‹ Monographie de l'église Notre-Dame de Noyon. Plans, coupes, élévations et détailsChapitre 111 sur 139 · DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XXIII · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XXIII

taie, serait-ce la séparation des églises grecque et romaine, qui, en lui imprimant un caractère pour ainsi dire schismatique, aurait nui à sa fortune en Occident? En serait-il des églises à transsepts semi-circulaires comme de ces églises à coupoles semées de loin en loin dans quelques-unes de nos provinces, véritables chefs-d'œuvre d'élégance, qui seraient probablement moins rares, si la fidélité aux traditions latines avait permis d'en multiplier les imitations?

Ce qui donne quelque valeur à cette conjecture, c'est que les églises à transsepts semi-circulaires, qui subsistent encore en Occident, sont presque toutes concentrées dans les lieux* où, pendant le moyen âge, l'influence orientale s'est le plus librement exercée. Ainsi nous en trouvons à Cologne, celle de toutes les villes marchandes de la Germanie qui, du ix" au xiii' siècle, entretint avec le Levant les plus fréquentes relations. Nous en voyons à Bonn, à Neuss, à Marbourg, cités du second ordre, où l'exemple de Cologne était tout-puissant. Enfin, il en existe une à Tournay, et Tournay, comme on sait, devait à l'Orient le secret de son industrie principale, la fabrication des tapisseries. ■

Ajoutons que ceux qui visitent aujourd'hui l'Asie Mineure et la Grèce nous diçent que, dans ces contrées, les églises à transsepts semi-circulaires sont beaucoup moins rares que dans les nôtres. Peut-être même ce type y serait-il dominant, si les édifices chrétiens n'étaient pas demeurés si longtemps en Orient exposés à la dévastation et à la ruine, et si les plus anciens, ceux qui reproduisaient avec le plus de pureté les traditions nationales, n'avaient pas dû périr les premiers.

Nous croyons donc qu'on ne court pas grand risque de se tromper en attribuant une origine orientale à l'idée de terminer en hémicycle les transsepts des églises; et, une fois cette

origine admise, il n'est pas extraordinaire que ce soit seulement par exception et dans un petit nombre de lieux, que cette idée ait été adoptée en Occident.

Mais si la question de l'origine historique et géographique des transsepts semi-circulaires est conjecturale, celle de leur origine théorique est bien autrement obscure. Nous ne l'aborderons pas. Nous ne chercherons pas quel est le sens- qu'il faut attribuer à cette forme architectonique, quelle est la pensée qui lui aura donné naissance. Evidemment il y a dans ces trois hémicycles, groupés en forme de trèfle, le même principe générateur que dans le triangle, c'est-à-dire le principe trinitaire. Le plan des églises à transsepts semi-circulaires exprime à la fois l'idée de la trinité et l'idée de la croix; et cette expression géométrique des deux grands symboles chrétiens est assurément plus complète, plus manifeste que celle qui résulte de toute autre forme analogue, et, par exemple, de la croix latine. Pourquoi cependant la chrétienté catholique a-t-elle adopté de préférence la croix latine pour le plan de ses églises? Encore une fois, nous n'avons pas le dessein de nous hasarder dans de tels problèmes. Ce sont de ces questions mystérieuses sur lesquelles on peut disserter à perte de vue, mais sans la moindre chance d'arriver à des résultats clairs et précis.

Toutefois, si nous n'osons rien affirmer sur l'origine, soit historique, soit théorique, des églises à transsepts semi-circulaires en général, nous serons plus hardi en ce qui concerne notre cathédrale de Noyon. Nous l'avons déjà dit, et nous le répétons avec assurance, si les transsepts de l'église épiscopale de Tournay n'avaient pas été terminés en hémicycles, ceux de la cathédrale de Noyon affecteraient probablement une autre forme. Nous savons bien qu'il existe de très-grandes dif-

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