DEUXIÈME PARTIE. — PLANCHE XXIII
encore là un de ces plans dont l'irrégularité n'est qu'apparente et ne provient que d'un accident.
Rien de semblable dans notre cathédrale de Noyon : le chœur et les transsepts ont été construits à peu près en même temps. Si donc il n'y a pas la moindre analogie, du moins à l'extérieur, entre ce chœur et ces transsepts , le hasard n'y est pour rien. Le défaut de symétrie est intentionnel, et c'est par un oubli volontaire que l'identité des trois hémicycles a été mise de côté. Ceux qui ont construit cette église ont obéi à deux principes contradictoires : ils ont voulu arrondir les transsepts par respect pour les traditions et les souvenirs du chapitre, et en même temps ils ont voulu faire un chœur à la nouvelle mode, c'est-à-dire entouré de chapelles rayonnantes et d'une nef collatérale. Ainsi, la cathédrale de Noyon doit être placée dans une classe à part : si nous la considérons extérieurement, les transsepts ont beau être arrondis, elle n'est pas pour cela une église à transsepts semi-circulaires, car la condition première n'existe pas; il n'y a pas identité de forme et de dimension entre les transsepts et l'abside. Intérieurement, au contraire, cette identité est manifeste : mesurez de l'œil le chœur et les deux transsepts, c'est la même largeur, la même profondeur'. La seule diflFérence qu'on y remarque consiste dans la nature des supports : les transsepts reposent sur des supports engagés dans les parois des murailles; le chœur, au contraire, sur des supports dégagés, soutenant des arcades à jour. Mais si vous mettez de côté ce détail, vous trouvez dans les trois vaisseaux la même coupe, les mêmes proportions, le
' La largeur est la même, à quelques d'environ un mètre quarante centimètres,
centimètres près: quant à la profondeur, mais . . ..e différence n'est pas sensible à
elle n'est pas absolument semblable, car l'œil. le chœur est plus long que les transsepts
même aspect d'ensemble. Ils ne présentent pas la forme d'un trèfle, mais, comme à Tournay, celle de la croix allongée. Celte similitude ajoute encore un degré de plus de vraisemblance à la conjecture que nous avons indiquée plus haut. Ce n'est pas seulement l'intérieur d'une église à transsepts semi-circulaires qu'on a voulu reproduire, c'est celui de la cathédrale de Tournay qu'on s'est proposé pour modèle.
Ainsi à Tournay, à Soissons, à Germiny, l'altération du type primitif, c'est-à-dire le défaut de symétrie entre les trois hémicycles, n'est qu'apparente : elle n'a pas toujours existé, et ne résulte que de constructions additionnelles; tandis qu'à Noyon elle existe, mais seulement à l'extérieur. Intérieurement, les trois hémicycles sont conçus d'après le même plan et forment tiois parties égales d'un ensemble régulier.
Maintenant nous n'avons plus à examiner que deux catégories de monuments : chez les uns nous trouverons des transsepts semi-circulaires très-apparents et même d'une forme très-pure, mais disposés d'après des lois dont il est difficile de se rendre compte, et constituant ainsi, parmi les églises de ce genre, des variétés plus ou moins capricieuses; chez les autres, les hémicycles latéraux sont si peu saillants, si peu prononcés, qu'on ne doit les considérer que comme de simples accessoires, et non comme constituant par eux-mêmes de véritables transsepts. Dans ce nombre, nous avons déjà placé la basilique de Saint-Pierre-aux-Liens; nous pensons qu'on peut y ajouter la cathédrale de Pise et Saint-Cyriaque d'Ancône. Evidemment, ces petits culs-de-four, placés à l'extrémité de ces grands transsepts rectangulaires, sont conçus dans un tout autre esprit et jouent un tout autre rôle que les transsepts complètement semi-circulaires que nous avons vus jusqu'ici. Si le souvenir du type primitif, du véritable type des églises à