PREMIÈRE PARTIE. — IV
Pendant le xiv' et lexv' siècle, on n’entend plus parler d’incendie; mais dans le xvi' nous en trouvons trois coup sur coup : d’abord le 4 juillet i5i6, le feu prit à la cathédrale; les désastres furent considérables, mais on se rendit maître des flammes au bout de quelques heures.
En i55a, le lundi 17 octobre, les Espagnols, s’étant emparés de la ville, la mirent à feu et à sang. Néanmoins, l’église Notre-Dame fut sauvée par le courage et la présence d’esprit d’un serviteur de l’œuvre, nommé Markets, qui s’étant enfermé dans une des petites tours, armé d’une hallebarde, précipita trois soldats qui montaient vers la charpente du comble avec le charbon et la paille pour l’embraser \
Enfin, en 1 557, à la An de septembre, un mois après la fatale journée de Saint-Quentin, les Espagnols pénètrent de nouveau dans Noyon , après avoir fait mettre bas les armes à la garnison écossaise , qui s’était vaillamment défendue. L’ennemi pilla et incendia la ville, et, cette fois, l’église Notre- Dame ne fut pas épargnée *.
1 Voyez Levasseur, pag. 84 a et 1189.
Le sac de la ville, en » 55 a, resta longtemps dans la mémoire des habitants.
Les ravages avaient été affreux. «Il y a quelques années, dit M. de U Fons {liecherches historiques, pag. 70) , on lisait encore l'inscription suivante sur une poutre sculptée en gothique, placée à l'extérieur de la maison du sieur Payen , vitrier, rue Saint-Eloi, n* a :
■ Cam n o*l ram kvui venit Burgundui in urbem
•Tembilu mmiutn gl&odibo» el gUdiu ;
■ Surripuit quidquid valait, ni toU »uj>ellei
■N obû ablsLa e»t , art» qooquc fscla an».
■ Alma Db bouiUs cancti* «perantihu» in te
■ Semper adett , oobu reddere plara polat. •
cAano Do mao i 1U1, 17 die oct.»
* Tous le* chanoines ayant abandonné la ville, il ne fut point tenu de chapitre à Noyon pendant plusieurs années : le dernier est du 9 août 1 55 a. Les chanoines s'assemblèrent d'abord à Soissons , le a4 septembre, puis à Paris, le i 5 novembre, afin d'aviser à déposer dans an lieu sur les reliques qu'ils avaient emportées, • occasione universalis incendii civitatis ■ Noviomensis et dissolutionis dicLæ ecclea siæ. ■
La cathédrale ne fut purifiée et bénie pour effacer les souillures résultant de l'effusion du sang, que le 7 octobre
Toutefois, aucun de ces incendies du xvi r siècle ne dut altérer la solidité de l’édifice. Beaucoup de pierres furent calcinées; elles portent même encore aujourd'hui la trace du feu; mais l’ensemble de la construction ne fut pas compromis *.
Les seuls incendies qui, par leur violence et par leur durée, doivent avoir mis en péril le monument, et peuvent avoir rendu sa reconstruction nécessaire , sont ceux de 1 1 3 1 et de 1293. Les témoignages sont nombreux, précis et unanimes : ce ne sont pas des feux partiels, éteints presque aussitôt qu’allumés , dont les dégâts aient donné lieu à quelques réparations de détail , ce sont des incendies de la ville entière , de ces incendies auxquels rien ne résiste, et qui ne s’éteignent que faute d’aliments , lorsqu’ils ne trouvent plus rien debout sur leur passage.
Nous nous figurons difficilement de tels désastres , aujourd’hui que le jeu régulier des pompes et les mille moyens de secours dont une ville dispose triomphent, presque à coup sûr, des feux les plus violents. Mais, dans ces petites cités du moyen âge, aux rues étroites, aux maisons de bois si souvent recouvertes de planches ou de paille, la moindre étincelle avait, en quelques heures , embrasé tout un quartier, et le foyer devenait si ardent, que les murailles, même les plus épaisses, ne pouvaient résister à faction des flammes. De nos jours , il est presque sans exemple qu’une église s’écroule par l’effet d’un incendie ; la charpente du comble prend feu , mais les murs résistent presque toujours. Ainsi, nous avons vu la toiture de la cathédrale de Chartres incendiée, et le monument est resté debout; mais, si la ville tout entière eût été en feu, et si les
1 Nous pourrions citer encore plusieurs foudre tomba sur le gros clocher, et y fit autres incendies, mais de moindre impor- une brèche, mais on se rendit bientôt
tance. Ainsi, le vendredi 3 août 1607, la maître du feu.