‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 3 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — n · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — n

à vous persuader que c’est là une de ces brillantes églises créées dans un des siècles où le style à ogive unissait l’élégance à la fermeté; mais bientôt vos yeux, se portant de l’ensemble sur les détails, vous font apercevoir que toutes les ouvertures de la nef sont à plein cintre, et que, sauf dans deux étages des transsepts, dans quelques parties de l'abside, dans les deux tours et dans la façade, l’ogive n’apparaît pas sur l’extérieur du monument. 11 est vrai que ces pleins cintres sont sveltes et élancés; ceux qui régnent dans la partie supérieure de la nef et des deux transsepts ont même cela de particulier, qu’une longue et élégante colonnette les divise comme une sorte de meneau, et qu’un vide assez profond, les séparant du corps même de la muraille, produit un effet d’ombre très-prononcé, sur lequel se détachent d’une manière lumineuse et la colonnette et la double arcade à plein cintre qu elle soutient. C’est là une combinaison aussi rare qu’ingénieuse, qui donne à toute l’architecture extérieure de la nef et des transsepts un grand air de richesse et d’élégance, et dont on chercherait vainement un exemple dans les monuments de l'époque exclusivement romane ou byzantine 1 . Ainsi, cette cathédrale de Noyon, quoique presque entièrement percée d’arcades semicirculaires, ne produit extérieurement, ni par l’ensemble de

1 On pourrait citer la cathédrale de Spire et un certain nombre d’églises d’Italie, qui sont couronnées extérieurement par une galerie à jour placée sous le toit, et soutenue par une série de colonnes ou colonneltessupportant une succession d'an cardes à plein cintre. Là, comme à Noyon , il y a le contraste et le jeu de l’ombre et de la lumière; mais à cela se borne l'analogie. A Noyon, il n’y a pas de galeries, mais seulement de grandes fenêtres sépa-

rées par de larges trumeaux en maçonnerie pleine. Dans les églises dont nous parlons , les galeries se composent d’une série non interrompue d'arcades.

On trouvera, à l’intérieur de beaucoup d’églises à ogives, des fenêtres supérieures disposées à peu près comme celles qu’on voit extérieurement à Noyon. Ce que nous ne nous souvenons pas d’avoir remarqué ailleurs, c'est celte même combinaison employée à l’extérieur.

ses formes, ni par les détails de sa construction, la même impression qu’un monument à plein cintre proprement dit.

Avant d’entrer dans l’intérieur de l’église, il faut en examiner de plus près les parties extérieures, et d’abord ce vaste porche qui s’avance en terrasse et qui abrite sous son triple berceau de voûtes les trois portes de la nef. Bien qu’il nuise à l’unité de la façade en la coupant et en la masquant en partie sous certains aspects, il est d’un effet imposant; c’est un noble péristyle qui ajoute à la profondeur de l’église, et qui prépare dignement à entrer dans le temple.

A gauche du porche, ce vieux bâtiment éclairé par cinq grandes ogives si richement encadrées et divisées par des moulures si nettes et d’un profil si pur, c’est l’ancienne salle du chapitre. Vis-à-vis, autour de la place, vous voyez huit lourdes et grandes portes cochères rangées symétriquement en demicercle, derniers et tristes témoignages de l'opulence des chanoines. C’est dans ces hôtels nouvellement bâtis que la révolution est venue les surprendre.

Derrière la salle du chapitre il existe un ancien cloître, dont cinq travées seulement sont encore debout. Chacune de ces travées se compose d’une grande ogive subdivisée en quatre compartiments et ornée de trèfles rayonnants finement découpés dans la pierre. Au fond de la cour de ce cloître, les arcades sont ruinées, mais le mur qui les soutenait subsiste encore. C’est un beau mur crénelé, d’une conservation parfaite, et sur lequel on voit courir une frise de feuillages admirablement sculptés et refouillés. Si nous cherchions les effets pittoresques, nous nous arrêterions dans les ruines de ce cloître au milieu de ces beaux débris de sculpture et en face de ces créneaux qui donnent à cette sainte demeure comme un dernier reflet de son ancienne domination temporelle et féodale.

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