‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 13 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — IV

il sc fit des lacunes irréparables, et ce que la flamme avait épargné devint la proie d’un autre fléau. En effet, dans les xv' et xvi c siècles, le Noyonnais fut le théâtre de guerres si acharnées, que plus d’une fois les chanoines ne durent leur salut qu’à la fuite, et restèrent errants et dispersés pendant plusieurs années '. Est-il donc étonnant que ces archives, dont une partie n’était qu’un monceau de cendres, dont l’autre partie avait été colportée de ville en ville par des fugitifs, se trouvassent au temps de Levasseur dans un tel état de désordre et d’incohérence, qu’un homme aussi peu expérimenté n’ait pu y recueillir que des indications incomplètes et insignifiantes ?

Toutefois, à défaut d’autres témoignages, c'est à ces incendies eux-mémes, causes premières de notre ignorance, que nous allons demander d’utiles révélations. S’ils nous ont enlevé les moyens d’obtenir des notions complètes et certaines, ils vont nous fournir au moins des données indirectes, qui nous permettront d’établir approximativement l’âge des principales constructions dont se compose la cathédrale.

En effet, grâce à un heureux hasard, les dates de ces divers incendies nous ont été conservées par des autorités nombreuses et sûres. Nous ne parlons pas de celui qui détruisit, dit-on , presque toute la ville du temps de saint Eloi, et qui ne put être

* «En l'an i38a, les ravages, dévastations et bruslemens causez par les Anglais et autres ennemis du royaume furent tels en ce pays , que l'église de Noyon fut contrainte de congédier ses chanoines pour trois ans, et leur permettre d'aller où bon leur sembloit, lucrando. (Levasseur, page i ooa. Conclusion capitulaire du a4 octobre i38a.)

• Le dernier jour d'octobre i55a fut or-

donné, par le chapitre, commission pour citer et rassembler les chanoines , chapelains et vicaires épaves, que le désastre de la ville avoil dispersés, à comparoistre k la quinzaine pour tout délai. Et le lundi à de novembre fut conclu que ladite commission seroit envoyée à Paris, et signifiée à ceux du corps qui s'y étoient retirés. • (Levasseur, page 1189 .)

éteint que par un signe de croix de sainte Godeberte , nous nous transportons dans une époque moins merveilleuse, et nous voyons, en 1 i3i, la ville, l’église Notre-Dame, l’évêché et tous les monuments publics dévorés subitement par les flammes au milieu de la nuit, et sans qu’il soit possible d’arrêter l’embrasement. Le pape Innocent II était alors en France; il venait de sacrer Louis le Jeune à Reims, et, après la cérémonie, le nouveau roi et le pontife s’étaient rendus à Crépy dans le château de Raoul, comte de Vermandois. On avait fait de magnifiques préparatifs pour les recevoir; mais, à peine étaient-ils arrivés, qu’ils virent accourir, plein de trouble et de tristesse, l’évêque de Noyon, Simon , frère du comte de Vermandois. Il apportait la fatale nouvelle de l’incendie de son église et venait implorer le saint-père pour qu’il l’aidât à réparer un si grand désastre. Innocent II se rendit à sa prière, et, dans une lettre qui nous a été conservée ', il exhorte les archevêques de Rouen

' *Scriptum Innocenta Papa ad Rotho- • nimis maxima el pro terrenis præbere

■ magensem archiépiscopal n taper , comba- • cœlestia consuevil.

• stioneecclesiœNoviomens‘u t etdomonunepis « Cætcrum quid apud Noviomum pec-

• copi et canonicorum. «calis exigenlibus nuper conligerit, quo-

« Iunocentius episcopus , servit» servo- ■ modo cpiscopalis , et mater ecclesia » cum

« rum Dei , venerabiii fratri Hcnrico Rotho- « domibu» cpiscopalibus incendio suot cre-

• magensi archiepiscopo, epiacopi», el di- • mat-r, dilectionem vestrarn creditnus non

« Icctis filiis abbatibus , clericis , baronibus, • lalere. Quia igitur taulæ calamitali mise-

■ etaliis Dei bdelibus per Rothomagensem • ricordiler compati , et pietatis in lui ht fra-

» provincial» constituas, salutem et apos- • lema sulTragia minislrare debemus. Uni-

• lolicam benedictionem. » • versitatem vestrarn per præsenlia script a

• Utilis est et gratiosa admodum videri • exborlamur in Domino, atquo in remis-

• debet apud genus humanum hœc com- ■ sionem peocatorum injungimus, ut ad

• mutatio, ubi pro temporal! bus ætema, • prœfatam ecclesiom ad honorent etservi-

• pro transitoriis immutabilia conferuntur; • tium Domini reparandam , de faeuhatibus

« dator enim et remunerator omnium bo- ■ vobis a Deo collât is solatia transmitlali»;

• norum Dominus, sub cujus juridiclione • quatenus cum psalmisla verociler decan-

• et doxninio omnia conduduntur, bonam • tare : Domine dilexi decorem domus tuæ

« volunlatem irremuneralam non deseren» • et locum habitalionia gloriæ tuæ, » atque

« de plenitudinc abundantiæ suæ pro mi- • in ccelesti pntria corona immarcessibili

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