‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 16 sur 102 · ICI REPOSENT · texte numérisé non relu

ICI REPOSENT

les corps de Charles BONAPARTE,

père

de l'cmperenr NAPOLÉON,

et

de Napoléon-Charles BONAPARTE,

Gis de Louis BONAPARTE,

ex-roi de Hollande.

Ces deux morts doivent leur sépulture actuelle à la reconnaissance d'on curé de Saint-I^u pour les bienfaits do roi de Hollande. L'église de Rnel renfenne aussi plusieurs monuments de la famille impériale. Lonis Bonaparte a demandé, en mourant, que son corps fût inhumé à Saint-Lea auprès de ceux de son père et de son ttls.

était devenue impossible par suite de la démolition des anciennes églises ou de la disparition des ayant-droit. La plupart des fabriques des paroisses craignirent de se charger d'une dépense considérable en acceptant Tobligalion de faire rétablir les monuments qu'elles pouvaient réclamer ; celles qui voulurent profiter des dispositions de l'ordonnance, n'en remplirent pas les conditions avec le scrupule nécessaire ; les monuments furent 'réédifiés avec une parcimonie déplorable , comme on peut le voir à Saint-Germain des Prés, à Saint-Eustache , à Saint-Germain-rAuxerrois et ailleurs. La cathédrale de Paris ne songea à se faire rendre aucune des effigies de ses évéques; à la honte du diocèse, elles sont devenues, dans le musée de Versailles , de profanes objets de curiosité Plusieurs familles de la plus haute illustration se signalèrent par une indiiïérence inconcevable. Les Montmorency avaient ils donc perdu le souvenir du grand connétable Anne? ils ne redemandèrent ni son admirable mausolée, ni la colonne superbe qui avait porté le cœur de ce redoutable homme de guerre.

L'ordonnance de 1816 avait un côté moral; la décence publique réclamait le rétablissement des tombeaux profanés l»endant la révolution. Mais , comme toujours, les exécuteurs subalternes allèrent au delà des volontés du maître. On mit un acharnement incroyable à effacer jusqu'à la dernière trace du musée des monuments français. Pour faire la place libre à la nouvelle école des beaux-arts , on précipita pèle-méle dans les cours les tombeaux et les statues; depuis 1793 pareille chose n'était pas arrivée; les jeunes gens qui venaient en ce lieu étudier les principes de l'art avaient ainsi , sous les yeux , rexemple du vandalisme le plus brutal et du mépris le plus effronté pour les œuvres des grands artistes français. Honte à ceux, quels qu'ils soient, qui se sont rendus coupables d'actes pareils! Je me souviens d'avoir ramassé aux Petits-Augustins,

dans mon enfance, des fragments de dais peints, dorés et incrustés de verroteries dont l'aspect élégant réjouissait déjà mes yeux ; à travers les intervalles des palissades de planches, j'apercevais, au milieu de hautes herbes, de graves figures revêtues de longs manteaux fleurdelisés; je me rappelle encore rémotion que produisait en moi ce triste spectacle, auquel se montraient complètement indifférents architecles et professeurs Les hommes qui avaient arraché tous ces monuhienls à la destruction, étaient réduits à d'amers et stériles regrets; ib n'avaient plus le droit de so faire entendre. Pendant plus de vingt-cinq ans, des statues que, de nos jours, le musée de Versailles a recueillies, restèrent exposées à toutes les injures de l'air, et aujourd'hui encore, à l'école des beaux arts, dès magasins , des cours ignorées du public , et des caves , sont remplis de débris dont chaque jour il périt quelque chose. C'est ainsi que dans notre pays on traite les monuments.

Louis XVIII reconstitua le chapitre de Saint-Denis, et rendit à l'église son vieux titre de sépulture royale. Il prescrivit en même temps la recherche des restes de ses prédécesseurs que la révolution avait profanés, et leur réintégration dans leurs anciens tombeaux. Dans la description que nous aurons à faire plus loin des diverses parties de la crypte, nous dirons en quel lieu sont maintenant réunis les ossements retrouvés dans les fosses profondes oij la Convention les avait fait jeter; nous dirons aussi quels sont les nouveaux venus dont les cercueils peuplent aujourd'hui ces caveaux si longtemps privés de morts.

Le gouvernement ordonna que les monuments qui provenaient de Saint-Denis, retourneraient tous dans cette église. et qu'on réunirait aussi à côté d'eux les autres tombeaux de rois ou de princes extraits des anciennes églises conventuelles dont la dépouille avait enrichi le musée des Petits-Âugustins. De nouvelles mutilations , des transpositions plus nombreuses

DIÇ SAINT-DENIS. -lOo

encore qu*à la première fois, signalèrent cette seconde translation, parfaitement juste d'ailleurs et convenable dans son principe. Les savants , les architectes, ou autres, qui furent chargés du classement des tombeaux et des statues rapportés à Saint-Denis, semblent avoir été préoccupés d'une fantaisie matrimoniale des plus étranges. Après avoir fait le compte de leurs personnages, ils arrêtèrent que chaque roi de marbre aurait droit à une épouse de même matière qui partagerait avec lui les ennuis de la tombe. La position personnelle de chacune des princesses représentées par les statues qu'il s'agissait de replacer, leurs engagements antérieurs, leurs affections légitimes, ne mirent point obstacle à laclassiBcatien projetée. Les princes de second ordre furent condamnés à céder aux rois leurs épouses, bon gré mal gré, sauf réclamation dans le cas où, tout partage terminé, il s'en trouverait quoiqu'une en sur-nombre. De cette arbitraire mesure , il résulta de singuliers incestes de pierre, et des adultères de marbre de la pire es|)cce. C'était un scandale à faire rougir les piliers vénérables de la crj'pte. On n'imaginerait jamais ce qui se commit d'immoralités archéologiques sous les voûtes obscures de Saint- Denis. Cène fut que bien des années après, quand cet absurde classement déjà passé à l'état de fait historique avait eu le temps de tromper artistes et littérateurs, quand les moulages des statues étaient déjà rangés dans les galeries de Versailles s'ius les noms mensongers qu'ils portent encore , que je me trouvai en mesure de proposer le rétablissement de l'ordre et de la décence parmi tous ces personnages si outrageusement traités De nombreuses rectifications ont été faites, au moyen de textes précis et de dessins d'une rigoureuse exactitude ; il rn reste encore plusieurs à faire, et celles-ci deviennent d'autant plus difficiles que les traditions que nous pourrions interroger s'effaa^nt de jour en jour.

CiO qui s'était retrouvé des cendres royales dans leB fosses de la cour des Valois , fut entassé indistinctement dans quelques caisses de plomb et déposé dans le caveau du grand Turenne Les raccommodeurs de tombeaux pensèrent qu'il n'y avait plus aucun motif raisonnable pour relever les monuments sur lou' emplacement primitif; le programme de restauration rédigé par je ne sais plus quel mattre des cérémonies, de l'espèce de ceux que Mirabeau traitait si durement, avait imposé la condition de laisser Téglise supérieure aussi libre que possible pour les funérailles et pour les services d'apparat. Cependant s'il y avait un moyen de rendre quelque prestige à ces tombeaux vides, c'était certainement de les réédifier scrupuleusemeut à leur place consacrée par le temps et l'histoire. Le sépulcre aurait recouvert peut-être un peu de poussière échappée à la profanation; l'expiation était complète, et le souvenir des honteuses exhumations s'effaçait devant elle.

Il n'en a pas été ainsi. On a tout fait pour réduire ces mo* numents augustes à la condition mesquine d'objets de pure curiosité. Pas un seul n'a repris son ancienne place : ceux qui sont restés dans l'église haute , ont éié dépossédés de leur emplacement primitif, et quelquefois même modifiés en raison de leur emplacement nouveau. Les tombeaux sont rangés par taille , par âge et par numéro. Pour mieux les assimiler à des sculptures de musée, on les a tous marqués, on leur a imposé des étiquettes; chaque statue porte un nom, souvent erroné , gravé tantôt sur le haut du crâné, tantôt sur quelque partie du vêlement. Une froideur et une monotonie insupportables sont les premiers résultats de cette classification si tristement méthodique. Les monuments avaient autrefois leur raison d'être chacun â la place qu'il occupait; l'intérêt qui s'attachait à eux, s'accroissait de leur position

même et de tout leur entourage. C'était de l'histoire sculptée; on en a fait une collection rangée, numérotée et cataloguée.

Ce résultat est d'autant plus à déplorer qu'il a coûté fort cher, et que jamais Saint-Denis n'avait réuni sous les voûtes un |)areil nombre de monuments , héritier qu'on Ta fait d'une foule d'alises ruinées ou livrées à des usages profanes. Le nombre des monuments replacés à Saint-Denis, qui sont historiques ou qui affectent la prétention de l'être , s'élève à 1 67 ; 38 sont dans l'église haute, et 429 dans la crypte. Il y en a un en mosaïque, 2 en métal, 64 en pierre, 89 en marbre, 11 en plâtre ou en terre cuite. J'ajoute ici l'indication de leur origine.

Monuments qui appartenaient autrefois à Saint-Denis. . . 52

— provenant de Sainte-Geneviève à Paris 1

— — de Notre-Dame de Corbeil 2

— — deSaint-Germain-des-PrésàParis. 6

— — de Sainte-Catherine-du-Val..irf. . 2

— — des Cordeliers id.. :)

— — des Jacobins îd,. 7

— ~ des Célestins id. , 1 2

— — des Minimes id,. t

— — des Grands-Jésuites id., \

— — de l'abbaye de Royaumont 6

— — — de Maubuisson 2

— — — de Poissy \

— — — de Notre-Dame à

Soissons 1

— — — de Haute-Bruyère. . . 1

— — de la collégiale de Saint-Cloud. . 2

— d'origine encore inconnue 13

— neufs ou composés avec des fragments 53

408 MONOGRAPHIE DE SAINT-DENIS. j

Les statues historiques sont au nombre de 403, lesboslefi '

de 47, les médaillons de 40 , les tombes plates ou dalles gra- •

vées de 4 8, les tombes en demi-relief de 5 ; on compte encore ;

3 vases, 3 sarcophages, 4 colonnes, 4 7 inscriptions détachées, *

4 6 figures allégoriques représentant presque toutes des verloSi plusieurs séries d'apôtres, d'anges, de saints, des statuettes représentant des personnages qui assistent à des funérailles, enfin une quantité considérable de bas-reliefs.

Il s'agit maintenant de décrire un à un tous les monuments de cette magnifique collection.

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