PREMIÈRE PARTIE. — II
De telles exceptions peuvent-elles être l'effet du hasard ? Evidemment non; elles ont une apparence trop régulière et trop systématique pour n ôtre que des accidents. Quelles sont donc les causes qui les expliquent ? C’est à l’histoire qu’il faut les demander.
Notre premier soin devait être de caractériser le monument: nous venons d’en indiquer les principaux traits distinctifs. II nous reste maintenant à déterminer, s’il est possible, l’époque de sa construction et les circonstances au milieu desquelles il dut être élevé.
Voyons d’abord si, parmi les documents écrits que nous pouvons consulter, il en est qui nous aideront à résoudre ce problème.
fil.
Un doyen du chapitre de Noyon, Jacques Levasseur, publia en 1 633 un volume in-4° de i4oo pages intitulé : Annales de l'église cathédrale de Noyon. C’est l’œuvre d’un bon religieux, plein d’amour pour son église, mais mieux instruit des devoirs du chanoine que de ceux de l'historien. Il discute très-sérieusement la question de savoir si le nom de Noyon ne vient pas de celui de Noé, lequel descendit en personne en notre Gaule. Cette crédulité, en fait d’étymologie, donne la mesure du discernement de l’auteur. C’est partout la môme bonhomie, le même defaut de critique. S’il a puisé aux sources originales, s’il a connu, comme tout porte à le croire 1 , des manuscrits qui
1 II n’y a pas lieu d’en douter, puisqu'on trouve presque à chaque page des Annales de Noyon la preuve que Levasseur avait à sa disposition les pièces originales les plus précieuses. Ainsi, par exemple, on lit, en marge d'une letlre de Charles le Chauve rapportée textuellement, ces mots : Libro privilcÿ. ecclesia Noviomensis , cotato R, fol. 30 , et lib. cot. S, fol. 23. Ailleurs, à propos d’une charte de donation faite aux frères de la milice du Temple, on trouve ces mots en note : • Elle (celte charte) est tirée de nos archives et du registre cotté E et du coffret de notre thrésor cotté 1111. • Enfin, dans un autre passage, on lit ces mots: « L’histoire qui reste depuis l’évêque Simon étant presque toute enregistrée dans les manuscrits de notre église, cottez par
autant de lettres que l’Iliade et l’Odyssée d'Homère, il ne faut qu’ouvrir les yeux pour y voir, et je ne ferais icy que transcrire Malheureusement, il ne
reste pas aujourd'hui le moindre vestige de ces registres si bien cotés, mais si mal consultés.
De ce que Levasseur a pu disposer de beaucoup de pièces originales, il ne faut pas conclure qu’il ait trouvé des documents également bien conservés sur toutes les époques. Nous verrons plus loin quels terribles et quels fréquents ravages le feu exerça sur ces archives de Noyon. Il est donc probable que les registres dont nous parle Levasseur avaient, en grande partie, été rétablis, soit de mémoire, soit d'après des traditions plus ou moins inexactes.