PREMIERE PARTIE. — VII
quelle que soit la part plus ou moins grande accordée à l’une ou à l’autre de ces formes, mais pourvu que l’ogive, au lieu de n’être qu’un accident isolé, contribue à modifier dans une certaine mesure l'effet architectural du monument.
Hâtons-nous de dire que cette règle subit deux exceptions : d’une part, il est des édifices où vous ne trouvez pas un seul plein cintre, mais qui conservent, malgré leurs ogives, tous les caractères du style semi-circulaire, c’est-à-dire les mêmes moulures, les mêmes chapiteaux, les mêmes ornements; d’autre part, il existe des monuments où vainement vous chercheriez l’ogive, même dans les voûtes, mais dont les pleins cintres sont si élancés, si sveltes, bordés de moulures si fines, qu’ils semblent renier leur origine et aspirer à un style nouveau. Ces deux sortes de monuments appartiennent en réalité à l’époque de transition, ou du moins ils occupent une sorte de terrain neutre à ses deux frontières opposées. Ce qui complique un peu la question, c’est que, selon les lieux qui les ont vus naître, selon les circonstances au milieu desquelles ils ont été élevés, ces monuments exceptionnels ne se trouvent pas toujours placés chronologiquement au point qui semble leur appartenir, c’est-à-dire les uns au début, les autres au terme de l’époque de transition proprement dite. Mais ces anomalies, dont le nombre est d’ailleurs limité, et dont il ne serait pas très-difficile de se rendre compte en recherchant les causes spéciales qui les ont produites, ne peuvent infirmer en rien la règle générale que nous avons posée. L’emploi simultané de l’ogive et du plein cintre sous les conditions indiquées plus haut, voilà sans contredit le signe le plus apparent, le plus incontestable, le véritable signe caractéristique de l’époque de transition.
Poursuivons donc, et maintenant que nous avons défini en
quoi consistent les monuments de transition , tâchons d’abord de découvrir à quel moment ils commencent à apparaître; puis, quand nous aurons fixé les premières limites de 1 époque qui les a produits, cherchons si, pendant toute la durée de cette époque, ils peuvent être soumis à une classification rigoureuse, si, malgré leur infinie variété, ils sont régis par des lois assez constantes pour qu’il soit possible de déterminer leur âge relatif.
Nous devons l’avouer franchement, de ces deux questions, la seconde ne saurait, dans l’état actuel de la science, recevoir une solution nette et précise. On peut bien dire, d’une manière générale, que ceux de ces monuments où l’ogive apparaît à peine et ne joue qu’un faible rôle sont de tous les plus anciens; que ceux, au contraire, où la part de l'ogive et celle du plein cintre semblent être à peu près égales, doivent avoir été plus tardivement construits; et qu’enfin les plus récents sont ceux où le plein cintre cède presque partout la place à l’ogive et conserve à peine quelque vestige de son ancienne domination. Sans doute cette classification est indiquée par la nature même des choses, et de nombreux exemples semblent la confirmer; mais, quelque fondée qu’elle soit en raison , en fait elle n’est pas infaillible. Ce n’est pas là une de ces règles qui reposent sur des observations constantes et invariables. Lorsque l’architecture à ogive est parvenue à sa maturité, lorsque le xm* siècle, cette époque d’ordre et d’organisation, est venu lui donner des lois fixes et régulières, on peut, sans témérité, nous l'avons vu plus haut, poser les jalons d’une classification chronologique. C’est qu’en effet il s’opère alors, tous les vingt-cinq ou trente ans, soit dans les procédés de construction , soit même dans les principes architectoniques, une modification plus ou moins légère, mais toujours assez appréciable pour servir d’indication à l’ar-