‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 21 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

quelquefoisseulementilanslafaçon plus ou moins grossière dont l’artiste a travaillé. Pour conserver l’espoir d’obtenir des données plus positives, il faudrait que les monuments de celte époque ne fussent pas d’une aussi grande rareté. Comment, sur un si petit nombre d'exemples, parvenir à établir des règles sûres et constantes? Nous ne doutons pas que de sérieuses études , de patientes comparaisons , ne dissipent en grande partie cette obscurité; mais il restera toujours, quoi qu’on fasse , quelque chose de vague et d incomplet dans la classification des monuments antérieurs à l’an 1000. Une clarté plus grande apparaît dès le début du xi' siècle. Là ce n'est plus la rareté des exemples, c'est plutôt leur trop grand nombre qui augmente les difficultés. Si I on se contente de généralités, point d’embarras. Cette grande renaissance du xT siècle se manifeste par deux styles fortement caractérisés : le premier, robuste et massif; le second , riche, élégant, et aspirant presque à la légèreté. Mais à quelle époque précise celui-ci succède-t-il à l’autre? Combien de nuances, combien de degrés entre ces deux points extrêmes! Quelle variété dans les plans , dans les modes de construction, dans l’ornementation surtout ! Et si l’on passe d’une province dans une autre, quel spectacle différent! Quel changement de formes et de caractères! Une si grande diversité donne à cette architecture beaucoup d’attrait; mais elle est un immense obstacle à la découverte des lois essentielles, des principes fondamentaux qui la gouvernent. 11 faut néanmoins reconnaître qu’on a déjà beaucoup avancé cette œuvre difficile. Nous avons des données exactes, non-seulement sur la chronologie générale des constructions à plein cintre du xi* siècle et de la première moitié du xii*; mais sur les principales particularités qui les distinguent dans la plupart de nos provinces. Lorsque les nombreux monuments de cette époque qui sur-

vivent encore auront tous été relevés, mesurés, étudiés et comparés avec intelligence, bien peu de questions resteront douteuses; mais parviendra-t-on sur tous les points à la certitude scientifique? Nous n’oserions l'affirmer. Cette architecture, quoique complètement distincte, et de l’architecture romaine et de tous ses dérivés, n’est cependant pas entièrement originale. Les éléments qui la constituent sont presque tous empruntés : les uns viennent directement d Orient, les autres sont comme détachés pour ainsi dire des monuments romains existant sur notre sol, quelques-uns enfin sont le produit de traditions purement locales. Ce n est pas un tout homogène , vivant de sa propre vie , conséquent avec lui-même dans toutes ses parties, depuis la racine jusqu’au sommet, c’est un composé, c’est une compilation, pour employer ce mot que l'illustre critique cité plus haut applique à tort, selon nous, à toutes les architectures du moyen âge sans distinction, mais qui ne manque pas de justesse, si l’on s’en sert pour qualifier l’architecture à plein cintre, principalement pendant les siècles de sa complète décadence et même aussi, soit à l’époque de Charlemagne, soit dans la brillante période des xi” et xu* siècles. Or, comme il est impossible de faire l’analyse méthodique d’une compilation, il ne faut pas s’étonner que toute classification rigoureuse et complète des monuments à plein cintre nous semble un problème presque insoluble; et que, tout en constatant les règles générales auxquelles ils sont soumis, nous devions probablement nous résigner toujours à laisser fléchir ces règles devant un certain nombre d’exceptions.

La même observation s’applique aux monuments mixtes, c’est-à-dire à ceux qui participent à la fois et de l’architecture à plein cintre et de l’architecture à ogive, soit que ces deux formes d’arcade y figurent simultanément, soit que, composés

Digiti.

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