DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XXIII
sionomie singulièrement imposante; mais cet effet de perspective était obtenu aux dépens de la pureté et de l'harmonie du plan. Les trois hémicycles se trouvaient placés à si grande distance et séparés par des angles saillants et rentrants tellement prononcés, qu'on pouvait à peine saisir à l'extérieur la relation symétrique qui les unissait; et d'un autre côté, à l'intérieur, le chœur et les deux transsepts étant beaucoup plus profonds que larges, l'église avait l'aspect, non d'un trèfle, mais d'une croix allongée, forme qui n'est pas sans élégance, mais qui ne constitue pas, comme nous l'avons vu plus haut, le type, le véritable type d'une église à transsepts semi-circulaires. Il y avait donc entre l'église de Tournay et une église à trois hémicycles vraiment pure, telle que l'église des Saints-Apôtres, par exemple, la même différence qu'entre le petit oratoire de Querqueville et celui de Saint- Wandrille , ou, pour prendre des termes de comparaison plus élevés, qu'entre l'église de la Conception de Bethléem et Sainte-Marie du Capitole.
Il n'en était pas de même de la cathédrale de Soissons. A juger de son ancien état par le seul fragment qui en reste , c'està-dire par le transsept méridional, on voit que les trois hémicycles devaient avoir une largeur égale à leur profondeur, que leur jonction n'était interrompue par aucune ligne rectangulaire , et que l'église présentait la forme d'un trèfle composé de trois demi-cercles égaux. Reste à savoir à quelle époque la cathédrale de Soissons a dû exister telle que nous la décrivons. Cet hémicycle latéral qui subsiste a été construit vers la première moitié du xii" siècle: il est conçu dans le style à ogive, mais avec des signes évidents de l'époque de transition. Le reste de l'église appartient au xiii* siècle ^ Or comment expli-
' 0 Hoc ulttmo (anno 1212) perfecta est ecclesia calhedralis. • ( Gallia christiana ,1. IX, col. 366. )
quer qu'à cinquante ans de distance on ait bâti un transsept rectangulaire en face d'un transsept arrondi ? Celui-ci n'est pas assez ancien pour avoir fait partie d'une église démolie aux trois quarts et remplacée par l'église actuelle. La seule explication qui se présente, c'est qu'il aura existé une ancienne église, une église à trois hémicycles égaux ; que cette église aura été complètement démolie vers le commencement du xii* siècle; que, pour la reconstruire, on se sera d'abord attaché à reproduire exactement l'ancien plan , et que le transsept arrondi que nous voyons aura été édifié sur les fondations mêmes du transsept précédent. Mais, pendant que les travaux s'exécutaient, l'idée de changer le plan et de construire d'après un nouveau mode aura prévalu ; le transsept arrondi , déjà construit , aura été conservé provisoirement et sera ainsi parvenu jusqu'à nous. Quelle que soit la valeur de cette explication, il est un point incontestable, c'est qu'il a existé à Soissons, soit au xii" siècle, soit antérieurement, une église à transsepts semi-circulaires du type le plus pur, et que si la cathédrale actuelle ne nous montre qu'un vestige incomplet de l'ancien état des choses, la faute en est aux reconstructions qui l'ont partiellement altéré. Nous trouvons encore sur cette planche une petite église extrêmement intéressante , qui doit être rangée dans la catégorie des églises dont le plan a été modifié par des constructions d'une époque plus récente que le monument lui-même. Cette église est celle de Germiny-les-Prés. Nous ne voulons parler ni de la haute antiquité de ce petit édifice, ni de la mosaïque à fond d'or qui tapisse la voûte de son abside centrale, genre de décoration dont il ne subsiste peut-être pas un autre exemple en France ; nous remarquons seulement que si l'hémicycle méridional n'est pas de même forme que celui du côté opposé, c'est qu'il a dû être construit après coup. C'est donc