IONOGRAPHIE
demeurant deux jours et deux nuicts sans reposer ny prendre aucun aliment. Le roy eut de cette chaste princesse trois enfants masles, qui moururent tous en enfance ; on voit son épitaphe aux pieds de son tombeau, en un tableau de cuivre doré ataché à Tun des quatre pilliers de la croisée de Téglise. » /Dom G. Millet.) « Les chambellans du roy Charle le feirent ensevelir fort richement, dit Philippe de Commynesi et sur l'heure luy commencea le service, qui jamais ne failloit ne jour ne nuict... Il demeura huict jours à Amboise, tant en une grant chambre bien tendue que en l'église : et toutes aultres choses furent faictes plus richement qu'elles ne furent jamais de roy ; et ne bougèrent d'emprès du corps tous ses chambellans, et ses prouchains et tous ses ofBciers. Et dura ce service et ceste compaignie jusques à ce qu'il fut mis en terre, qui bien dura l'espace d'ung mois, et cousta quarante-cinq mil francs, comme me dirent les gens des finances. » La description et la gravure données par Pierre Bonfons du tombeau de Charles VIII, s'accordent complètement avec le texte de dom Millet. Félibien nous fournira encore quelques détails précieux. Suivant ce dernier auteur, le massif du monument était en marbre noir, enrichi d'ornements et de figures de bronze doré. Il avait près de huit pieds et demi de long sur quatre pieds et demi de large. Le chifi're du prince était figuré par des doubles KR audessus du soubassement ; ces mêmes lettres se trouvaient répétées symétriquement sur les quatre faces. Douze niches ci^ culaires contenaient un pareil nombre de figures de femmes, représentant les Vertus. Dans les intervalles des niches et aux extrémités des faces, il y avait des épées enveloppées de branches de laurier. Le roi priait à genoux sur la plate-forme, aux angles de laquelle quatre petits anges également agenouillés portaient chacun un érusson aux armes écart elées de France et.de Jérusalem. Ces anges, chastement vêtus et posés dans une
attitude recueillie, n'avaient point encore la tournure mondaine et dégagée de ceux que la renaissance sculpta un peu plus tard d*après les génies des sarcophagos antiques. L'alliance du blason de Jérusalem avec celui de France rappelait que le roi Charles s'était paré du titre de roi de Jérusalem après la conquête du royaume de Naples, dont les souverains se faisaient gloire de le porter. La table de cuivre, attachée au |»ilier le plus voisin du tombeau, présentait deux inscriptions en distiques latins gravées en lettres d'or. Le tombeau portait la signature de l'artiste qui en avait donné le dessin et qui en avait modelé les figures : opvs pa^anini mvtinensis. Ce Paganini de Modène fut sans doute un de ces ouvriers excellens en plusieurs ouvraigesy comme tailleurs (sculpteurs) et painctres^ que le roi Charles amena de Naples, ainsi que le rapporte Philippe de Commynes. Une pièce très-intéressante, éditée par mademoiselle Dupont dans le travail qu'elle a été chargée de faire sur l'historien de Louis Xi et de Charles VIII |»ar la Société de l'histoire de France, nous apprend qu'une somme de 4594 livres tournois fut payée des finances du roi à Nicolas Fagot, son tantier et tapissier ordinaire pour l'amenaige voiture et conduite, depuis Napples,.. jusqu'au chastel d*Jmboise... de plusieurs tapisseries, librairie, paincture, pierre de marbre et de porfire et autres meubles (du poids d'environ 67,000 livres), et sembla blemfnt pour la nourriture de XXIl hommes de mestier, de W Al II jours, à la raison de XL sous par jour, lesquelz icellutj seigneur a fait venir du dit Napples pour ouvrer de leur meslier à son devis et plaisir.
Marquis de Saint' M aigr in. - Nous avons dit ce qu'était li^ monument du marquis de Saint-Maigrin, un simple trophée d«* plomb érigé dans une des baies du bas-côté méridional. Nu'iïi itérons d'iiilleurs si Louis XIV avait fait graver quelque
inscriplion sur le socle qui servait de support à cette sculpture.
Autres monuments en métal^ détruits. — Aux tombes et sti\tues en métal détruites, il faudrait ajouter plusieurs inscriptions cominémoratives gravées sur des lames de cuivre, entre autres celles de Charles IX, un grand lit de parade en bronze, tout semé de fleurs de lis, sur lequel les statues de Henri II et de Catherine de Médicis reposaient vêtues de leur costume de cour le plus somptueux, peut-être enfin une large tombe historiée, en cuivre, qui avait recouvert la sépulture de Louis d'Évreux, comte d'Étampes et de Gien, pair de France, prince du sang, et de Jeanne d'Eu, sa femme, duchesse d'Athènes, fille de Raoul, comte d'Eu, connétable de France, morts, l'un en 1400, l'autre en 1389. Ce dernier monument existait ce^ tainement du temps de dom Millet, qui l'a décrit; mais dom Félibien semble indiquer, quoiqu'il ne l'exprime pas d'une manière positive, que la tombe de Louis d'Évreux ne se trouvait plus dans l'église au commencement du siècle dernier. Dom Millet nous apprend que les corps des deux personnages étaient inhumés dans la chapelle de Notre-Dame-la- Blanche, en un caveau compris en partie sous les degrés par lesquels on montait à la chapelle de Valois, et que la tombe avait été transférée au pied des marches du grand autel , joignant le tombeau de Charles f^lll.
Monuments de pierre et de marbre, brisés. — Aucun des monuments de Saint- Denis ne sortit sans blessures des mains brutales de leurs agresseurs. Ces gens-là ne s'inquiétaient guère vraiment de déposer avec soin des statues, ni d'ouvrir avec ménagement des tombeaux qu'en définitive ils avaient reçu mission de profaner. Il pouvait bien leur paraître futile de conserver précieusement l'effigie d'un tyran de détestable mémoire, dont les derniers restes, arrachés du sépulcre,
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étaient frappés d*un arrêt solennel de proscription. Nous ne parlerons pas encore des mutilations commises sur les monuments qui ont cependant survécu ; nous devons seulement enregistrer ici les monuments de pierre et de marbre qui furent complètement détruits en 4793, ou qui du moins ne se sont retrouvés depuis ni à Saint-Denis^ ni au musée dos Petits-Auguslins. En voici la nomenclature : Tombe en pierre de Hugues le Grand, comte de Paris; statues couchées en pierre, de Henri l" et de Louis VI ; statues pédestres en pierre, de Marie et de Blanche de France, filles de Charles IV, de Blanche de Navarre, seconde femme de Philippe de Valois, et de Jeanne de France, sa fille ; les statues couchées, en marbre blanc, do Marie de France, de Jeanne de Bourgogne, première femme de Philippe VI, et de Jeanne de Bourbon, femme de Charles V; la statue agenouillée, en marbre, du cardinal Louis de Bourbon; les tombes en pierre ou en ardoise, des abbés Guillaume de Farrechal, Philippe de Gamaches, Pierre de Gouffier, presque toutes celles des grands prieurs, celle de Sedille de Sainte-Croix, femme de Jean Pastourel, et la dalle tumulaire du duc de Cbétillon.
Hugues le Grand, — Hugues le Grand était représenté sous un arceau trilobé que soutenaient des piliers enrichis de statuettes. Il portait le costume des chevaliers de la fin du xiii" siècle, époque du rétablissement de cette tombe, et tenait à deux mains un écusson ou un bouclier. L'efligio se détachait sur un fond tout historié de losanges et de fleurons. On lisait sur les bords de la pierre • : Icy gist hces le grans jadis conte de paris leqvelfc père hvea chape t roy de France priez dieo pour lame de ly.
Henri /•'. Louis f^ I, — Les statues de Henri I-' et de
1. Nocs avons essayé de resUiuer l'orlhograplie de cette épUaplie au moyen du rapprorbemeot des textes donnés par divers auteurs.
Louis VI, sculptées en 4263, devaient être à peu près semblables aux autres figures de la même époque , représentant les prédécesseurs de saint Louis, qui sont aujourd'hui placées dans la crypte de l'église. La gravure de dom Félibien ne leur donne aucun attribut distinctif. Les noms de ces princes étaient ainsi gravés sur le tombeau : « henricvs rexfilivs roberiLu — a Ivdovicvs grosses rex,r>\]n même socle portait les deux figures.
Statues de princesses, — Marie de France. — C'était dans les chapelles de Notre-Dame-ia-Blanche et de Saint-Hippolvte que se trouvaient, posées debout sur des colonnes, les statues en pierre des deux filles du roi Charles IV, de la seconde femme de Philippe de Valois, et celle de Jeanne de France. Il n'est rien resté de ces figures qui, de la place élevée qu'elles occupaient, auront sans doute été précipitées sur le pavé et réduites en morceaux. Les descriptions les plus nnciennes de l'église font mention de plusieurs autres statues et de portraits peints sur pierre ou sur bois, qui existaient dans les mêmes chapelles ; Félibien garde le silence à l'égard de ces monuments, et dom Poirier, dans son procès-verbal de destruction, ne cite, comme nous l'avons vu , que les quatre effigies dont nous venons de rappeler le renversement.
Marie de France, inhumée auprès de sa sœur, dans la chapelle de Notre-Dame-la-Blanche, était encore représentée par une figure couchée , en marbre blanc. Sa sépulture ne paraît avoir reçu d'ailleurs aucune ornementation particulière *. La mère des deux princesses, la reine Jeanne d'Évreux, avait fiait décorer de statues et de peintures la chapelle de Notre-Damela-Blanche, où des inscriptions précieuses pour l'histoire célébraient sa pieuse munificence.
1 . F. la gravure de cette cfllgie, Monuments de la Monarchie française, B. de
MONTFAUCON , t. II , p. 287.
Jeanne de Bourgogne, — L'effigie en marbre de la reine Jeanne de Bourgogne reposait à côté de celle du roi Philippe de Valois; un dais d'un travail élégant lui abritait la tête Doublet et Montfaucon nous ont conservé, le premier l'épitaphe, le second la figure gravée de cette reine. Jeanne de Bourgogne aimait les lettres ; ce fut par son ordre que Jean de Vignay, frère de Tordre de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, traduisit en français le Miroir historial de Vincent de Beauvais et la Légende d'or de Jacques de Voraggio *.
Jeanne de Bourbon. — Jeanne de Bourbon partageait avec Charles V un riche monument, dont nous parlerons d'une manière détaillée, quand la suite de notre travail nous aura conduit devant la statue de ce prince, qui se trouve aujourd'hui dans la crypte.
Le cardinal LouU de Bourbon. — La statue en marbre du cardinal Louis de Bourbon était agenouillée sur une table de marbre noir, en manière de plate-forme, que supportait une haute colonne. Elle était revêtue du majestueux costume des princes de l'Église. Je ne connais aucune gravure de ce monument qui puisse en donner une idée satisfaisante.
Tombes d'abbés, de grands prieurs etd^autres personnages, — Dans les magasins qui dépendent de l'église, il reste encore un certain nombre de fragments plus ou moins considérables des tombes gravées en creux, autrefois comprises dans le pavé de l'église et du cloître. Une seule, celle de l'abbé Antoine de la Haye, nous est arrivée dans son entier, et >e II cuve placée dans une des chapelles de l'église haute. Deux Umïhcs de grands prieurs, celles de Jacques Longuejoe, mort en U.., et de Michel de Troyes, mort en 1517, transportées au musée des Petits-Auguslins, ne sont point rentrées à Sainl-
I. pAi lis-Paris, Description des Manuscrits françmis de la bibliothèque du roi.
Denis. On peut les voir dans la seconde cour du palaîâ de l'École des Beaux-Arts, à Paris, en compagnie de nombreux débris de sculptures exposés aujourd'hui en plein air, aux chances de dégradation les plus fâcheuses. Les deux prieurs sont représentés en habits sacerdotaux, sous des arcs en ogive d'une ornementation très-compliquée; des épitaphes iatineé tracées en lettres gothiques se lisent sur les bords des dalles*. La place de ces monuments est à Saint-Denis ; nous espérons qu'ils pourront prochainement la reprendre. La tombe de Sedille de Sainte-Croix était décorée dans le même système, d'un encadrement d'architecture, d'une effigie et d'une inscription. Il ne paraît pas que celle du duc de Châtillon ait été autre chose qu'une simple pierre sans ornements d'aucune espèce ; on n'y lisait même pas d'épitaphe.
La Liberté portée par des rois, — Nous ne saurions dire quels titres pouvaient avoir à un arrêt de proscription exceptionnel les personnages figurés sur les monuments de pierre ou de marbre que le marteau a brisés. Peut-être fut-il nécessaire de prendre au hasard quelques victimes pour les jeter en pâture au fanatisme des citoyens régénérés de Franciade. Plusieurs personnes se souviennent encore d'avoir vu, sur la place d'armes, devant la façade principale de l'église, la statue de la Liberté debout sur une montagne allégorique toute composée de débris arrachés aux ci-devant tombeaux des ex-tyrans.
1 . Un fabricant de Saint-Denis possède un morcean considérable de la t gravée du grand prieur Nicolas le Bossu, mort en 1520. L'arcUilectare figurée sur celte dalle est d'un style archaïque par rapport au seizième siècle , comme nous aurons occasion de le remarquer aussi en décrivant la tombe de l'abbé Antoine de la Haye, mort en 1504. Nicolas le Bossu est représenté mains jointes et en costume sacerdotal. Des statuettes garnissen: l'encadrement. Abraham reçoit l'âme du défunt, et l'épitaphe se tennine par cette fonnule assez rare : Cujuê spiritum sinus ahrahe suscipiat anien. Ce monument a été retrouvé et reconna pu M. l'abbé Delon de l'église royale.
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comme on disait alors. C'est à la construclion de ce singulier piédestal qu'auront été employées les figures dont nous avons constaté la perte. Il y avait dans les œuvres de ce temps une énergique et brutale grandeur ; les intérêts de Tarchéologie , trop souvent lésés par les passions politiques, ne nous empêcheront pas de le reconnaître.