‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 27 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

ports du' tout avec les parties restent les mêmes, peu importent ces variations des parties entre elles. Ce qui constitue un système de proportions, ce n’est pas l’absence de ces apparentes anomalies, c’est la présence de certaines grandes lois générales supérieures à toutes les dissemblances individuelles : d’où il suit que si l’architecture du xin' siècle repose, comme nous le prétendons, sur un système de proportions qui lui est propre, nous devons trouver dans toutes ses œuvres, quelles que soient les particularités qui les distinguent, certaines ressemblances fondamentales et nécessaires, indices certains d’un principe commun duquel elles émanent

Or rien n’est plus facile à constater. Commençons par examiner les plans; nous allons distinguer à des signes infaillibles ceux du xhi* siècle de tous ceux des âges précédents. Le plan du temple chrétien se trouve modifié, à cette époque, d’abord par l’addition d'un collatéral autour du chœur, addition nécessaire dans toutes les églises à plusieurs nefs; en second lieu, par le changement de la forme du chœur lui même, dont l’extrémité, jusque-là semi-circulaire, devient toujours et nécessairement polygonale. Mais, quelle que soit l’universalité de ces modifications dans les plans, elles peuvent ne paraître que d’une importance secondaire. Ce n’est pas sur le sol des églises, c’est sur leurs parois qu’il faut jeter les yeux pour apercevoir aussitôt les caractères généraux et invariables dont on voudrait en vain contester la présence.

D’abord toutes les ouvertures, tous les vides, se terminent en arc brisé, en ogive. C’est là une règle absolue. Que si une fois entre mille, comme à Notre-Dame de Metz par exemple, on voit un arc à plein cintre se glisser au milieu d’innombrables ogives, c’est une de ces exceptions imperceptibles qui sanctionnent les règles au lieu de les infirmer. Ce qui est cer-

tain, c’est qu’avec le xm* siècle l’emploi de l’ogivé devient exclusif, non -seulement dans les églises, mais dans tous les autres édifices. On n’ouvre plus une fenêtre, on ne pratique plus une porte dans une construction quelconque, sans leur donner la forme aiguë. Un fait aussi universel peut-il n’être qu’un accident et un caprice? S’il était question de ces monuments qu’on rencontre en d’autres temps et en d’autres pays, monuments où quelques arcades à ogives apparaissent comme par hasard ët égarées, pour ainsi dire, au milieu d’arcs à plein cintre ou d’ouvertures à angles droits, il serait juste et raisonnable de ne voir dans l'emploi de cette forme qu’une fantaisie capricieuse. Mais ici ce sont toutes les ouvertures sans exception qui se terminent en pointe, et non-seulement les portes, les arcades et les fenêtres, mais les voûtes et jusqu’aux fondations elles-mêmes. L’édifice tout entier est moulé sur cette forme; elle lui est inhérente; elle compose sa structure, son organisation , son ossatura. Sans elle il ne serait pas.

Ainsi voilà déjà une première loi générale qui caractérise l’architecture du xm* siècle; mais il en est une seconde non moins importante. L’ogive n’est pas seulement employée exclusivement dans toutes les productions de cette architecture; elle y affecte une forme déterminée; sa base, c’est-à-dire son ouverture inférieure, est égale à chacun de scs deux côtés latéraux, ou, en d’autres termes, elle procède du triangle équilatéral. Cette forme est évidemment la perfection de l’ogive, comme la figure géométrique qui la produit est la plus parfaite des figures triangulaires. Au xn' siècle, lorsque l’ogive est à sa naissance, et commence à sc substituer au plein cintre, sa base est généralement plus large que chacun de ses côtés; en conséquence, son angle supérieur est plus obtus que les deux autres, ce qui donne à l’ensemble de l’ogive un aspect un peu

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