FAÇADE OCCIDENTALE
Ces deux clochers, qui paraissent semblables au premier coup d’œil, se distinguent l’un de l’autre par beaucoup de différences de détail.
D’abord, leur hauteur n’est pas la même : celui de gauche est d’un mètre quarante centimètres environ plus élevé que celui de droite. Ils n’ont certainement pas été construits en même temps, du moins dans leurs parties supérieures : le plus anciennement bâti doit être le moins élevé, ainsi que l’indique sa décoration. En construisant plus tard le second, on aura voulu prendre un style plus élégant, et de là cette surélévation, car l’élégance dans un clocher s’obtient surtout par la hauteur.
On a beau dire que les architectes du moyen âge n’ont jamais égard à la symétrie, qu’ils l’évitent même avec intention, le fait est loin d’être exact : ils abandonnent la symétrie toutes les fois qu’une nécessité de construction ou de service leur commande de la sacrifier, mais ils se gardent bien d’y renoncer gratuitement. La symétrie des masses est la loi de toutes les architectures. Pourquoi donc les monuments du moyen âge offrent-ils si souvent, non-seulement dans les détails, mais dans les masses, des défauts de parallélisme et de symétrie, qui n’ont certainement pour motif aucune nécessité de service ou de construction ? La faute en est presque toujours à la différence des époques pendant lesquelles deux
parties correspondantes d’un même édifice auront été bâties. Ainsi, pour ce qui concerne cette façade et ces clochers, il est évident que, jusques et y compris le premier étage, tout a dû être conçu et exécuté en même temps. Il y a bien, au-dessus de la grande ogive du clocher septentrional, un encadrement de trèfles sculptés qui n’existe pas de l’autre côté; mais c’est là une addition contemporaine de toutes les autres sculptures dont on a postérieurement décoré ce clocher; du reste, la symétrie est parfaite : à droite comme à gauche, trois ouvertures à plein cintre allongé sont inscrites dans une ogive de même forme et de même proportion.
Au second étage, au contraire, tout est différent : la base du clocher méridional et l’espace qui sépare les deux clochers sont ornés de la même manière, c’est-à-dire par une série de sept colonnettes, dont la hauteur est égale à quatorze fois leur diamètre, et qui portent des arcs à plein cintre tellement petits, que leur rayon n’a pas tout à fait un diamètre de longueur. Le clocher septentrional, au contraire, nous offre, eri pendant de ces sept colonnettes isolées, cinq faisceaux de colonnettes accouplées trois par trois et surmontées de petits arcs à ogive. Enfin, à l’étage supérieur, le clocher de droite nous fait voir trois grandes lancettes dont la hauteur est égale à dix fois et demie la largeur, tandis que le clocher de gauche nous en montre quatre qui sont chacune quinze fois plus hautes que larges. A ces différences de nombre et de dimension, il faut ajouter la diversité du style ; d’un côté, l’ogive la plus pure procédant du triangle équilatéral, une grande fermeté de profil, des ornements très-sobres, et cette corniche mâle et sévère composée de feuilles à crochets, comme dans les monuments du xm e siècle et de la fin du xn e ; de l’autre, l’ogive surhaussée, telle qu’on la trouve au voisinage du xiv' siècle; puis, au-dessus et