‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 32 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

daigné chercher en eux un motif d’ornement. Le style antique les eût trouvés trop prosaïques r s’il s’adressait au règne végétal, ce n’était que pour orner les édifices les plus pompeux. L’ordre dorique n’en admettait pas l’emploi; l'ionique le tolérait à peine et seulement dans la frise ; le corinthien seul en faisait un abondant usage; mais comme tout, dans cet ordre, devait affecter un air de majesté, c’eût été un contre-sens que d’y introduire des feuillages sous leur forme simple et naturelle; quelque riche, quelque noble que fût, par elle- même, la feuille d’acanthe, il fallait la rendre plus riche et plus noble encore; ajouter à la fermeté et à la fierté de ses formes, l’idéaliser, en un mot, pour la rendre digne de servir de support à ces somptueuses comiches et de couronnement à ces brillantes colonnes. Le même principe s’applique aux rinceaux et aux enroulements aussi bien qu’aux chapiteaux. L’artiste, en les composant, s’inspirait du souvenir de certaines plantes, mais ce n’étaient pas ces plantes elles-mêmes qui sortaient de son ciseau. En un mot, l’antiquité, et après elle l’époque byzantine et romane, quand elles ont appliqué la botanique à l’architecture, n’ont jamais connu qu’une botanique de convention, dont les modèles n’existent pas dans la nature.

C’est donc un changement complet, une véritable révolution que le système adopté par le xm* siècle. Non-seulement il reproduit avec une naïve fidélité les plantes sous leurs formes naturelles, mais il s’impose la loi de ne choisir ses modèles que dans la flore indigène. Ce dernier fait est de tous le plus significatif; il suffirait pour imprimer au style à ogive son véritable caractère, ce caractère essentiellement national qu’on chercherait vainement à lui contester. Quelle que soit l'origine de l’ogive elle-même, l’architecture qu elle a fait naître chez nous est fille de nos climats et n’appartient qu’à eux : tous les

autres styles que nous avons tour à tour adoptés, soit avant elle, soit après elle, ne sont que des fruits étrangers transplantés avec plus ou moins de succès; elle seule est sortie de notre propre sève, elle seule porte la marque de notre propre création. Ce n’est pas ici le lieu d’insister sur cette idée : peut-être essayerons-nous ailleurs d’entrer dans les développements qu’elle comporte; il nous suffit en ce moment d'avoir établi que l’ornementation du style à ogive n’a rien emprunté ni aux ornements antiques, ni à aucun autre genre d’ornements préexistants , et que ceux qui ne la connaissent pas peuvent seuls l’accuser de plagiat.

Quant au reproche de déraison, a-t-il plus de fondement? Évidemment il ne provient que d’une méprise entre deux époques. Il est bien vrai que, dans certaines sculptures bizantines ou romanes, le caprice et la fantaisie dominent tellement, qu'il n’est pas toujours très-facile de leur trouver un sens raisonnable; peut-être est-il permis de dire de ces sculptures que « tout ce qui en fait partie peut y être ou n’y être pas, occuper une place ou une autre place, sans qu’on puisse dire pourquoi.» Mais existe-t-il la moindre analogie entre ces sculptures et celles du xui* siècle? Autant les unes sont capricieuses et variées, autant les autres sont régulières, nous oserions presque dire uniformes. Voyez les chapiteaux d’une église à plein cintre, il n’y en a pas deux qui se ressemblent : ils diffèrent, non-seulement par la décoration , mais par la forme et par les dimensions. Dans une église à ogives, au contraire, dans une église du xiii® siècle, tous les chapiteaux sont conçus d’après un même type, dans un même esprit. Suivez des yeux ces longues files de piliers, vous les trouvez tous couronnés de même; les feuillages qui serpentent à l’entour des chapiteaux peuvent varier quelquefois, ce n’est là qu’un détail accessoire;

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