PREMIÈRE PARTIE. — V
lourd, un peu écrasé. Au xiv‘ siècle, au contraire, lorsque le style ascensionnel tend à l’exagération de son principe, la base de l’ogive devient plus étroite , et ses branches latérales sont de plus en plus allongées. Entre ces deux extrêmes, le xin' siècle nous donne le vrai type de l’ogive, c’est-à-dire cette forme dont l’angle supérieur résulte de l’intersection de deux courbes égales tirées des deux extrémités d'une ligne droite. C’est à l’usage presque exclusif de ce type que les chefs-d’œuvre du xm c siècle doivent ce caractère à la fois élancé et vigoureux qui les distingue. Ils ont beau s’élever à perte de vue, on est sans crainte sur leur solidité. Ce triangle équilatéral, qui se retrouve inscrit dans l’extrémité supérieure de toutes les ouvertures, donne à l’ensemble de la construction quelque chose de bien assis, un air d’à-plomb, une consistance, qui font oublier tout ce qu’il y a de téméraire dans sa légèreté presque aérienne.
Est-il besoin de dire qu'en assignant ainsi à chaque période du style vertical une forme d’ogive déterminée, nous ne prétendons pas poser des règles absolues. Encore une fois, il n’existe pour aucune architecture des mesures invariables; ce n’est jamais que sur des moyennes qu’on peut raisonner. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si , même au temps de saint Louis, on trouve quelques ogives, soit trop larges, soit trop étroites à leur base, en proportion de leur hauteur; si, d’un autre côté, on aperçoit dès le xn' siècle des exemples du type équilatéral, ou si, dans le xiv', il s’en présente encore. Des circonstances locales, des difficultés d’emplacement, suffisent presque toujours pour motiver ces exceptions, et, lors même quelles proviendraient parfois du caprice des artistes, elles sont trop rares pour altérer l’autorité et le mérite d’observations mille fois répétées. Nous nous croyons en droit de regarder comme vrai et comme acquis à la science toyt fait qui
n’est presque jamais démenti; voilà dans quel sens nous disons que, pendant le xm' siècle, l’ogive procède du triangle équilatéral, ou du moins quelle se rapproche, autant qu’il est possible, de ce type; qu’au xn' elle ne l’atteint pas encore, et qu’au xiv' elle tend à le dépasser. Quant au xv' siècle, nous n’oserions pas désigner quelle est exactement la forme de ses ogives : tantôt il les élargit outre mesure, tantôt il les rétrécit. Dans cet âge de recherches et de raffinements, l’empire de la règle s'affaiblit, l'imagination semble gouverner seule : aussi cette époque n’est-elle fortement caractérisée que par son ornementation, tandis que ses proportions sont vagues, changeantes et difficiles à généraliser.
C’est donc dans les deux siècles précédents, et surtout dans le treizième, qu’il faut étudier le système de proportions du style vertical; c’est là qu’il apparaît dans sa pureté, soumis à la discipline de la raison et aux lois d’une sévère harmonie. La forme systématique et régulière des ogives n’en est pas l'unique preuve; elle n’est qu’une révélation partielle de l’ordre qui règne dans toutes les parties de l’édilice. Interrogez-les toutes, vous les trouverez également conséquentes et dérivant de principes communs. Nous n'avons pas la prétention, toutefois, de remonter jusqu’à la loi unique et souveraine qui doit résumer tous ces principes; nous sommes persuadé qu elle existe, mais faut-il la chercher, comme quelques-uns le supposent, dans le point central du monument, c’est-à-dire, quand il s’agit d’une église, dans l'intersection de la nef et des transsepts ? Est-ce le carré de cette partie centrale qui sert de base, de racine géométrique à toutes les autres parties de l’édifice, de telle sorte qu’on puisse en déduire non-seulement la hauteur des quatre grands piliers qui soutiennent les quatre ogives maîtresses, mais la forme de ces ogives elles-mêmes, et enfin