‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 29 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

les proportions relatives de tous les autres piliers et de toutes les autres ogives dont se compose le monument? Ce sont là des solutions qui, toutes vraisemblables quelles puissent être, n’ont pas encore acquis un degré suffisant de certitude pour être scientifiquement admises. Nous n’en avons pas éprouvé personnellement la valeur par des expériences assez multipliées pour nous en porter garant.

Mais, sans nous élever jusqu’à ces problèmes, sans entrer dans ces régions encore mal explorées, contentons-nous de constater, preuves en mains et sur la foi des expériences les plus incontestables, qu’il existe dans tous les monuments, soit du xm c , soit du xiv e siècle, une répétition constante des mêmes dispositions générales, et une certaine mesure moyenne applicable à toutes les parties principales de l’édifice. Cette démonstration doit suffire, car c’est là ce qui constitue et ce qui a toujours constitué un système de proportion.

Voyons maintenant s’il est vraiment impossible, comme on le prétend, de découvrir dans cette architecture la moindre trace d’un système de construction.

Sans doute, on peut trouver dans le moyen âge une longue période, la période du style à pien cintre, pendant laquelle l’art de construire devient un métier plutôt qu’un système. Mélange confus et barbare de méthodes antiques mal comprises, de traditions à demi perdues et de maladroites innovations, il mérite bien alors qu’on le prenne en pitié. C’est à peine si , vers le xi* siècle, on le voit commencer à suivre quelques règles fixes, à observer quelques principes constants. Mais, lorsque apparaît l’ogive, et surtout lorsque son règne est devenu universel et exclusif, les vieilles méthodes, les procédés bâtards, disparaissent; l'art de la construction se transforme, se régularise, et adopte systématiquement des méthodes inconnues

jusque-là. A des effets nouveaux, il faut de nouvelles causes. Ces formes verticales, sveltes, aiguës ne peuvent être produites que par des combinaisons qui leur soient spécialement applicables. La coupe des pierres exige des calculs tout nouveaux : partout des angles saillants et rentrants, partout des formes mixtilignes; de là des difficultés sans nombre pour évider, pour ajuster, pour appareiller les matériaux; puis, à côté de ces nouveautés de détail, des principes généraux de statique et d'équilibre, également tout nouveaux, soit à cause de l’extrême élévation des édifices, eu égard à leur épaisseur, soit à cause de la délicatesse de leur support et de l’envahissement des parties vides sur les parties pleines. Une telle révolution dans la théorie pouvait-elle manquer d’en produire une dans la pratique? A défaut de preuves, le simple raisonnement défendrait d’en douter.

Qu’importe que les Homains aient employé des voûtes d’arête dans quelques-uns de leurs monuments, dans leurs thermes par exemple? Faut-il en conclure que les constructeurs des xn” et xm' siècles n'ont fait que copier les Romains, qu’ils ne sont que des compilateurs, et que, s’ils ont un système, ce système ne leur appartient pas? Comme si le mérite de l'invention était ici de la moindre conséquence. Oui, sans doute, les Romains ont fait des voûtes, d’autres peuples en ont fait avant eux, on en a probablement fait dès les temps les plus reculés; mais qu’on nous cite une époque, qu’on nous montre un pays où tous les édifices, sans exception, aient été surmontés de voûtes, où ces voûtes aient tou tes été supportées, non-seulement par des arêtes croisées, mais par des nervures saillantes, proéminentes et profondément évidées à leur base; où la maçonnerie, suspendue sur ces nervures, ait été aussi mince, aussi légère, et disposée avec une telle hardiesse :

Page 1