miliaires qui peuvent exister pôle mêle avec les précédentes , mais qu’on rencontre ordinairement à la superficie du parenchyme , immédiatement au-dessous des membranes du foie.
Les tubercules hépatiques sont en général peu nombreux; dans quelques cas pourtant leur multiplicité est prodigieuse , ils sont rassemblés en grappes ou chapelet , et parfois si serrés ,
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qu’ils s’aplatissent et se inoulent les uns sur les autres. Cette dégénérescence, du reste, est beaucoup moins fréquente qu’on ne le pensait dans le siècle dernier; et quoique, après les poumons et le mésentère , le foie soit le viscère qui en est le plus souvent atteint , il est sûr qu’on ne l’y observe que fort rarement.
Xes mélanoses du foie ne sont, comme celles qu’on trouve ailleurs , que des tubercules qui , chez quelques individus , et surtout chez les vieillards , ont pris une couleur noire.
(( Les mélanos , dit M. Broussais, doivent leur couleur noire tanlot à du sang altéré , tantôt à la matière noire du poumon , d’autres fois à un principe colorant qui n’est pas bien connu, mais qui se montre souvent dans les anciens, foyers d’irritation qui occupent les viscères de la poitrine et du bas-ventre. Les mélanoses peuvent être composées de lymphe , de fibrine avec son cruor , de gélatine , d’albumine , quelquefois même de graisse dégénérée; enfin, l’on n’v . retrouve que les formes connues delà matière animale qui compose le corps , et nous ne comprenons pas pourquoi l’on veut en fiiire desproductions sans causes productrices appréciables(i). »
(i) Annales de la médecine physiologique.
Laeisnec a donne le nom de cyrrlioses à des concrétions granuleuses d’un jaune roux qui sont susceptibles de se développer dans des organes autres que le foie , niais qu’on rencontre principalement dans ce dernier.
« Les cyrrlioses qui surviennent dans le parenchyme liépaticpie forment ordinairement , dit Laennec , des petites masses dont le volume ne surpasse jamais celui d’un noyau de cerise , et quelquefois égale à peine celui d’un gros grain de millet. Ces masses sont toujours extrêmement nombreuses , et tout le tissu du foie en est parsemé. Leur petitesse fait que , lorsqu’on incise un foie dans lequel il en existe un grand nombre , son tissu paraît , au premier coup d’œil , homogène et d’une couleur jaune-fauve , assez semblable à celle qu’on nomme communément cuir de botte. Mais, si l’on examine plus attentivement le tissu hépatique , on s’aperçoit facilement qu’il est rempli d’une innombrable quantité de corpuscules assez semblables, pour l’aspect , à ces lobules de graisse durcie et roussâtre que l’on trouve communément dans le tissu cellulaire sous- cutané de la cuisse et de la jambe des sujets attaqués d’anasarque. Ces petites masses sont quelquefois unies très intimement au (issu du foie ; mais assez souvent elles
SEMEIOLOGIE.
en sont séparées par une couche mince de tissu cellulaire qui leur forme une enveloppe ténue , et alors ils se détachent assez facilement. »
Une particularité assez extraordinaire, et sur laquelle je dois insister , c’est que tout foie qui contient des cyrrhoses présente constamment une plus ou moins grande diminution de volume. Sa surface extérieure paraît en outre plissée, rugueuse, et ratatinée à peu près comme une pomme flétrie.
M. Andral a avancé , dans sa Clinique medicale , que la lésion organique qu’on appelle cy rrhose n’est autre chose qu’une hypertrophie de la substance blanche du foie. Mais ce n’est là qifune hypothèse , qui repose elle-même sur une hypothèse , l’existence dans le foie de deux substances , l’une blanche et l’autre rouge (1)5 il suffit, d ailleurs , de réfléchir que les cyrrhoses peuvent se développer dans des organes autres
(i) Tous les anatomistes ne pensent pas que le foie soit compose' de deux substances ^ on peut même dire qu’il n y eu a que trois ou quatre qui professent cette opinion, et encore font-ils observer que les substances dont il s agit ne sont distinctes dans l’e'tat normal que pour celui qui les a remarquées lorsque la maladie les a rendues plus saillantes.
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que le foie , pour s’apercevoir que l’opinion que je combats n’est pas admissible.
Les cyrrlioses ne diffèrent , scion moi , des tubercules que par la couleur ; comme eux elles forment des masses de grosseur variée ; comme eux elles existent à l’état de crudité et de ramollissement : tout porte à croire que ces deux productions morbides sont de même nature et proviennent des mêmes causes.
Le foie peut encore devenir squirrheux et passer à l’état d’encéphaloïde , qui , comme on sait , ii’cst que le dernier degré du cancer.
Telles sont à peu près les productions diverses qui , dans ces derniers temps , ont reçu le nom de tissus accidentels et sans analogues. J’ai cru pouvoir me dispenser de les soumettre à un examen plus approfondi , non seulement par rapport à ce que j’ai dit, page 77 , mais parce que ces sortes de lésions ont pour propriété spéciale d’être absolument identiques , quel que soit le lieu où elles aient leur siège , et que par conséquent les tubercules blancs, jaunes ou noirs, le g(|^ujj'rli0 et l’enceplialoïde dufoie,ne doivent pas présenter d’autres caractères que ceux qui se rencontrent dans les autres organes. Je nai pas balancé ensuite à leur attribuer une origine commune {nrrUaiion), parce que les lucde-
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tins qui UC partaj^ciit pas le siuilinieul de M. Broussais sur ce point de pathologie seiiihleiit s’éirc rangés de l’avis de M. Andral, qui pense i® ([ue les lubcreules , les niëlanoses et le cancer du foie sont de véritables productions nouvelles déposées par voie de sécrétion dans le parenebyinc bépati([nc ; 2® que la cyrrbose n’est autre chose qu’une hypertrophie de la sid^stance blanche du foie (1) , et ([ue , si l’on se souvient d’ailleurs de l’explication (jtie j’ai donnée de la manière dont toutes ces altérations organicpics se lormcnt , lorsque rien n’annonce chez les malades que le foie ou les viscères environnants sont enflannnés, on m’accordera sans peine qu’il est toujours possible de démontrer (pic l’irritation a présidé à leur développement.
(1) Suivant M. AisDr4AL,les luRercules sout toujours la suite d’une inflammation chronique* mais la matière luherculcusc n’est qu’un jius d’une nature spe'çialc, qui, disse'minè , infiltré dans les tissus ou rassemblé en foyer, SC durcit par l’absorption des parties les plus ténues, jusqu’à ce qu’une recrudescence vienne le ramollir et le tondre par la sécrétion d’une matière liquide.
Quant aux mclanoses et au cancer, il les regarde également comme des produits de sécrétions morbides , mais il ajoute pour les mélanoscs qu’il y a dans ce cas une sorte de dcjiôt du principe colorant du sang et de. la la fibrine, tous deux dans un élat particulier
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11 est une autre espèce de lésion organique ([u’on ne saurait s’empêcher de regarder comme provenant dos mêmes causes que les tubercules : je veux parler de Vhydropisie enkistée du foie. Tous les kistes, en effet, sont des membranes de nouvelle formation qui surviennent à la suite d’une inflammation évidente , ou au moins d’un commencement d’irritation. Au surplus, les collections aqueuses ou séreuses du foie sont extrêmement rares , et nous possédons si peu de données sur les phénomènes qui les distinguent pendant la vie , qu’on ne peut en reconnaître l’existence qu’à l’ouverture du cadavre.
Quant à l’hydropisie hydatique du foie , que les auteurs prétendent être beaucoup plus commune que la précédente, si l’on réÜéchit qu il existe eiiire les kistes ou vésicules séreuses qui tiennent au tissu cellulaire par leur surface externe et les vers hydatiques des transitions insensibles entre lesquelles il est très dijfcile d^ établir une démarcation tranchée (i) , on sera très porté à penser avec moi que la mole hydatique ou en grappes et les trois espèces d’acéphalocystes dont l’animalité, suivant Béclard, peut
(i) Dictionnaire de médecine en i8 vol., lome xit , page 529.
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encore être révoquée en doute , appaiiiennenl aux kistes, et ne sont par conséquent, dans le cas qui nous occupe , qu’un résultat de l’irritation hépatique. Une autre chose qui ne contribue pas peu à me confirmer dans cette opinion , c’est qu’il existe souvent une identité parfaite de symptômes et de causes occasionelles entre l’hydropisie hydatique du foie et la plupart des altérations organiques dont je viens de parler. C’est ainsi que , sur quatre individus observés à la Charité , chez lesquels le point de départ de l’affection du foie semblait avoir été également une violence extérieure , et chez lesquels il y avait eu également , au début de l'i maladie , douleur dans la région hépatique , le premier offrit un abcès creusé dans le parenchyme du foie j le second, des hydatides ; le troisième, des masses cancéreuses 5 le quatrième, une diminution de volume de l’organe (1).
M. Louis parle d’un sujet chez qui le foie était devenu emphysémateux, plus léger que les poumons, et avait à peine le volume qui lui est naturel. Cet état du foie s’était - il manifesté avant ou après la mort? La dernière de ces hypothèses me paraît la plus vraisemblable. En
Clinique médicale , tome jv, page 5.
SÉMÉIOLOGIE.
admettant, au reste, que Fcmphysème dont il s’aj^it se fût développé pendant la vie , ainsique le croit M. Louis, il me semble qu’on ne saurait s’empêcher de le considérer comme le résultat d’une alïéction irritative: car, chez l’individu où il fut observé , tous les viscères tlioraci(|ues et abdominaux présentaient des traces de phlegmasie (i).
Il me resterait maintenant à examiner si , lorsque l’inflammation du foie ne s’est pas terminée par résolution , et que néanmoins il n’est survenu aucune des altérations qu’on observe à la suite de l’hépatite aiguë ou chronique , il est possible de juger , par la consistance et par la couleur du parenchyme , s’il y a eu ou non irritation. Mais , dhme part , la consistance normale de l’organe qui élabore la bile est très peu connue , et tout ce qu’il est possible d’établir à ce sujet , c’est que, lorsque le parenchyme hépatique est d’une extrême friabilité , qu’il s’écrase et se réduit en pulpe sous le doigt qui le presse, l’analogie et les cas où l’on a vu cet état du foie coïncider avec tous les symptêimcs d’une hépatite doivent porter à admettre qu’il est le ré-
( I ) Recherches analomico-paihologiques surlaphthî-^ page 145.
eultat d’un travail inflammatoire; de l’autre, personne n’ignore que la couleur du foie est susceptible de varier beaucoup dans l’état sain. Non seulement elle n’est ’pas toujours alors, comme on le prétend , d’un rouge brun à sa surface , mais la substance hépatique, loin d’offrir constamment une teinte fauve ou jaunâtre à l’intérieur , est souvent d’une couleur brune. Or il est clair que, dans ce cas, la rougeur, signe non écpiivoque de l’inflammation , ne peut nullement servir à constater l’existence de cette dernière. On s’accorde en général, cependant, à regarder la couleur rouge -foncé du tissu du foie comme provenant presque toujours d’un état d’irritation. Il paraît également à peu près certain que la teinte jaune très prononcée et la pâleur de ce même tissu coïncident le plus communément avec des altérations qui dépendent d’un travail inflammatoire. On a aussi fait mention d’une couleur bronzée de l’intérieur qui s’accompagne d’une mollesse peu ordinaire du parenchyme hépatique , et qui , pour cette raison , me paraît être le produit d’une phlegmasie chronique. Quant à cette couleur ardoisée , noirâtre, disposée par plaques uniques ou multiples, et toujours netlcment circonscrites, qu’on observe principalement à la face concave du foie,
SEMEIOLOGIE.
et qui se rencontre beaucoup plus frëqueiniueiit que celle dont il a été question jusqu'ici, on ignore en quoi elle consiste , et quelle est Eaffection qui Foccasione. « Si Fon en jugeait , dit M. Boisseau, par analogie avec des taches d’un noir plus fonce que Fon remarque , dans un plus petit nombre de cas , à la surface externe des intestins, on serait tenté de l’attribuer à l’inflammation y mais comment expliquer la singulière régularité des plaques noirâtres? Elles sont souvent triangulaires ou quadrangulaires ; presque toujours elles finissent au bord tranchant, et, dans la direction opposée , une ligne droite les termine brusquement. Quel est alors l’état de la substance du foie ? on l’ignore. Il est probable , cependant , que c’est d’elle que dépend particulièrement cette singulière coloration , ou , si Fon veut , décoloration , qui toujours se prolonge à l’intérieur du viscère (i). »
(O Dictionnaire abrégé des sciences médicales, lome jx , page 21 .
ÆTIOLOGIE.
ÆTIOLOGIE.
Le foie est situé de manière que dans FélaC iialurel les corps extérieurs ne peuvent être en rapport direct avec lui. Mais cette circonstance, qui semblerait au premier abord devoir rendre l’irritation hépatique infiniment rare , n’empéclie pas qu’elle ne s’observe très fréquemment; et , pour le démontrer, il suffit de faire reniar- ([uer que la gastro-entérite, qui est une maladie extrêmement commune , s’accompagne presque toujours d’une supersécrétion bilieuse , et que celle-ci est une preuve non équivoque que le foie se trouve surexcité.
Lorsque l’irritation hépatique est primitive , les causes qui la déterminent sont : un coup , une chute sur la région hypocondriaque droite , une plaie pénétrante dans l’abdomen , une violente secousse dans la )igne verticale du corps , telle c[ue celle qui résulte d’une chute sur les pieds, les fesses en .es genoux.
L’hépatite fut primitive dans les observations n“ 1 et 11° 4 (i)* Le second de ces deux finis
(i) Voyez pages i4 ot 37.
ÆTIOLOGIE.
surtout offre un intérêt (Vautant plus ^rand que riiillammation de l’appareil biliaire se montra seule exempte de complication , pendant six ou sept jours, et qu’on put, en quelque sorte, suivre ^le l’œil la marche que la nature prend en pareille occurrence.
Il arrive quelquefois que , sous l’influence d’un obstacle à la circulation situé dans la poitrine ou dans la cavité abdominale , le sang se ramasse dans l’organe qui sécrète la bile et le distend outre mesure. La congestion alors est toute mécanique; mais on sent facilement que, .si cette congestion persiste ou se réitère souvent, elle peut devenir une cause d’inflammation pour le tissu où elle a son siège. L’hépatite dans ce cas doit-elle être regardée comme idiopat hique ^ Quelques personnes s’étonneront peut-être que je réponde par l’affirmative. Mais je ferai observer que le seul moyen de s’entendre en ætioloeie est de ne considérer une affection morbide comme consécutive à une autre que lorsque cette dernière l’a produite directement. Or ce n’est pas l’obstacle à la circulation qui ici a occasioné, à proprement parler , l’hépatite, mais bien le sang , qui , accumulé dans le foie , est devenu par sa présence une cause de stimulation pour ce viscère : la cause immédiate du mal
ÆTIOLOGIE.
résidait dans le parencliyineliépa tique lui-méme. 11 n’y a donc rien d’extraordinaire que j’établisse que l’hépatite qui se développe de cette manière est idiopathique.
L’irritation hépatite consécutive résulte constamment d’une gastro-entérite ou d’une inflammation du péritoine.
L’affection de l’appareil biliaire qui survint chez le jeune homme dont j’ai tracé l’histoire, page 28 , eut évidemment pour cause immédiate la phlogose du tissu péritonéal. Pour ce qui est des cas où l’irritation du foie dépend d’une phlegmasic du tube digestif, en voici deux dans lesquels la gastro-entérite occasiona non seulement une supersécrétion bilieuse , mais encore une partie des signes qu’on a regardés jus- ([u’ici comme pathognomoniques de l’hépatite.
Je fus appelé en consultation, le lo mars 1822, pour un riche propriétaire dcscnvironsd’une ville où j’exerçais alors. Cet individu, âgé de trentecinq ans, d’un tempérament bilieux et fortement constitué, n’avait, à ce qu’il paraît, dans le principe, qu’un embarras gastrique ; mais un voinitif qu’il avait pris trois jours avant celui de la consultation avait considérablement exaspéré les
94 ÆTTOLOGIE.
accidents j il présentait , lorsque je le vis pour la première fois, les symptômes suivants : céphalalgie , bouche amère , langue ronge sur ses bords et à sa pointe, et couverte à son milieu d’un enduit jaune- verdâtre , soif très vive, peau sèche et brûlante , douleur à l’épigastre , pouls dur , fréquent et serré, constipation, urines foncées en couleur. Mon opinion fut que la maladie était une gastro-entérite aigue , qu’il fallait se hâter de combattre par les sangsues à l’épigastre, la diète , les lavements , les boissons acidulées et mucilagineuses. Le chirurgien ordinaire et deux autres médecins qui avaient été appelés en même temps que moi opinèrent, au contraire, pour l’emploi d’un second vomitif, et comme j’étais seul de mon avis , il fut décidé qu’on administrerait sur-le-champ deux grains de tartrate de potasse antimonié. Ce remède détermina d’abondantes évacuations bilieuses par haut et par bas ; mais l’irritation , au lieu de diminuer , augmenta. Le lendemain l’hypocondre droit était devenu tendu et très douloureux au toucher , et le décubitus sur ce côté était impossible. Je fis remarquer les mauvais effets de l’émétique , mais je ne fus pas plus heureux que la veille , et mes confrères , qui ne voyaient que des humeurs à évacuer , crurenf devoir prescrire
ÆTIOLOGÏE.
un purgatif. Je ne revis plus le malade depuis eetre épocpie , mais je sais qu’il mourut quatorze jours après. Je sais aussi que le cadavre fut ouvert, qu’on trouva des traces évidentes d’inflammation dans les voies digestives , que le foieétait gorgé de sang et très volumineux , et que le péritoine sus-hépatique non seulement était rouge , mais avait contracté des adhérences dans plusieurs points de son étendue avec les parties voisines.
M. de C — fut atteint de coliques violentes , le 20 avril 1826, pendant le traitement d’une uréthrite aiguë pour laquelle on avait fait plusieurs évacuations sanguines , employé le régime végétal et les boissons émollientes : il en était résulté un dérangement des organes digestifs , la langue était chargée, il était constipé, tout annonçait un commencement d’irritation dans ces organes. La température s’étant refroidie subitement, il en ressentit les effets: il mangea une soupe maigre et des poires cuites , il se coucha , eut beaucoup de peine à se réchauffer et vers dix heures du soir il fut subitement atteint de coliques qui augmentèrent tellement qu’il m’envoya chercher au milieu de la nuit.
^6 ÆTIOLüGI£.
Je le trouvai si souffrant qu’il se roulait sur le plancher ; il avait vomi les derniers aliments qu’il avait mangés j l’épig^astre était douloureux quand on le comprimait ; la douleur qu’il y ressentait semblait se propager vers les lombes ; le pouls était long et serré , la langue sèche ; il ne faisait point de vents par en bas , tandis qu’il avait de fréquentes éructations ; les selles étaient supprimées. Il s’appliqua d’abord quelques linges chauds sur l’épigastre. A mon arrivée, je prescrivis une potion huileuse et un lavement. Celui - ci , dit le malade , semblait faire remonter la douleur- quant à la potion huileuse , il la rendit presque de suite par le vomissement. J’espérais peu de ce médicament, que je n’avais donné que sur la demande du malade , qui l’avait vu administrer en pareille occasion. Jugeant bien qu’un tel état ne pouvait exister sans irritation , je fis mettre vingt sangsues sur le point douloureux. Aussitôt après leur chute , le malade se mit dans un bain tiède. Mais ces moyens n’apportèrent aucun soulagement : il souffrait extraordinairement, il ne put rester qu’un instant dans le bain , il vomit à plusieurs reprises de la bile porraeçe , les coliques augmentaient de plus en plus , il était dans une angoisse inexprimable; lespo-
ÆTIOLOGIE. 97
lions anlispasmodiqucs , au lieu de calmer , paraissaient au contraire accroître la douleur. M. Capiaumon , chirurgien-major de Fccolc d’artillerie de Metz , vient le voir : il fut , ainsi que moi, d’avis de réitérer l’application des sangsues. Mais le malade s’y étant refusé , nous témoignâmes le désir de consulter M. Rampou , médecin en chef de l’iiopital militaire d’instruction de cette ville. Il porta le même jugement
que nous sur cette maladie , et , comme nous , il conseilla une nouvelle application de sangsues et l’emploi des bains. Tout cela fut exécuté, mais il n’en résulta qu’un léger amendement des symptômes précités. Les vomissements et les coliques se renouvelaient moins fréquemment , le malade avait quelques instants de calme : mais quand ces accidents avaient fini , il souffrait tout autant ÿ le pouls est toujours lent et serré , les traits de la face décomposés; tout exprime une profonde douleur ; bientôt l’hypocondre droit devient douloureux quand on le comprime ; le foie semble dépasser les fausses côtes. Nous nous décidons à faire une forte saignée du bras : à peine le sang commence-t-il à couler de la veine que le malade se sent soulage ; les envies de vomir et les coliques cessent , la chaleur se rétablit dans toutes les parties , la peau
y 8 ÆTlOLOGtE.
so couvre do sueur , il repose dans la nuit.
(c Le 28 5 il s’est opéré une vive réacliou : clialeur lialilueusc ; pouls plein , accéléré , très développé; légère céphalalgie ; langue chargée , épaisse ; soif; l’urine couleur de bière ; point de douleur à l’hypocondre , tandis c{ue la pression de l’épigastre en fait ressentir une assez sensible.
(( Le 29 , tous les symptômes de la veille ont diminué ; le malade ne souffre nulle part, quoiqu’il n’ait point reposé dans la nuit.
(c Le 3o , rétablissement complet : il demande à manger. L’uréthrite , loin d’avoir été supprimée , s’est au contraire exaspérée. » (1)
Les deux malades dont il s’agit ici furent réellement atteints d’une phlegmasie du foie, et cette dernière dut s’élever même à un assez haut degré d’intensité , puisqu’on observa une partie des symptômes que les auteurs ont regardés comme pathognomoniques de l’hépatite.
.Te réduis, comme on voit , a un bien petit nombre de causes l’œtiologie de l’irritation du foie ; et l’on m’objectera peu t-être cj[ue les pathologistes qui n’avaient connu cette irritation que lorsqu’elle constitue une inflammation plus ou
(i) Cette observation est de M. Bobilier, docteur en me'decinc , et a e'te' extraite du Journal universel des sciences médicales , cahier i26,page5j5.
ÆTIOLOGIE. 99
moins forte en admettaient une foule d’autres ; mais pour peu qu’on se donne la peine de méditer ce qu’ils nous ont transmis à ce sujet , on ne tardera pas à acquérir la certitude que toutes les causes que je n’ai pas nommées et dont ils font mention n’agissent qu’en provoquant soit un plilogose de la portion du péritoine qui correspond à l’appareil biliaire, soit un gastro-entérite , et que par conséquent on n’est nulle- • ment fondé à les comprcmlrc parmi les causes de l’irritation hépatique.
La plupart des auteurs , par exemple , ont avancé que l’habitation sous un ciel brûlant est une des conditions qui contribuent le plus au développement des maladies du foie. La vérité est que ces affections sont très communes dans certaines contrées , telles que l’Egypte , les Indes orientales j mais si ce fait a lieu, ce n’est pas parce que la chaleur modifie directement l’organe qui sécrète la bile. L’effet le plus ordinaire d’une température élevée est de rendre les voies digestives très excitables et de disposer éminemment aux irritations gastro-intestinales. Ces irritations , une fois déclarées , se propagent aux tissus voisins ; voilà la raison de la fréquence de l’hépatite dans les pays chauds.
M. Lortal a remarqué que les grands man-
ÆTIOLOGIE.
geurs ont généralement le foie plus gros que les autres personnes. Ce médecin aurait du ajouter que l’augmentation de volume , dans ce cas , tient ou à l’existence de la gastro - duodénitc , ([ui , comme on sait , s’observe souvent chez les individus qui mangent beaucoup , ou à ce que les organes digestifs, se trouvant alors continuellement en exercice et continuellement stimulés , transmettent au foie une somme d’excitation plus forte que de coutume , ce qui à la longue suffit pour déterminer l’hypertrophie ou l’obstruction de ce viscère.
L’organe qui sécrète la bile ne devient quelquefois plus volumineux chez les sujets atteints de scrophe les ou d’alTections vénériennes que parce que ces deux états morbides coïncident , dans une infinité de cas , avec une irritatioa de la muqueuse gastrique , qui elle-mcme tient alors soit aux progrès naturels du mal , soit aux moyens qu’on emploie pour le combattre, (i)
C’est par un mécanisme absolument sembla-
(i) Ce que j’avance ici relativement aux personnes qui sont affectées des écrouelles ou de la syphilis mériterait, à raison de sa nouveauté et de son importance, d’ètre appuyé par des faits, et je n’en cite aucun. Mais j’invitc le lecteur à consulter, dans le Traite des mala-
loi
ÆTIOLOGIF.
I)lc (|uc le parenchyme liéjiathjue acqiiieiL Iré- (jiieiiimeiit un dcvelojipenient considérable dans les lièvres inlerniilleiiles. Ces dernières n’élanl très souvent , en elFet, que des gaslro-enlérites périodiques, on conçoit racilenient <]uc , lors- ([u’elles durent fort long-temps, ou que, par l’usage intempestif ou l’abus du quimjuina , on leur donne une nouvelle intensité, elles peuvent se propager au foie et en déterminer l’iiypertropliie ou l’obstruction.
Les viandes noires ou grasses , rôties ou assaisonnées par l’art dangereux de nos cuisiniers ■ les assaisonnements chauds (poivre, piment, girolle , etc. ) , les vins généreux , les li([ueurs spirilueuses , les vomitifs et les purgatifs employés d’une manière peu méthodique ; tous les agents connus , en un mot , sous la déiiomina-
r/ies du foie , par M. Portal , l’arlicle intitule De VéiaL du foie par vice scrophuleitx , et celui qui a trait aux altc'rations lie'patiqucs qui paraissent survenir à la suite de la verole. Dans le premier, comme dans le second de ces articles , la plupart des observations que M. Portal a recueillies lui-même, et qui , sous ce rapport, n’en ont que plus de droilrà notre confiance, prouvent tpie ce n’est presque toujours (ju’après que les signes d’une lésion gasti ique ont paru <[ue l’organe qui élabore la !)ile s’enilamine et se de'sorganise.
ÆTIOLOGIE.
tiüQ de stiiijulants , portent leur première action sur l’estomac et le duodénum. Ce n’est jamais que lorsqu’ils ont produit une gastro -entérite , ou , si l’on veut , une gastro-duodénite , et que celle-ci s’est transmise par les canaux biliaires (i) au foie , que les signes de l’irritation hépatique se déclarent.
Ces affections de l’appareil biliaire ne sont si communes chez les personnes qui mènent une vie sédentaire ou qui se livrent aux travaux du cabinet que parce que la digestion se fait ordinairement mal quand elle n’est pas aidée par l’exercice , ou que l’esprit se trouve dans un état habituel de contention.
Le refroidissement par l’exposition à un courant d’air ou l’immersion d’une partie ou de la totalité du corps dans l’eau froide , la répercussion d’un exanthème , de la goutte ou du rhumatisme , sont susceptibles aussi , dit-on , d’occasioner l’hépatite. Cette proposition ne me pa-
(i) Et quelquefois aussi par les veines qui naissent à la surface de la membrane muqueuse intestinale , et se continuent en s’anastomosant avec les petites veines mësaraiques, qui , à leur tour , vont aboutir au tronc de la veine porte. M. Riues a le premier ëmis cette opinion , qui me paraît très vraisemblable.
ÆTIOLOGIE.
raîl pas plus fondée (pie les précédentes. Lorsque rinflaniination du foie survient à la suite de la suppression subite de la perspiration cutanée , de la disparition d’unexantlièine , etc. , ces causes 5 loin de modifier directement le parenchyme hépatique, commencent toujours par provoquer soit une gastro -entérite , soit une péritonite , suivant cpie le sujet est prédisposé à l’une ou à l’autre de ces maladies par l’état de l’atmosphère, son régime, ses habitudes, sa constitution. Une chose qui déjà milite beaucoup en faveur de l’opinion (|ue j’émets ici , c’est que le péritoine et la muqueuse gastro-intestinale sont dans un rapport d’alternative avec la peau et peuvent devenir supplémentaires de celle-ci, tandis qu’il n’existe aucune sympathie, bien connue du moins, entre le système dermoïde et l’appareil biliaire ; mais, ce (jui ne permet pas d’hésiter à la considérer comme la seule (jui puisse être admise dans l’état actuel de la science , ce sont les faits que je vais rapporter.
Ln jeune homme âgé de vingt et un ans, d’un tempérament bilieux et d’une grande mobil ité nerveuse , se baigna par un temps assez froid dans une rivière qui coule près de la cam-
ÆTIOLOGIE.
io4
pai^nc qu’il habitait non loin de Bordeaux, Au sortir de l’eau, il éprouva des frissons, des anxiétés, et une douleur à la région du foie, qui, d’abord légère, fut en augmentant, au point que le soir elle était très aiguë et gênait beaucoup lu respiration. Le lendemain le pouls était dur et plein , la langue jaune , la bouche amère ; la douleur de l’hypocondre droit surtout avait pris un caractère plus intense , et le décubitus sur ce côté était impossible. Cette affection morbide fut traitée par les antiphlogistiques , mais d’une manière trop timide , selon moi , et c’est ce qui fit qu’elle passa à l’état chronique. Le malade ne tarda pas à se trouver en proie à une fièvre lente qui redoublait régulièrement tons les soirs ; le teint devint jaune , l’épigastre douloureux , la respiration difficile et accompagnée d’une toux sèche. Plus tard, l’hypocondrc droit se tuméfia; lorsqu’on pressait cette partie , on sentait que le foie était dur , inégal à la surface , et dépassait de beaucoup les fausses cotes. La mort eut lieu l’année dernière , vers la fin du printemps , après neuf ou dix mois de souffrances. On ne fit point l’autopsie.
L’organe qui fut le premier affecté , dans ce cas, fut évidemment le péritoine ; car j’ai prouvé, comme on sait, que les douleurs aigues de l’by-
ÆTIOLOGIE.
io5
pocüiulrc apparlicMinciil à la pcritonile. Ce ne f tilqu’après, el sous rinlluciice de celle dernière, ([lie le l'oie devinl malade. La cause de l’iiépalile ilonl il s’agil ne lui donc pas , à propremenl parler , riinniersion dans l’eau , mais bien la périloiiile qui rèsulla immédialemenl de rimpression subiledu froid sur la peau.
OliSERVATION N" 8.
Une femme à^^ée de vingl -cinq ans , d’un lempérament lymphalico - sanguin , ayanl èlc se baigner, le 12 juillel 1821, dans le Drol, pelile rivière du déparlement de Loi - el - Garonne , éprouva pendant la nuit des envies de vomir continuelles , une chaleur insupportable dans tout le corps, et des angoisses inexprimables. Le lendemain et les deux ou trois jours suivants , ces symptômes devinrent plus prononcés, des vomissements fréquents eurent lieu, une fièvre violente se déclara. Le traitement que son mé-^ decin lui prescrivit la soulagea promptement 5 mais sa guérison ne lut pas complète , elle ne recouvra pas sa fraîcheur habituelle , el il lui resta un sentiment de pesanteur et d’anxiété dans la région épigastri([ue, qui se manifestait principalement un peu avant le repas et pendant le travail de la digestion. Cet état de choses dura
ÆTIOLOGIE.
iü6
à peu près quatre mois. Au bout de ce temps, et sans cause appréciable , rappélit disparut entièrement ; les nausées , les vomissements et la lièvre se renouvelèrent. On combattit ces accidents de la même manière que la première fois, mais avec moins de succès. Les digestions ne se lirent plus qu’avec peine , une fièvre lente se déclara, et l’embonpoint commença à diminuera vue d’oeil. Deux ou trois mois après, une nouvelle recrudescence étant survenue, je fus appelé en consultation. Je trouvai la malade dans un état de maigreur extraordinaire; l’estomac ne pouvait supporter aucun aliment solide ; la langue était rouge et sèche , la peau brûlante , le pouls petit et très fréquent. Une circonstance qui me frappa surtout, et qui n’avait pas fixé l’attention de mon collègue , c’est que l’hypocondre droit était bombé et douloureux : lorsqu’on comprimait cette partie , on sentait que la tuméfaction était produite par le foie, qui avait acquis des dimensions considérables et qui était devenu extrêmement dur.
Cette femme mourut . Les pareil ts ne vouluren I pas permettre qu’on en fit l’ouverture; mais je ne crois pas qu’on jxiisse douter , d’après ce que je viens de dire, qu’il n’y eût chez elle une bv won de l’appareil biliaire ; je ne crois pas non
ÆTI01>0G1E.
lO*^
plus ({u’il soit possible d’adnieltre (pie celle deriii(3re fût le résultat imiiKîdiat de l’iiimiersion dans l’eau , car les premiers sympUmies qu’on reniar(|ua furent ceux dp la gaslro-entérite. Cette ol)servation prouve donc , comme la prc?c(îdentc, que l’action du froid ne produit pas directement l’hépatite.
OBSERVATION N" y.
Une coulurièrc âgée de dix -huit ans, d’un tempérament lymphatique , lit disparaître très promptement une gale ancienne dont elle était atteinte. Peu de jours après, une diarrhée légère, accompagnée de coliques et de ténesmes , se déclara. A ces accidents se joignirent bientôt une douleur à l’épigastre , des envies de vomir et la perte totale de l’appétit. Le chirurgien de la malade vit dans ces symptômes l’indication d’un vomitif, et l’administra. L’elFet de ceténiéti(|ue n’ayant pas répondu à son attente , il en fit prendre un second , après quoi il ordonna plusieurs purgatifs pour achever, disait-il, de netloyer le premières et les secondes voies. Ce traitement n’amena aucun changement favorable ; la diarrhée et les coliques persistèrent, la sensibilité de la région épigastrique augmenta, et le dégoût pour les aliments fut porté au point (|ue
io8 ÆÏIOLOGIE.
leur aspecl seul suffisait pour occasioiier des soulèvemenls d’esloiiiac. Les parents , voyant que leur fille ne î^uérissail pas, s’adressèrent à un médecin du voisinage, qui, se fondanlsiir ce que les règles n’avaient pas reparu depuis deux mois, crut devoir recourir aux emmenagogues et en prescrire de toutes les espèces et sous toutes les formes. L’usage de cette médication nouvelle dura trois mois , et les résultats n’en furent nullement avantageux. Sous son influence, au contraire , les choses prirent une marche beaucoup plus fiicheuse ; la maigreur devint extrême , la peau se colora en jaune, des vomissements eurent lieu d’espace en espace ; chaque jour , en outre , une petite fièvre se manifestait vers le soir et durait une partie de la nuit. Tel était l’état de la malade lorsqu’elle témoigna le désir de me consulter. Mon premier soin, en arrivant auprès d’elle, fut de palper le bas-ventre, etcomme toutes les apparences extérieures me l’avaient fait présumer déjà, j’acquis la certitude qu’il y avait une lésion du foie : ce viscère était si volumineux fpi’il débordait de trois ou quatre doigts les fausses cotes , et que l’hypocondre droit en était soulevé. Cette jeune personne périt dans le marasme le plus complet. Le cadavre ne fut point ouvert.
ÆnOI.OGTF.. 109
Il est évident que dans ce cas la répercussion de la gale détermina une irritation ([ui, d’abord lixée sur les intestins, s’étendit bientôt à l’estomac. Cette irritation , traitée d’une manière peu convenable, se propagea au parenchyme hépatique. Chez un individu qui eut été plus prédisposé aux aftéclions du péritoine qu’à celles de la membrane muqueuse gastro-intestinale, la disparition de l’éruption psorique aurait produit de préférence une irritation du tissu .péritonéal* mais elle n’aurait , pas plus dans cette circonstance que dans l’autre , agi immédiatement sur le foie.
L’hépatite qu’on dit être produite par la rétrocession de la goutte ou du rhumatisme ne sc développe pas d’une manière différente ; le péritoine ou les voies digestives sont toujours alors les premiers enflammés : ce n’est qu’après, et par suite de l’irritation de l’un ou de l’autre de ces deux organes, que celui qui élabore la bile devient malade.
On a mis également au nombre des causes de l’hépatite l’inflam mation du tissu cellulaire de l’abdomen et celle de la plèvre. L’observation n« 3 (i ) prouve que , lorsque les parois du bas- ventre
(i) Voyez page 28.
ÆTIOLOGIE.
sont enlla minées , l’orçanc auquel rirritation commence par se communiquer est la meinhrane péritonéale. Pour ce qui concerne la pleurésie , le fait suivant suffira pour mettre hors de doute que c’est encore par l’intermédiaire du péritoine que l’hépatite survient en pareille occurrence.
Je fus invité, en mars 1820, à soigner, conjointement avec un autre médecin , un jeune homme robuste et d’un tempérament biliososanguin. Cet individu présentait tous les signes d’une phlegmasie très intense de la plèvre et du poumon droits : le symptôme prédominant avait été dans le principe une douleur située au-dessous du sein, et tellement aiguë que, dès le second jour, la respiration ne se faisait plus du côté affecté que par le moyen du diaphragme. A l’époque où nous fûmes convoqués, l’inflammation avait envahi ce muscle , et la dilatation de la poitrine était en quelque sorte nulle à droite. Le malade mourut. A l’ouverture du cadavre , le poumon , la plèvre et le diaphragme offrirent des traces évidentes d’irritation. Mais ce à quoi lions ne nous attendions pas , mon collègue et moi , c’est ({ue le foie en offrait aussi : il était
ÆTIOÏ.OGIE.
(rmi rouge l’oncé , hcaiicoiip plus gros (jue di‘ eoutimic , el la membrane séreuse avait contracte de nombreuses adhérences avec les tissus ambiants.
L’aftection (jui , chez le sujet dont il s’agil ici , SC développa la première , et occasiona la mort, fut évidemment une plcuro-péripneumonic, puisqu’on n’observa pendant la vie que les symptômes de cette plilegmasie : l’irritation débuta par la plèvre costale et le poumon ; de là, elle SC propagea au diaphragme et au péritoine diaphragmaticjuc • celui-ci la transmit en définitive à l’appareil biliaire. La cause immédiate de l’hépatite dans cette circonstance fut donc la péritonite.
On a déjà vu que M. Louis avait été conduit par une suite d’observations bien circonstanciées à établir que la transformation graissexise du foie existe presque uniqueinent chez les individus atteints de phthisie^ en sorte qu^07i peut jusqu à un certain point la considérer comme une dépendance de cette derfiière espèce de lésion. Cette proposition est sans doute trop générale, et les faits qui prouvent que l’état gras du foie peut se développer sous l’influence d’une maladie autre que la phthisie sont beaucoup plus nombreux que ne le prétend M. Louis. Mais , ce
ÆTIOLOGIE.
({ui me paraît certain , c’est que , lorsque la dégénéresceuce qui nous occupe se Ibrme cliez les phthisiques, ce fait a lieu parce que l’irritation (les voies aeriennes s’est communiquée au péritoine diaphragmatique, et de là au foie. On m’objectera peut-être que la phthisie n’est point une affection irritative j mais je répli(|uerai à cela que la plupart des médecins aujourd’hui regardent les mois phthisie cX, pneumonie chi'ocomme synonymes. En supposant, au surplus, qu’une pareille manière de voir ne fût pas admissible, on ne saurait me refuser qu’il se d('clare constamment dans le cours de la phthisie des inflammations plus ou moins étendues de la plèvre. Eh bien , ce sont ces inflammations qui, qiioi(pie peu prononcées, se transmettent au péritoine et au parenchyme hépatique.
Les excès d’étude , les passions violentes, les chagrins profonds , les accès de colère , l’insolation, n’agissent pas non plus directement sur le foie. Toutes ces causes commencent par produire une irritation du cerveau et de ses membranes; celle-ci , lors(^uelle est intense ou qu’elle dure long-temps , se transmet à la muqueuse gastro-intestinale. On peut m’opposer, je le sais, qu’il est difficile de concilier avec cette théorie les cas où la jaunisse se développe instantané-
ÆTIOLOGIF.
inentsous l’inüucncc (rime émotion morale vive. 'VI ais ces sortes de cas , selon moi , ne font pas exception à la règle que j’établis, et il résulte évidemment de ce (pie je dirai plus loin que l’état du foie qui produit l’ictéricie spasmodi(pie reconnaît pour cause prochaine une lésion gastrointestinale , (pli , elle-même, est survenue immédiatement après une émotion morale vive , telle (pi’ime grande frayeur, un accès de colère, etc.
C’est encore par un mécanisme analogue que l’hépatite se développe à la suite des plaies de tête. Toutes les fois qu’il n’y a pas -eu alors lésion concomitante de l’organe qui élabore la bile et de l’encéphale , l’irritation de celui-ci ne se communique au parenchyme hépatique que par l’intermédiaire du tube alimentaire. Il m’eût été facile de citer une foule de faits pratiques à l’appui de cette proposition , mais commedans tous les cas ou 1 encéphalite traumaticpie se trouve compliquée avec une altération de l’appareil biliaire les choses se passent de la meme manière (pie dans l’une ou dans l’autre des deux observations suivantes , j’ai cru que je pouvais me dispenser d’en rapporter un plus grand nombre.
OBSERVATION N” il.
M. B...., olficier en retraite, âgé d’invii'on
ÆTÏOLOGIE.
([iiarante-cinq ans , était depuis long-temps livré à la crapule la plus dégoûtante. Plusieurs fois j’avais eu occasion de le voir à l’hôpital de la marine, où souvent on l’apportait gorgé de vin et d’eau-de-vie , couvert de contusions et de meurtrissures.
Le juillet 1828, à dix heures du soir, chassé d’un cabaret où il avait déposé les restes de sa raison , il se rendit dans sa chambre au deuxième étage , d’où il tomba ou se jeta par la fenêtre. La tête frappa fortement contre un balcon en fer du premier étage , et il retomba ensuite jusqu’à terre , ayant fait une chute de trentecinq pieds. Apporté à l’hôpital à onze heures du soir , dans un état complet d’ivresse , il fut soumisà l’examen le plus attentif. On trouva aux téguments crâniens , vis-à-vis la portion temporale droite du frontal, une plaie d’environ un pouce de longueur, et par laquelle sortait une assez grande quantité de sang artériel. Le voisinage de l’artère temporale moyenne fit penser que l’hémorrhagie pouvait être due à sa rupture : une incision de deux pouces , à partir de l’angle intérieur et interne de la plaie, n)it à découvert deux branches artérielles qui furent liées aussitôt. On fit un pansement simple , et on appliqua le bandage.
ÆTIOLOGIE. lia
Lo pouls était assez éleyc au moment de l’entrée du malade ; on lui pratiqua une saignée d’environ dix onces. Du reste , tous les symptômes de répanchement et de la fracture existaient. Large ecchymose autour de l’œil droit • écoulement de sang par les narines, les oreilles et la bouche j deux bosses énormes sur le front 5 coma profond; respiration précipitée et stertoreuse. Ces symptômes firent pronostiquer une mort prochaine, qui arriva, en effet, un quart d’heure après le pansement, pendant lequel on sentait une dépression graduelle du pouls.