PREMIÈRE PARTIE. — II
Au sortir du cloître, on aperçoit la sacristie, percée de quatre grandes ogives moins riches que celles de la salle du chapitre, mais d’une courbe élégante et d’un heureux dessin; puis enfin nous voici devant le chevet de l’église : il se compose de deux rangs de terrasses, s’élevant comme de vastes gradins autour de l'abside et se reliant à elle par deux séries d’arcs-boutants superposés. Cet ensemble produirait un admirable effet, s’il n’avait été déshonoré par les barbaries du dernier siècle. Au lieu de restaurer les anciens arcs-boutants, on leur a substitué des contre-forts concaves et chantournés , surmontés de vases à parfums d’où s’échappent de soi-disant flammes, dont l’agitation immobile produit la sensation la plus désagréable. Ce sont là les folies où tombe la sculpture toutes les fois qu elle oublie que sou domaine a des limites quelle ne peut impunément franchir.
Des deux côtés du chevet, en se dirigeant vers les transsepts, ou aperçoit deux portes dont les sculptures ont subi de grandes mutilations. L’une, celle du côté du nord , connue sous le nom de porte Saint-Pierre, est précédée d'un porche qui l’a en partie protégée contre les injures du temps et des hommes. Les statues et les ornements du soubassement ont seuls complètement disparu; les chapiteaux et les archivoltes, au contraire, sont en assez bon état; mais les sculptures dont on les a brodés affectent un goût tourmenté, tournoyant et indécis, dont on ne voit pas d’exemple dans la belle époque romano-byzantine, et qu’on rencontre rarement même dans sa décadence. C’est un luxe de rinceaux et de volutes qui, à force de se contourner, passent subitement de la maigreur à l’enflure : de telles sculptures ont l’air d’être estampées plutôt que taillées et ciselées; elles donnent à la pierre l’aspect du plâtre et du carton, et semblent appartenir à la famille de ces ornements que les raffinements
de la mode firent éclore il y a un siècle environ. L’autre porte, qu’on nomme la porte Sainte-Eutrope , quoique beaucoup plus mutilée, conserve les traces d’un goût plus sobre et plus pur. On remarque, à droite et à gauche, deux petits groupes sculptés en saillie sur la pierre, dont il est difficile de bien distinguer les sujets, tant ils sont dégradés, mais dont le mouvement général est heureux, et dont l'exécution dut être ferme et hardie. Enfin, en levant les yeux du côté du chœur, on aperçoit un pan de muraille se distinguant de toutes les autres parties de la construction qui lui sont adhérentes, soit par la vigueur de son appareil, soit par l’aspect noirâtre de ses pierres frustes et rongées, soit enfin par une corniche dont les détails sont plus robustes et plus largement dessinés que dans toutes les autres parties de l’édifice ’. En un mot, ce pan de muraille a toutes les apparences d’une assez grande vétusté; aussi, sans rien préjuger sur ce que nous pourrons ultérieurement découvrir ou conjecturer, il y a toute probabilité que ce doit être là une des parties les plus anciennes de l’église.
Uetournons maintenant à l’autre extrémité de l’édifice; entrons sous le grand porche, et pénétrons dans la nef. Un spectacle imposant et harmonieux s’ollrc à nous. Ce ne sont pas des dimensions gigantesques, mais telle est la justesse des proportions, que l’œil ne demande à pénétrer ni plus loin, ni plus haut. La largeur, la profondeur et l’élévation du vaisseau sont combinées dans des rapports de parfaite concordance. Ce n’est pas cet élancement vertical et aigu, cette appa-
1 II faut ajouter que le contre-fort qui se lie À ce pan de muraille est d'une autre forme et d'une autre dimension que les contre-forts suivants : il se termine par une colonne engagée, tronquée par le haut.
Si celte partie de la construction n'appar-
tient pas à l’église primitive , elle doit avoir été entreprise antérieurement ou reste de leditice, et d'après un plan auquel on aura renoncé lors de la reprise des travaux d’ensemble. (Voir la description des planches.)