‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 15 sur 102 · CHAPITRE VIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIT

Transport des monuments A Paris. Leur rCIntCffratlOB ft Saint- Denis.

Au milieu du tumulte des profanations, quelques hommes eurent encore la tête assez froide et Tespril assez calme pour se rappeler que la conservation des monuments de SainUDenis intéressait au plus haut point Thistoire de notre art national. Ils réclamèrent avec la plus courageuse persévérance le transport à Paris de toutes les sculptures qui, par leur antiquité ou par la perfection du travail , pouvaient mériter d'être proposées aux artistes comme de sérieux objets d'études. Au premier rang se montrait M. Alexandre Lenoir ; ce fut lui qui sut préparer un asile aux monuments proscrits, et qui leur ouvrit les portes de ce musée célèbre des Petits- Augustins , dont la création n'a pas été sans influence pour la réhabilitation de Fart du moyen âge.

Le transport des tombeaux et des statues ne s'effectua qu'avec de grandes leiiteurs et d'extrêmes difficultés. Ce n'était pas un problème commode à résoudre que celui de faire arriver à Paris, sans frais, des monuments d'un poids énorme, celui de François l'^' , par exemple , et environ quatre-vingts statues. M. Lenoir se vit obligé d'épier le passage par Saint-Denis des convois militaires qui rentraient dans la capitale avec leurs chariots vides. La Convention n'avait réellement pas de fonds disponibles en faveur des arts , elle qui tenait à la fois quatorze armées sur pied pour la défense du sol français. Il ar-

riva plus d'une fois, qu'afin d'obtenir un monument précieux et d'en solder les frais de route, on fut réduit à céder en échange d'autres monuments de moindre- importance sous le rapport de l'art et de l'histoire. S'il existait plusieurs effigies du même personnage , il fallait immédiatement faire choix de la meilleure et ne plus se préoccuper, des autres; on n'avait pas le loisir de posséder des doubles. A cette époque , le peuple ne voyait partout que des emblèmes d'aristocratie, de despotisme ou de fanatisme à briser; les artistes, de leur côté, méprisaient les œuvres du moyen âge et ne se souciaient guère qu'elles fussent conservées ou détniites. Le fondateur du musée des monunnents français a fait preuve d'un courage et d*un sentiment de l'art plus qu'ordinaires assurément, quand* il est venu proclamer que les monuments n'étaient pas responsables des erreurs ou des crimes de ceux qui les avaient élevés, et que leur ronser>'ation se liait intimement à l'histoire de la civilisation dos temps modernes. Nous ne lui reprocherons donc pas avec trop de dureté les supercheries auxquelles il dut quelquefois avoir recours, bien que plus tard elles aient produit des résultats funestes ; on conçoit que, pour sauver un monument menacé d'une ruine imminente , il ait cru |>ouvoir lui attribuer une origine, une illustration, un mérite qui ne lui appartenaient pas toujours. Nous savons d'ailleurs de source certaine que M. I^noir se résen^ait de remanier plus lard le classement do son musée , et de soumettre à un contrôle sévère l'attribution de tous les monuments qu'il avait glorieusement sauvés.

Les tombeaux de Saint-Denis eurent bien des dangers à courir et bien des mutilations à éprouver, avant leur installation définitive dans les salles de l'ancien couvent des Petîts-Augustins. Les trois grands mausolées de Louis XII, de François I*»" et de Henri II, demeurèrent à peu près intacts, du moins quant à leurs parties les plus importantes. Mais les autres monuments

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perdirent tous leurs accessoires; on ne sauva presque rien des socles historiés qui portaient les statues , ni des inscriplions gravées au pourtour des tombes.

Quand ces monuments arrivèrent au nouveau musée, ils s'y rencontrèrent avec une foule d'autres proscrits; c'étaient lesstatues et les tombeaux des rois, des princes, des grands personnages de la monarchie, échappés comme par miracle au sac des églises de Paris. Une confusion qu'il était difficile d'éviter, sMntroduisit dans la classification; quelques erreurs furent commises; on créa, comme nous l'avons dit, à plusieurs statues d'un ordre secondaire une généalogie contraire à la réalité. Mais ce que nous ne saurions trop déplorer, c'est que pour faire entrer les tombeaux et les sculptures dans les places étroites qui leur étaient assignées , on en modifia gravement la disposition. Des monuments du plus grand prix, celui de Valentine de Milan par exemple, et la chapelle sépulcrale d'une jeune princesse de la maison de Longueville , furent ainsi dénaturés et à moitié détruits, après avoir été arrachés une première fois aux coups du marteau des briseurs d'images. Des figures qui avaient été faites pour dormir couchées sur des tables de marbre, se virent obligées de sortir de leur long sommeil pour se ranger en haie, le long des galeries, dans des guérites ogivales (•onstruites avec des arceaux de cloîtres ou de chapelles.

Pour mettre en œuvre la plus grande quantité possible de fragments précieux, on composa des cénolaphes avec des panneaux de boiserie, avec des plaques émaillées , avec des retables ou des devants d'autels. Là, comme partout, les plus puissants s'enrichirent aux dépens dos autres Ainsi Charles V prit à sa cousine Marguerite , comtesse de Flandres, ce qu'il n'aurait certes jamais fait de son vivant, les quatre minces colonnes, les chapiteaux charmants et le singulier dais historié qui] depuis le xiv*" siècle, avaient décoré, à Saint-Denis, la sépulture de

celle princesse. La vue d'un sceptre, d'une couronne , d'une fleur de lis irritait la susceptibilité républicaine ; les insignes et les attributs des figures furent donc souvent supprimés ou changés. Charles VI avait perdu dans la tourmente son sceptre et sa main de justice ; on lui donna en compensation un jeu de cartes en plâtre. Ceci nous rappelle qu'à Moulins, des artistes ne parvinrent à sauver le magnifique mausoléedu maréchal de Montmorency , qu'en affirmant qu'il renfermait le corps d'un vrai patriote guillotiné du temps de la tyrannie, pour avoir conspiré en faveur de la liberté.

Quoiqu'il en soit, l'ouverture du musée des Petits-Augustins eut lieu en 4794. Une chapelle latérale de l'ancienne église du couvent fut concédée tout entière au tombeau de François r*^ ; elle existe encore et contient aujourd'hui des moulages des œuvres les plus célèbres de Michel-Ange. Un monument composé à nouveau en mémoire de Charles V et de Jeanne de Bourbon, occupait le milieu de la salle du xiv' siècle. Le tombeau de Louis XII avait aussi la place d'honneur dans la salle du xv*. Des tableaux exposés dans la galerie du Luxembourg et des gravures publiées par M. Lenoir, donnent une idée assez exacte de l'arrangement pittoresque de plusieurs salles de ce musée. Le grand monument de Henri II n'était pas encore réédifié, et se trouvait déposé dans les magasins quand arriva l'époque de son renvoi à Saint-Denis.

Le décret impérial du i 9 février \ 806 , qui fonda le chapitre (le Saint-Denis , et qui décida que l'église serait consacrée à la sépulture des empereurs ', ordonna l'érection de quatre chapelles sur rem[)lacemont des sépultures dos quatre dynasties, dont la dernière commençait en la personne de Napoléon; d<»s ins(Tiptions gravées sur des tables de marbre devaient

I. Ce décret m* reçot jamais d'exécution. L'ii fils de Loois Boua[)aite, roi de Hoilande, desUné à la sépulture impériale, fut dépossédé de son droit par de non-

contenir les noms des rois dont les monuments eustaient autrefois à Saint-Denis. Quant aux tombeaux, il ne fut pas question de les tirer des Petits-Augustins pour les rétablir dans leur ancienne demeure. On songea plus tard à réunir , dans l'église de Sainte-Geneviève (le Panthéon pour les païens et les esprits forts), tous les monuments historiques du musée des monuments français ; mais ce projet ne fut jamais mis à exécution.

Les tombeaux de Saint-Denis étaient à peine rangés et catalogués aux Petits-Augustins, qu'une ordonnance royale, rendue le 16 décembre 1816, prescrivit la clôture du musée, rétablissement d'une écolo des beaux-arts dans les bâtiments ([u'il occupait, et la restitution des monuments aux églises (lui les avaient possédés ou aux familles qui les avaient érig^ en mémoire de leurs ancêtres. Ces ordres, exécutés avec une précipitation funeste , et même avec une violence de réaction inouïe, comme tout ce qui se faisait alors, furent un arrêt de mort pour un grand nombre de monuments dont la restitution

velles révoIaUons et porté à l'église du village de Saintr-Leii, près MontrooreBcy. Un marbre enclavé dans le pavé du chœur de cette église porte rioscriptloii suivante :

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