PREMIÈRE PARTIE. — III
n’existent plus aujourd’hui, ces trésors se sont tellement altérés dans ses mains, qu’il est presque impossible maintenant d’en dégager l’alliage, et c'est là pourtant la seule histoire que nous puissions consulter sur les origines de la ville et de l’église de Noyon.
Jean Cousin, dans ses Chroniques et Annales de l’évêché de Tournay, qui parurent en 1619 , raconte la vie des évêques de Noyon pendant l’époque où les deux diocèses de Noyon et de Tournay ne formèrent qu’un seul siège épiscopal , c’est-à-dire jusqu’en 1 1 46; mais il ne parle pas de la cathédrale de Noyon. 11 est vrai que le peu de mots qui lui échappent au sujet de celle de Tournay ne sont pas faits pour que son silence nous inspire beaucoup de regrets.
Dans le siècle précédent, un chanoine et pénitencier de l’église de Noyon publia de nombreux écrits sous le nom de Democharès; son véritable nom était Antoine de Mouchy. Confident et familier du cardinal de Guise , il l’accompagna au concile de Trente, en i56a. C’était un ardent catholique, un des commissaires du procès d’Anne Dubourg, s’attribuant le titre d’inquisiteur de la foi de France, et en exerçant les fonctions. Malgré son zèle violent, il avait du sens, de la pénétration; ses écrits servent à rectifier plusieurs dates et à établir certains faits historiques relatifs au diocèse de Noyon. Malheureusement, il ne s’est pas non plus occupé de notre église.
Il existe à la Bibliothèque du roi un assez grand nombre de cartons pleins de pièces manuscrites relatives à la ville et à l’évêché de Noyon Nous avons parcouru et examiné toutes ces pièces; elles contiennent d’abondants matériaux pour l’histoire locale, beaucoup de particularités et de détails plus ou
1 Ces cartons sont remplis en grande cousin ; ils sont conservés dans la salle des partie de pièces recueillies par M. de Beau* mappemondes.
I li NOTRE-DAME DE NOYON.
moins curieux sur le bailliage, l’échevinage, les élections, et les corps de métier; sur les congrégations religieuses, les paroisses et les hôpitaux; sur les droits, statuts et règlements du chapitre; sur les prérogatives et revenus de l’évêché, en un mot à peu près sur tout , excepté sur l’église Notre-Dame. Pas une quittance, pas un mémoire, pas une note concernant les travaux qui ont dû être exécutés dans ce grand édifice à tant d’époques différentes, si ce n’est toutefois quelques mots sur les restaurations de 1 743 et de 1707, qui défigurèrent le chœur \ et sur le badigeonnage de 1771 dont les tristes effets se font encore sentir. Est-il besoin de dire que ce n’est pas là ce que nous cherchons?
Nos investigations sur les lieux, à Noyon même, n’ont pas été plus heureuses. On n’y a pas conservé une seule tradition de quelque valeur au sujet de l’ancienne cathédrale, pas un papier important qui ait échappé, soit aux nombreux incendies qui ravagèrent successivement la ville, soit aux dévastations révolutionnaires, soit à l’insouciance des habitants 1 * 3 .
1 Elles avaient pour but de mettre les chanoines à l'abri du froid. Pour mieux se garantir, iis avaient fait élever outre mesure le mur contre lequel étaient adossées leurs stalles. Ce changement n'était (pas heureux : les habitants de Noyon se permirent d'en médire , et il courut par la ville force quolibets et chansons contre les chanoines ; en voici un couplet rapporté dans les cahiers manuscrits relatifs au chapitre :
Et pais notre usage estant ,
Faut-il donc qu’on vous le dise ,
De causer a chaque instant Et de rire dans l'église ,
N'cst-sJ pas de notre honneur Que 1« public , dans le choeur.
Ne puisse voir goutte.
Goutte, goutte, goutte.
* Ce badigeonnage n’était pas le premier, car, en écaillant les murs, on retrouve plusieurs couches de badigeon. Du temps de Levasseur, il y avait encore plusieurs parties de l’église couvertes d’anciennes peintures. II dit qu'on voyait ■ des pourtraits arrangez par dedans, au-dessous de la clef de la voûte du chœur, qui sont les représentations d'autant de personnages de l’Ancien Testament, jointe l'image de 1a très-saincte Marie, mère de Dieu, et l’histoire des trois roys. »
* Il existe bien à l'hôtel de ville un manus crit, le seul peut-être qui se soit conservé : c'est un document précieux, mais qui n’a aucun rapport avec l’objet de nos recherches. Il est intitulé : « Registre de tous les