‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 24 sur 102 · CHAPELLE DE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

CHAPELLE DE SAINT-MICHEL

IV. Tombeau de François /• ' et de Claude de France *.— Des trois grands tombeaux érigés à Saint-Denis par le xvi' siècle, celui-ci est le plus considérable. Enclavé entre deux piliers qu'il entame , il occupe toute la largeur d'une chapelle, et les statues agenouillées qui le surmontent, pourraient se heurter la tète contre la voûte , si elles venaient à se dresser. D'une part, on a exhaussé tout le sol de l'église; de Taulre, on a fait rentrer complètement sous les ogives d'une chapelle ce tombeau dont toute la partie antérieure s'avançait autrefois librement dans le croisillon méridional ; avec un pareil système, on fait perdre aux monuments la physionomie et les proportions que leurs auteurs avaient voulu leur donner.

Philibert Delorme, abbé d'Ivry, conseiller ordinaire, architecte du roi , fut ordonné commissaire et député par ledit sieur

i. Musée des Monumenls français, n"» 99 et 448.

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figures remarquables , avait exécuté celles des quatre évangé* listes. Les détails d'ornements sont de la main des sculpteurs Jacques Chantrel, Bastien Galles, Pierre Bigoigne et Jean de Bourges. Les marbres étaient fournis et livrés aux dépens du roi *.

Le tombeau de François l**" est un édifice tout entier. Il a été complètement construit en marbre blanc rehaussé de moulures en marbre gris et noir. 11 occupe , comme nous l'avons dit, toute la largeur d une chapelle, et se trouve engagé dans deux piliers. Il se compose d'une haute et profonde arcade voûtée en plein cintre et de deux passages latéraux dans lesquels on entre par des arcs de petite proportion. Sur chacane des deux faces principales ces derniçrs arcs s'ouvrent en retraite et laissent venir en avant xîelui de la voûte centrale; un plan , c'est à peu près une disposition cruciforme. Le monument s'élève sur un double socle en marbre noir et en marbre gris. Au dessus de ce riche et vigoureux soubassement règne un stylobate interrompu seulement par les baies des passages dont nous avons parlé. Les flancs des deux portions du tombeau qui se trouvent en retraite , sont masqués presque en entier par les piliers de la chapelle dont il s'est emparé.

Les deux faces qui regardent l'orient et l'occident déploient une décoration des plus splendides; elles possèdent chacune vingt-un bas-reliefs sculptés sur le stylobate , huit colonnes cannelées et couronnées de chapiteaux ioniques d'une excellente facture , un entablement et une corniche d'une extrême richesse, tout ornés de perles, de palmettes, de denticules, d'oves et de feuilles d'eau. Des pilastres répètent toutes les

1 . Ces détails ne sout pas complets. Ainsi, ils ne nous apprennent pas quel est rameur des admirables statues couchées du roi et de la reine , qu'on attribue ù Jean («oujou, en raison de leur beauté, mais en dehors de tons renseignements positifs.

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colonnes. Chaque colonne fait saillie avec son piédestal historié de personnages. La frise est plaquée de marbre noir. Des cordons perlés suivent dans leurs contours toutes les archivoltes. Des tablettes préparées au-dessus des arcs semblent attendre des inscriptions; elles sont entourées de beaux encadrements. Deux petits anges tenant des trompettes accompagnent Tare central ; ils remplissent ici la même fonction que les renommées païennes sur les arcs de triomphe antiques; à leur nudité et à leur élégance profane on les prendrait moins pour des anges chrétiens que pour des génies mythologiques. Ajoutons, en un mot , que rien n'a été épargné pour la décoration du monument, et qu'une sculpture du meilleur goût relève toutes les portions de l'architecture qui pouvaient en recevoir. Les bas-reliefs du stylobate, comme ceux du monument de Louis XII , présentent des effets de perspective auxquels la sculpture ne doit se prêter qu'avec une excessive réserve, et qui sont plutôt du domaine de l'art graphique. Il faut reconnaître, cependant, qu'ici l'artiste s'est tiré des difficultés de ce système avec beaucoup d'adresse et d'habileté.

La campagne mémorable qui s'est terminée par la victoire de Marignan , a fourni les sujets des vingt-un bas-reliefs de la face antérieure tournée vers l'orient. Le premier épisode est la prise d'un bourg fortifié; des soldats entrés dans la place assiègent les maisons et arborent leurs étendards aux fenêtres de celles qu'ils ont envahies. Des bataillons d'infanterie défilent ensuite l'arme sur l'épaule; les hallebardiers , lanciers, fusiliers, ont de superbes et martiales tournures ; ils marchent résolument au pas précipité; les étendards flottent, le son des fifrw et des tambours règle la mesure. De la porte crénelée d'une ville puissante on voit sortir une chevalerie bien armée dont les casques sont ombragés de panaches. Au milieu du groupe est François I'*" monté sur un cheval dont le harnais

se découpe en nombreux lambrequins; le roi porte la coUe d'armes sur sa cuirasse, il n'a pour coiffure qu'une petite toque ; près de lui , un cavalier tient le heaume royal ceint d'une couronne fleurdelisée. La marche de l'armée continue à travers les montagnes ; des édifices et des villes se rencontrent sur la route que suivent les Français. Des soldats esco^ tent un convoi d'artillerie. Des ouvriers armés de leviers démontent des pièces de canon et les enlèvent à l'aide de co^ dages suspendus à une chèvre par des poulies; les affûts restent de côté ; les chevaux dételés se reposent. Au sommet d'une haute montagne, d'autres hommes font mouvoir un cabestan dont les cordages remorquent des canons sur des pentes inaccessibles aux attelages. C'est ainsi que rartilierie de François I®" traversa les Alpes. Plus loin , une ville a été livrée aux flammes; des femmes fuient emportant leurs enfants et ce qu'elles ont réussi à sauver du pillage ; ce groupe de femmes et d'enfants est plein de grâce et de sentiment. On croit qu'un personnage à cheval, qui est coiffé d'un large chapeau , et qui paraît donner des ordres , représente le maréchal Trivulce. Enfin les deux armées sont en présence dans la plaine de Marignan. Les trompettes sonnent. François I«', à la tête d'un escadron de cavaliers , charge bravement l'ennemi ; tous ont les visières baissées et la lance en avant ; le roi se reconnaît à la couronne fleurdelisée de son casque , à un grand panache ondoyant , aux F et aux fleurs de lis semés sur la housse de son cheval; près de lui combat Claude de Lorraine, dont le cheval porte une housse blason née de petites croix. Les Suisses forment un corps de bataille serré , rangé sur quatre lignes, tout hérissé de piques d'une énorme longueur ; ils n'opposent à la cavalerie française qu'une masse profonde d'infanterie ; leurs hommes du premier rang sont des colosses entièrement bardés de fer, les autres portent des armures moins

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complètes. Les rangs des Suisses sont déjà entamés; des blessés et des morts roulent sous les pieds des chevaux. L'artillerie française en batterie et un corps nombreux d'arbalétriers ' inquiètent vivement l'ennemi. Les Suisses ont aussi des canons que des artilleurs pointent et tirent; auprès des pièces on remarque des boulets, un tonneau de poudre et les instruments propres au service. En arrière du corps de bataille dos Suisses un autre bataillon qui parait servir de réserve, déploie des étendards marqués des clefs de saint Pierre en sautoir. Du milieu d'un groupe de cavaliers , auquel l'infanterie fait un rempart, le cardinal évéque de Sion , Matthieu Schiner, assiste au combat, comme un autre Moïse, et bénit les troupes confédérées. Il est à cheval et porte le grand chapeau , marque de sa dignité. Un prélat, aussi à cheval, tient lovée une croix à double traverse; d'autres personnages ecclésiastiques font partie du cortège ( 4 3 et 1 4 octobre i 51 5) .

Les bas-reliefs suivants représentent la prise du camp des Suisses retranché et défendu par des batteries ; un combat de hallebardiers ; les Suisses poursuivis dans un bois où quelques-unes de leurs compagnies s'étaient réfugiées ; leur retraite précipitée; de nouveaux combats, et enfin l'entrée triomphante des Français à Milan , ville superbe en tours , en é^iâes et en palais. L'artiste a rendu avec beaucoup de verve l'élan des vainqueurs qui défHent rapidement sur le pont-levis et prennent, avec une fierté toute guerrière, possession de la place conquise. Les troupes impériales sortent de la ville par une antre |K)rte et battent en retraite.

Les ba.4-reliefs de la face occidentale ont été composés dans l«* même système I-a bataille de (lérisohs remplit le bas-relief

f. Lrrui avait tlaïui simi année des. ariialolrins k^^^'oiis d'une iidiesse re-

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principal; à gauche, sont figurés les faits qui ont précédé immédiatement le combat; à droite, ceux qui Tont suivi. Aa point de départ de Tarmée française , le paysage rappelle l'aspect de certaines parties de l'Italie ; on y remarque des Mlisqucs et des monuments à demi ruinés. La marche des Français est pleine de rapidité et de résolution. Plusieurs cavaliers sont lancés au galop ; d'autres s'avancent en escadrons serrés montés sur de vigoureux chevaux, visières baissées, lance au poing. L'artillerie, traînée par des chevaux, est confiée à la garde de plusieurs corps d'infanterie. Un des bas-reliefs , placé au piédestal d'une des colonnes, représente le comte d'En* ghien, François de Bourbon ', lieutenant général pour le roi en Piémont, à qui revient tout l'honneur de la journée de Cérisoles; comme François I"*", avant la bataille de Marignan, il n'a encore ni le casque , ni les armes de guerre ; un chapeau rond à plumes lui coiffe la tèle, un manteau est jeté sur son armure , sa main droite tient un bûton de commandement ; des lambrequins flottent aux harnais de son cheval. Les étendards et les bannières sont portés par des cavaliers et |>ar des fiintassins. La grande bataille du bas-relief central (lundi de Pâques , 14 avriliSU) comprend plusieurs épisodes. L'infenterie des deux armées s'attaque avec de longues piques et on grand tumulte; des morts, des mourants, des blessés, encombrent le champ de bataille. Des cavaliers français, armés de cimeterres recourbés, chargent les Impériaux. Des artilleurs se tiennent mèche allumée près de leurs pièces. Un combat se livre autour d'une batterie dont le feu entamait les lignes impériales , un homme armé d'un marteau s'occupe d'encloner les canons.

Los étendards impériaux , marqués de croix et de Taigle

I. Ce prince était frère d'Antoine de Bourbon, père de Henri IV.

à double tète, cèdent le terrain à la salamandre et à la fleur de lis. Les chevaux sont parfaitement lancés ; il règne beaucoup de vie et de mouvement dans toute la composition. Nous citerons surtout , au premier bas-relief qui suit la bataille , deux cavaliers qui montent une côte au ti:alop; les chevaux et les hommes ont été sculptés en raccourci de la manière la plus habile et la plus heureuse.

Après la bataille , le comte d'Engbien entre victorieux dans la ville de Carignan. Devant lui , des soldats conduisent des captifs , d'autres portent sur des piques des pièces d'armures , des trophées , des cartouches , des drapeaux , de^ couronnes de laurier, des représentations de forteresses conquises. Ce triomphe a beaucoup d'analogie avec celui que nous avons décrit au tombeau de Louis XII Les combats recommencent plus loin , et finissent par aller se perdre dans l'épaisseur du pilier.

Dans la sculpture du monument de Louis XII les costumes appartiennent plutôt à l'antiquité romaine qu'à la renaissance française , celle du tombeau de François ?>* a été traitée avec une tout autre vérité et avec un grand regret pour l'exactitude historique.

On monte deux degrés pour arriver aux passages latéraux du monument ; ces passages sont couverts par des plafonds sculptés de caissons , de rosaces et de palmettes. Une voûte cintrée en berceau traverse tout le tombeau , dans le sens de sa longueur ; des cordons en torsade la divisent en neuf compartiments quadrangulaires que remplissent des bas- reliefs *. Au premier rang, à la naissance do la voôte, sont les quatre évangélistps assis , drapés d'une façon très-noble ; ils écrivent

i. Les bas-reliefs du monument sonl au nombre de 5< , savoir : 21 sur charme des deax façades et 9 à la voûte.

sur de grandes tablettes. Saint Jean se reconnaît à son air de jeunesse et à son visage imberbe. Ces figures sont d'un grand style ; le caractère des têtes porle une gravité remarquable. L'absence du nimbe attesterait ici , à défaut d'autres preuves, l'oubli complet des traditions iconographiques du moyen âge. Au milieu des autres bas-reliefs et au point le plus élevé de la voûte, le Christ, portant à la main gauche un étendard fixé aux branches d'une croix, sort glorieux de son sépulcre dont la pierre est renversée. Cette sculpture, ainsi placée, est une traduction en marbre des belles paroles par lesquelles saint Paul exhorte les fidèles à mourir avec le Christ , à s'ensevelir avec lui , pour partager la gloire de sa résurrection. Il nous reste encore à mentionner les quatre bas-reliefs de la main de Germain Pilon , sur chacun desquels sont sculptés deux génies (jui versent des larmes, accompagnent des cartouches, et tiennent des torches renversées , emblèmes de la vie éteinte. Cette voûte , d'un dessin si riche et d'un aspect si solennel, abrite les effigies, représentées à l'état de mort, de François 1" et de Claude de France. Autrefois, couchées sur des sarcophages historiés dont Félibien nous a conservé la gravure, elles n'ont plus pour support qu'une caisse carrée en marbre noir, d'une extrême mesquinerie , aux deux bouts de laquelle les noms des défunts et Tépoque de leur mort ont été gravés en vrai style de registres de l'état civil, entre des lacrymaloires en jaune de Sienne. Nous ne pensons pas que les artistes du XVI® siècle aient jamais produit rien de plus beau que ces deux figures qui nous ont paru des cliefs-d 'œuvre accomplis. La tête de François I®^ est d'une noblesse admirable; la poitrine, les bras et tout le reste du corps ont été modelés avec une distinction et une science qui se trouvent rarement réunies sous le même ciseau. A côté de cette majestueuse statue , lo sculpteur a personnifié, dans celle de la reine, la grâce

la plus exquise et la sensibilité la plus suave. Claude de France, morte à la fleur de Tâge *, laisse deviner sur ses traits charmants l'expression d*un douloureux regret pour une vie qui s'ouvrait devant elle si brillante et si fortunée. Des barbares onl porté sur ces marbres des mains stupides et sacrilèges ; des noms que par bonheur Tobscurité du tombeau voile de son ombre, ont été gravés à la pointe du couteau sur les deux statues ; un de ces noms , plus profondément taillé que les autres, suit le nez de la reine dans toute sa longueur.

Cinq figures agenouillées sur la plate-forme supérieure du monument représentent François P' et Claude de France , leurs fils, le dauphin François et Charles duc d'Orléans; leur fille, Charlotte de France, qui mourut âgée de huit ans. Le roi et la reine ont devant eux des prie-Dieu ornés de F et de C couronnés.

Claude de France et sa fille portent des corsages et des coiffes tout brodés de pierreries. Tous les personnages sont rouverts de longs manteaux fleurdelisés ; sur le manteau du jeune François de France , des dauphins , pièce principale des armes de Dauphiné, alternent avec les fleurs de lis. Le collier de Saint-Michel décore les deux frères. Protégées par leur position, ces statues sont demeurées intactes; leur ressemblance , la fidélité des costumes et la bonne exécution du tra- \ail leur donnent une grande valeur. Nous savons que le dauphin et le duc d'Orléans sont de la main de Pierre Bontcms; le marbre rend à merveille la jeunesse et l'élégance des deux princes.

1. • La reine Claade, décéda en Tan 4r>*24, âgée de vingt-cinq ans, en grande ojiioifm de sainteté; car Nicolas Cilles, qui vivoil alors, cscrit en son histoire de France, qu'on faisoit des vœux , et qu'on offroii des chandelles à son cercueil , undis qu'il fût à Bloisoù elle mourut ,etquMI se trouva des personnes qui afiirnirrfiii avoir esté guéries de quelques maladies par son intercession ;(iF.rmain Mii.i.rT •

Nous rapporterons une inscription qui fut gravée aux Petite Augustins en mémoire de la réédification du tombeau, etqai est restée oubliée derrière une des archivoltes de la voûtf centrale , du côté de l'orient :

Albxandrr Lrnoir Fondatrur et Consertateur de ce MtJgftl i

PAIT RETABLIR ET RFSTAURRR CE MONUMENT SDR SES DBS8IN8, L*AM YI DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

L'inscription ne forme qu'une ligne autour de l'arc.

La restauration du tombeau de François P", à Saint-Denis a demandé six années de travail ; le marbre a été retaillé ei beaucoup d'endroits , quant à l'ornementation.

Il existe encore de nombreux monuments qui représenten François l^^ : voyez au Louvre, un buste en bronze tiré, dit-on de l'ancien château de Saint-Maur ; plusieurs portraits origi naux, à Versailles et à Fontainebleau ; les bas-reliefs de l'hôte Bourgthéroulde à Rouen, les émaux du Louvre, les vitraux d la Sainte-Chapelle de Vincennes , et surtout au Musée royal le magnifique portrait peint par le Titien.

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