PREMIÈRE PARTIE. — VII
chéologue. Cette modification , il est vrai , peut n’être pas adoptée partout en même temps, mais elle finit toujours par pénétrer dans tous les lieux où l’architecture à ogive est établie. Il suffit donc de savoir, et l’observation nous l’apprend bientôt , que certaines nations ou certaines provinces sont plus ou moins précoces, c’est-à-dire accueillent, en général, plus ou moins promptement ces sortes d’innovations, pour en conclure avec une certitude scientifique, que telle ou telle particularité dans le style d’un monument doit, selon le lieu où on l’observe, faire attribuer sa construction à telle ou telle période du xiii", du xiv' ou même du xv' siècle. Dans l’époque de transition, au contraire, rien n’est assis, rien n’est réglé; on essaye de tout en même temps et en tous lieux; on revient, après de longs intervalles, aux essais qu’on a d’abord tentés ; c’est un vaet-vient continuel , une hésitation générale en matière de goût. Le siècle est novateur et incertain, son esprit se reflète sur ses monuments. Il ne faut donc pas s'étonner que, dans cette bigarrure, nous cherchions vainement un de ces principes régulateurs qui servent de base à une classification scientifique. Comment généraliser ce qui est variable à l’infini, et à quoi bon poser des règles, quand il faudrait, au même instant, pour chaque pays et pour chaque sorte de monuments, faire courber ces règles devant d’inévitables exceptions? Découvrira-t-on jamais une loi commune à toutes les productions architecturales de cette époque, une loi qui rende compte de leur inexplicable diversité? Nous voulons bien ne pas en désespérer, tout en nous résignant, quant au présent, à ne déterminer que trèsapproximativement et avec une grande réserve l’âge relatif do ces monuments.
Mais si l’époque de transition, considérée dans ses phases successives, est encore pleine d’obscurité, est-elle également
impénétrable lorsqu’il s’agit seulement de fixer ses premières limites, de découvrir son véritable commencement? Nous ne le pensons pas. Assurément, personne ne saura jamais quel est le jour, quelle est l’année où, pour la première fois, un monument mi-parti d’ogives et de pleins cintres parut dans nos contrées. Ce n’est pas en ce sens que le problème peut être résolu ; mais nous croyons qu'il est permis d’affirmer, avec cette confiance qu’on accorde aux vérités historiques les mieux démontrées, que, dans celles de nos provinces où l’architecture s est le plus hâtée d’accueillir les premiers essais du système nouveau, il n’a rien été construit d’après ce système tant qu’a duré le xi' siècle, et que c’est seulement vers les premières années du règne de Louis le Gios qu’on peut, avec quelque assurance, admettre l’apparition d’un petit nombre de monuments de transition.
Nous n’ignorons pas combien de controverses ont été soulevées à ce sujet. Presque tous ceux qui, de près ou de loin, ont porté leurs regards sur l’archéologie du moyen âge, ont émis, à propos de cette question, les opinions les plus contradictoires, et presque toujours tranchantes et absolues. Les uns, plus érudits qu’archéologues, plus accoutumés à lire dans les livres que sur les monuments, ont soutenu, sur la foi de certains textes, les plus étranges paradoxes, et donné à quelques édifices qu’ils affectionnaient une vétusté tout à fait inconciliable avec le style de leur architecture; d’autres, ne voulant voir, dans ces découvertes paradoxales que de pieuses fraudes, ont nié sans pitié toutes ces prétendues exceptions, toutes ces précocités hors nature, et n’ont consenti à admettre l’existence des monuments de transition que dans la dernière moitié et presque à l’extrémité du xn c siècle. Au nombre de ces derniers, il faut compter presque tous les écrivains de l’Allemagne et