DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XXIII
toutes sans pouvoir trouver un seul exemple de transsepts arrondis, car nous n'admettons pas qu'on puisse donner le nom de transsepts à ces deux imperceptibles absides qui font à peine saillie sur les deux flancs du chœur de l'église Saint-Pierreaux-Liens. Voyez le plan de cette basilique (plan n° 3) , et vous reconnaîtrez combien sont insignifiantes ces deux petites protubérances : elles ressemblent plutôt à des niches de statues qu'à de véritables transsepts. Evidemment, si le type des églises à transsepts arrondis a jamais essayé de pénétrer à Rome, il s'y est montré si timide, qu'il ne pouvait manquer d'y périr aussitôt.
Au contraire, si vous jetez les yeux sur le plan de Sainte- Marie de la Conception, à Bethléem, vous y trouverez sur-lechamp les caractères essentiels d'une église à transsepts semicirculaires, c'est-à-dire trois hémicycles d'une importance à peu près égale, groupés triangulairement, ou, pour mieux dire, en forme de trèfle. Ne croyez pas toutefois que cette église, qui remonte tout au plus au xi" ou xif siècle, soit un modèle du genre : loin de là, les angles saillants et rentrants, au milieu desquels les trois hémicycles se trouvent en quelque sorte noyés, dénaturent et abâtardissent l'aspect extérieur du monument. Ce mélange de lignes courbes et de lignes rectangulaires est certainement une altération des conditions primitives et essentielles de ces sortes d'églises. Nous n'hésitons pas à croire que les trois hémicycles, se liant les uns aux autres comme un trèfle parfait et sans interposition de parties à angle droit, constituent le véritable type, le type primitif, le type oriental d'une église à transsepts semi-circulaires. Nous verrons tout à fheure, à Cologne et sur les bords du Rhin , des reproductions de ce type plus parfaites, selon nous, que cette église de Bethléem. Aussi regrettons-nous de n'avoir pu faire entrer dans notre tableau
comparatif, faute de dessins assez exacts, aucune autre église d'Orient. Nous savons, par exemple, que la principale église du couvent de Saint-Lazare, le plus ancien et le plus considérable des couvents du mont Âthos, n'est pas construite d'après le même plan que celle de Bethléem, et que l'hémicycle qui forme le chœur n'est séparé des deux hémicycles latéraux par aucune construction rectangulaire. Il n'en est pas de même, à la vérité, de l'église Saint-Jacques-et-Saint-Jean, à Jérusalem : ici nous retrouvons, comme à Bethléem, entre les transsepts semi-circulaires et l'abside, des lignes droites interrompant les lignes courbes; seulement, au lieu des deux angles saillants que nous voyons à Bethléem , nous n'en trouvons qu'un seul dans l'église Saint-Jacques-et-Saint-Jean. Reste même à savoir quelle est l'importance de cet angle, car, s'il n'a pas plus de saillie que celui que nous allons remarquer tout à l'heure dans le plan de Sainte-Marie-du-Capitole , à Cologne, ce n'est vraiment pas la peine d'en tenir compte. Pourvu que la jonction des trois hémicycles ne soit pas interrompue d'une manière sensible, pourvu que l'œil puisse suivre les courbes de ces hémicycles juxtaposés, sans être heurté par des angles presque aussi prédominants que ces courbes ellesmêmes, il n'y a vraiment pas altération du type primitif et original des églises à transsepts arrondis.
Les renseignements que nous possédons sur Saint-Jacqueset-Saint-Jean de Jérusalem ne sont pi assez détaillés, ni assez rigoureusement exacts, pour que nous puissions affirmer que cette église se rapproche, par son plan, plutôt de Sainte- Marie-du-Capitole que de la Conception de Bethléem. Mais si nous possédions les plans régulièrement levés de toutes les églises à transsepts arrondis qui subsistent encore en Grèce et en Asie Mineure, et surtout de toutes celles qui y ont existé,