‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 12 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IV

vrage de ses illustres fondateurs ne subsiste plus que par fragments. Cet aveu lui coûte, mais il ne peut disconvenir que, pendant le siècle qui précéda l’an 1000, une fausse terreur, semée par toute la chrétienté, avait fait croire à la venue de l’Antéchrist et à la fin du monde, et que les populations découragées avaient laissé se délabrer et tomber en ruines la plupart des édifices religieux. Il reconnaît que l’église de Noyon, comme toutes les autres, fut tellement négligée et abandonnée, que sa chute était imminente. Mais lorsque l’an 1000 eut sonné, et que la prédiction fut trouvée fausse, chacun reprit courage et se mit en devoir de réparer le temps perdu. « Voilà pourquoi, dit-il, on se porta avec une allégresse nonpareille à bastir, restaurer ou amplifier les églises, qui dévoient encore durer longtemps jusques à la consommation du monde, laquelle fut jugée n’être si proche. Ce fut lors que nostre chœur fut rafraischy, nostre nef parachevée, nos clochers adjoustez pour accomplissement de l’œuvre. Au moins les experts jugent que ces ouvrages et manufactures sont de ce temps-là. »

Tel est le dernier mot de notre auteur : il ne renonce pas, comme on voit, au chœur bâti par saint Médard, il admet seulement que ce chœur a été rafraischy immédiatement après l’an 1000, et même, pour plus de précision, après l’an ioo 3 ‘. Quant à la nef et aux clochers, en disant que l’une fut parachevée et que les autres furent ajoutés, il les dépouille, il est vrai , de l’honneur d’avoir été bâtis par Charlemagne; mais il ne va pas au delà de cette concession. Dans tout le reste de son livre, il ne lui vient même pas à la pensée de chercher si des restaurations ou des reconstructions plus ou moins importantes

' «On attendit jusqu'à l'an ioo3,d'au- pora et dimidium tempo ris. Daniel, vu.» tant qu’il est escrit que l'Anlcclirist ré- [Annule i de Noyon, page i3i.)

gnera deux ans et demi , • tempus et tem-

sont devenues nécessaires et ont été entreprises. A l’exception de certaines chapelles, que son grand oncle a vu bâtir, il ne paraît pas supposer que depuis l’an ioo3 il y ait eu rien de changé dans la cathédrale. Il avertit môme son lecteur de ne pas lui en demander davantage. Ce sont les traditions, dit-il, je m’y tiens.

Et cependant, en racontant la vie de tous les évôques les uns après les autres, il entre dans des détails que les registres capitulaires ont pu seuls lui apprendre. Ces registres étaient donc à sa disposition. Comment n’y a-t-il pas trouvé de temps en temps la trace des travaux exécutés pour le compte du chapitre et payés par lui? S’il était, comme tant d’autres, d’une complète froideur pour ces questions, on supposerait qu’il n’a pas voulu lire ou qu’il n'a pas daigné parler de ce qu’il avait lu. Mais nous savons que ce n'est pas là son défaut, et qu'il parie volontiers de tels sujets. Ajoutez que, indépendamment des délibérations du chapitre, il avait entre les mains, de son propre aveu, le nécrologc de l’évêché, c'est-à-dire une des sources où se puisent ordinairement les meilleurs renseignements sur les édifices du moyen âge. Il est rare, en effet, quand un évêque a de son vivant fondé, non-seulement une église, mais un simple autel; enrichi le trésor de précieux ornements, restauré ou embelli la moindre chapelle; il est rare que le nécrologc n’en dise pas quelques mots. Comment donc expliquer qu’avec de telles ressources Levasseur garde un silence si absolu ? Ce qui l’absout en partie, c’est qu’il n’avait en réalité que des fragments, des débris, des lambeaux de ces registres capitulaires, de ce nécrologe, et de tous les titres et papiers de l’évêché. Par une étrange fatalité, sept fois pendant l'espace de quatre cents ans, le feu prit dans les bâtiments qui renfermaient ces précieuses archives. Tout ne fut pas dévoré, mais

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