‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 48 sur 129 · PREMIÈRE PARTIE. — VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — VII

Ainsi, dans les archives capitulaires de Beauvais, on lit ces mots : « Anno 127a, prid. cal. novemb. in choro recens exstructo « miræ altiludinis et amplitudinis, canonici divina officia cele- « brarc cœperunt l . » Ce fut donc, comme on voit , en 1272 que, pour la première fois , les chanoines de Beauvais célébrèrent les offices dans leur chœur nouvellement construit: or, leur cathédrale avait été incendiée en 1 225 ; sa ruine avait été à peu près complète. Eh bien! pendant les quarante-sept ans que durèrent les travaux de rééducation , on ne trouve rien dans les archives capitulaires qui puisse faire supposer que l’église a cessé d’exister. On voit, comme par le passé, les évêques donner des revenus à telles ou telles chapelles de la cathédrale, fonder des messes singnlis diebus celebrandas ; on continue enfin à voir enterrer les évêques dans l’église. N’est-il donc pas évident que la non interruption du service divin dans la cathédrale de Coutances ne peut détruire les raisons qui nous ordonnent de croire que, depuis sa fondation en io 3 o, elle a dû nécessairement être reconstruite?

Quant à la prétendue impossibilité qu’une église édifiée au milieu du xi“ siècle ait été rebâtie de fond en comble pendant le xni e , c’est-à-dire deux siècles à peine après sa construction primitive, sans que sa ruine ait été causée par une guerre ou par un incendie dont on garde le souvenir, c’est encore là, qu’on nous permette de le dire, un oubli complet de ce qui se passait tous les jours au moyen âge; c’est s’étonner d'une chose toute simple et tout ordinaire. Sans parler des innombrables églises que nous voyons reconstruire à partir de l’an 1000, bien que souvent elles n’eussent pas un siècle d’existence, combien n’en trouverait-on pas, même à l’époque qui nous occupe, qui furent ainsi renouvelées sans qu’il y eût absolue né-

1 Gallia chrûtiana , tom. IX, col. 7&5.

cessité, mais seulement pour obéir, soit au vœu de riches testateurs, soit à la pieuse ardeur de paroissiens jaloux d'un temple construit à la moderne dans une ville du voisinage. Ne prenons pas un exemple obscur : la belle église de Senlis a été réédifiée vers l’an 1 1 55 , achevée en ii 84 , et inaugurée en 1191. A quelle époque avait-elle été fondée pour la première fois? Vers 1068 1 , par conséquent moins d’un siècle avant qu’elle fût construite à nouveau. Ni la guerre, ni l’incendie n’avaient causé sa ruine; mais elle avait été probablement mal bâtie, on la trouvait déjà vieille et peu solide : on la rebâtissait pour la rendre plus belle et plus spacieuse. Pourquoi, si à Senlis il en était ainsi, n’en aurait-il pas été de même à Coutances?

Nous ne suivons l’auteur, comme on voit, que sur le terrain où il se croit inattaquable. Si nous abordions la question sous un autre aspect, au point de vue de l’appréciation des styles, il serait facile de prouver combien il se méprend sur la valeur de ce qu’il appelle le système d’analogie, et à combien de jugements erronés, faute de notions pratiques, il est conduit à son insu.

Ce n’est ici le moment ni le lieu d’entrer dans ces détails;

1 Selon qu’on admet que le fondateur a été Odon I* ou Odon II» on (ail remonter la fondation h Tan 990 ou à l’an 1068.

La différence n’est pas grande, puisque, entre la fondation primitive et la reconstruction, il se serait écoulé, dans un cas, 87 ans, dans l'autre, i 65 ans. Voici les textes relatifs à la cathédrale de Senlis :

• Odo banc cccleaiam fundavit, vel sub « fmcm seculi x, circa 990, quo primus a Odo vivebat, vel circa iof»8, quo flore bat a Odo secundus. — Beædificata circa 1 1 55 ,

a perfecta 1 1 84 , inaugurata 1191.» ( Gailia christiana, tom. X, col. 1878.) a Ecolea sia S. M. Silvanectensis media corruens a vetustateinnovaturàfundamentis. a (Lettre de Louis VII aux archevêques , évêques , abbés, etc. à l’occasion de la reconstruction de la cathédrale de Senlis, and resataurnndum majus templum Silvaneccotense. •)«... /Edemque B. M. Silvanect.

aquæ spatio annorum triginta restitula afuerat. ■ [Gall. christ. t. X, col. 1&06.)

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