‹ Monographie de l'église Notre-Dame de NoyonChapitre 78 sur 129 · DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE III · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE III

entre chaque paire d’ogives, une rose à jour formée de six lobes; enfin, des frontons en trèfles sculptés au-dessus des ogives, et une corniche coquette et légère composée également de trèfles sculptés. Remarquons, en outre, que sur le clocher du sud les ressauts des contre-forts sont unis, tandis qu’ils sont tout brodés de trèfles sur le clocher du nord, et nous aurons une idée de toutes les différences de détail qui distinguent ces deux masses en apparence semblables. Evidemment leur construction appartient à deux époques séparées par un intervalle de près d’un siècle. Sans les chapiteaux à crochets trèsprononcés qui supportent les ogives du clocher septentrional, on pourrait croire qu’il n’a été bâti qu’après l’incendie de 1293; mais il est un peu moins moderne : je suppose qu’il a pu être construit par l’évêque Guy Després, qui fit exécuter beaucoup de travaux dans l’église, de 127a à 1280. Quant au clocher méridional, il doit être l’œuvre de Baudoin II, au moins jusqu’au second étage. La partie supérieure peut bien n’avoir été bâtie que dans les dernières années du xn' siècle ou vers le commencement du xin'.

Entre les deux clochers, et presque à leur sommet, on aperçoit des pierres d’attente : ce sont les amorces d’une arcade qui ne paraît pas avoir été construite. Pour réaliser ce projet, il eût fallu que les tours fussent couronnées chacune par une grande flèche, soit de pierre, soit de bois. Ce n’est qu’en supposant l’existence de ces deux flèches qu’on peut admettre la jonction des deux clochers : dans l’état actuel, il en résulterait pour l’aspect général de la façade une extrême lourdeur.

Il est probable que, dans les plans primitifs, on se proposait de surmonter de flèches ces tours puissantes et massives. Les quatre bases des clochetons placés en encorbellement aux quatre angles, si elles étaient prolongées jusqu’à une certaine

hauteur et terminées en pointe, accompagneraient de la manière la plus heureuse une grande flèche centrale. Mais, quoique tout semble disposé pour réaliser un si beau projet, il ne paraît pas qu’on ait jamais tenté de mettre la main à l’œuvre. Une fois le xm' siècle passé, il était trop tard; le malheur des temps rendit trop précaire la fortune de l’évêque et de son chapitre pour que de tels travaux pussent être entrepris.

Telle qu’elle est, cette façade n'en a pas moins un grand caractère de noblesse et de sévérité; elle est mâle jusqu’à la rudesse, et robuste jusqu’à la lourdeur; les contre-forts surtout sont d’une force et d’une saillie disproportionnées avec le poids qu’ils soutiennent, mais néanmoins on éprouve, à la vue de cet ensemble, une impression très-vive et peu ordinaire 1 . Je suis frappé d’un grand air de ressemblance entre ces clochers et ceux de la cathédrale de Tournay. Ce n’est pas le même style , ce n’est pas le même plan , mais c’est le même aspect solennel , la même exagération de solidité et de fermeté : il existe entre eux ce qu’on peut appeler un air de famille. L’ancienne réunion des deux sièges, et les regrets encore si vifs que leur récente séparation excitait dans le chapitre de Noyon vers l’époque où l'église se construisait, nous permettent de croire que cette analogie ne doit pas avoir été purement accidentelle.

Nous n’avons rien dit jusqu’ici du porche avancé qui couvre le pied de la façade : nous le croyons un peu postérieur à la partie supérieure du clocher méridional; quant aux éperons, nous en avons déjà parlé (voir pages 71 et 7a), et nous en

1 Le clocher du sud est encore plu« pur occidentale. On peut vérifier la vérité de

de formes et de proportions sous son as- cette remarque en jetant les yeux sur la

pect méridional que du cité de la façade planche suivante.

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