‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 33 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — V

mais la hauteur, la largeur, la forme générale, ne changent pas: vous retrouvez le même caractère, le même accent, le même profil , dans le chapiteau , non-seulement de chaque pilier, mais même de chaque colonne, de chaque eolonnette, et du moindre fuseau.

Il en est de même des bases; leur régularité répond à celle des chapiteaux. Les voûtes elles-mêmes, quelle que soit la variété de leurs décorations, ne présentent jamais que des combinaisons qui se répètent avecordre et symétrie. Quoi déplus raisonnable et de mieux inotivé que les nervures croisées des xin' et xiv' siècles? Si, vers la fin du xv', l’amour des tours de force engendre des complications presque inintelligibles, ce n’est pas au système à ogives, alors expirant, qu'il est juste de les imputer.

Enfin , quant aux façades et aux extérieurs d’église, est-il vrai * qu’aucune espèce de goût ni de raison ne puisse s’en rendre compte ? » Ces contre-forts et ces arcs-boutants , qu’on veut nous donner pour d’informes échafaudages, produisent -ils donc un effet si confus et si désordonné, n’ajoutent-ils pas au monument une ampleur pyramidale qui contraste merveilleusement avec la légèreté purement verticale de la décoration intérieure? Le chevet de Notre-Dame de Paris aurait-il cet aspect grandiose, s’élèverait-il si noblement à l’extrémité de cette île; ne semblerait-il pas maigre, étroit et fragile sans les majestueux supports qui l’entourent de toutes parts? Ces prétendues aberrations ne sont donc que d’habiles et ingénieux calculs. Ce qui est vrai du chevet de Notre-Dame de Paris, l’est également du portail de Notre-Dame de Reims. Cette richesse somptueuse des façades, où l’on dit que la raison se perd, cesse d’être une énigme quand on sait en pénétrer le sens, quand, au lieu de s’arrêter à quelques défauts de symétrie matérielle, on

s’élève jusqu'à la signification symbolique de ces grandes compositions , quand on cherche l’harmonie générale cachée sous leur brillante variété.

Enfin, ce n’est pas assez d’être originale, méthodique et régulière , l’ornementation du style à ogive revêt à chacune de ses phases une physionomie tellement tranchée, qu’avec une étude , même légère, on peut, à la vue des monuments, reconnaître , presque à coup sûr, à laquelle de ces phases ils appartiennent, et constater ainsi approximativement leur âge. Les caractères distinctifs de ces diverses phases, bien qu’ils ne consistent que dans des nuances, sont cependant plus facilement appréciables que dans toutes les autres architectures, y compris, nous le disons sans hésiter, l’architecture classique elle-même. L’ornementation du xm' siècle se distingue de celle du XIV e ou du xv' au moyen d’indications plus précises que celles qui servent à classer chronologiquement la décoration des édifices antiques : aussi est-on moins exposé à prendre pour une œuvre de saint Louis un monument sculpté sous Charles V, qua confondre une construction du temps d’ Auguste avec un édifice de l’époque des Antonins.

Mais, nous ne saurions le dire trop haut, tout ce qu'on vient de lire ne s’applique à l’architecture à ogive que dans le nord de l’Europe, depuis la Loire jusqu’au Danube. Si vous sortez de ce terrain, les règles s'évanouissent, vous marchez d’exception en exception. C’est faute de s’être prémuni contre cette cause d’erreur, que l’illustre critique dont nous avons cité les paroles et beaucoup d’autres savants esprits ont méconnu les faits les plus incontestables et, qu’on nous permette de le dire, nié jusqu’à l’évidence. C’est le gothique du Midi, le gothique d’Italie surtout, qui leur a fait prendre le change, qui a troublé leur jugement. Sans doute ils ont raison, jamais en

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