‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 34 sur 102 · I . D. Doublai, AntiquUèg de Samt-DentM · texte numérisé non relu

I . D. Doublai, AntiquUèg de Samt-DentM

« l'endroit où estoit une ancienne chapelle de Saint-Démètre, a un pelit corridor de la largeur de trois pieds sur sept de « haut. Les ouvriers voûtoient à mesure qu'ils avançoient; et « dans la poursuite de leur ouvrage, ils découvrirent quelques (( tombeaux dont on ne reconnut que celui de l'abbé Antoine « do La Haye, par une inscriplion qu'on y trouva. Enfin, après « avoir poussé environ sept toises et demie, les ouvriers anri- « vèrent à l'ancien caveau ; de sorte qu'il a été aisé d'y join- « dre, par ce corridor de communication, un caveau spacieux « qui occupe aujourd'huy, dessous le chevet, Tancienne crypte « où estoient autrefois les corps des saints martyrs. La place a est de neuf toises de long sur environ deux toises et demie (( dans sa plus grande largeur. » La reine Marie-Thérèse était morte le 30 juillet 1683; le nouveau caveau fut béni le 31 août suivant.

L'entrée du caveau des cérémonies fut consen'ée dans son état i)rimilif ; elle était recouverte de dalles qu'il fallait lever chaque fois qu'un corps devait être inhumé en ce lieu; un escalier de pierre conduisait jusqu'au sol du souterrain. Aussitôt que la sépulture nouvelle eut été disposée, on y transporta tous les cercueils qui avaient été entassés provisoiremont dans le premier caveau, à l'exception de celui de Lonis XUl, laissé sur la dernière marche de l'escalier, où il (levait attendre qu'un nouveau cercueil de roi vînt prendre sa place. Le même usage * fut suivi lors de l'inhumation de Louis XIV et do celle de Louis XV; ce dernier prince n'était encore qu'au seuil de son sépulcre quand les violateurs de tombeaux s'emparèrent de son cadavre.

Les cercueils des rois et des reines étaient rangés sur le côté méridional du grand caveau, les pieds tournés vers l'occi-

1. Les faiis que nous avons rapportes prouvent que celte coatome n'avait pas nue origine plus ancienne.

joL Ceux des princes et princesses se trouvaient du côté du )rd; ils étaient pJacés en travers, les pieds vers le sud. En 793, les profanateurs, craignant de ne pouvoir qu*à grand' une extraire les cercueils par l'entrée ordinaire, prirent le irti de percer le mur du caveau du côté du collatéral de la ypte; c'est par là que sortirent tous les corps, Henri IV le remier, et Louis XV le dernier de tous. L'ouverture fut pra-* quée entre deux colonnes , en face de la chapelle terminale e la crypte.

Un des premiers soins des architectes de Napoléon fut de ^parer le caveau des Bourbons , et de le disposer pour la '^pullure des membres de la famille impériale. Ils en repérèrent l'entrée à la brèche par laquelle les hommes de 4793 avaient pénétré. Nous avons entendu rapporter par des per- >nnes employées dès lors aux travaux de l'église, qu*un lieu arliculier était assigné à l'embaumemeut des corps qui se erait fait à Saint-Denis; une table de marbre noir aurait été réparée pour cette opération , ainsi qu'un grand vase de même larbre qui sert aujourd'hui de reliquaire postiche dans l'église aute, sous lautel consacré à saint Maurice.

Les Bourbons, rétablis sur leur trône , firent murer la porte mpériale, témoin de l'exhumation de leur race tout entière, l maintenant, comme avant la révolution, l'ouverture du caeau existe dans le croisillon du midi , recouverte de trois lalles en pierre de liais , presque au pied d'un autel où se élèbrent des messes de fondation pour les rois et princes léfunts.

Au mois de juillet de l'année dernière, quelques travaux urent exécutés dans le caveau royal; nous eûmes alors la acuité d'y descendre. L'escalier se compose de quatorze marrhrs, dont la dernière porte une épaisse grille de fer. An pied (les d«»j:ré.<, à main droite, le cercueil de Louis XVllI recou-

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vert d'un velours noir à croix d'argent , qui tombe en lambeaux , est posé sur des tréteaux de fer ; au-de880us du cercueil, un vase de cuivre renferme les entrailles. C'est là Tancien caveau des cérémonies. Pour parvenir au grand caveau, il faut suivre l'étroit passage creusé en 1683, qui se dirige d'abord vers le nord et tourne après vers l'est. Il est voûté en ogive. Un peu avant le point où il se termine , il présente de chaque côté un retrait qui élargit l'espace. Toute Tarchitecture du grand caveau a été modifiée. La voûte , disposée en berceau , ne conserve aucune trace de sa décoration première; on y a fait peindre au centre un écusson aux armes de France et de Navarre ; et , comme si dans cette malheureuse église de Saint-Denis il n'était possible de rien faire de bien , od a eu la maladresse d'intervertir l'ordre dans lequel doit être placé le blason de chacun des deux royaumes.

Les parois présentent encore les restes d'une arcature cintrée pareille à celle dont nous avons déjà vu quelques fîrag* ments dans le collatéral de la crypte. Les arcs ont pour mpporls de petites colonnes dont les chapiteaux sont historiés de personnages. L'obscurité du lieu et la difficulté de s'approcher dos murs en avant desquels s'élèvent les barres de fer destinées à porter les cercueils, ne nous ont pas permis d'examiner d'une manière suffisante les sujets des sculptures. Si nous pouvions en croire des dessins recueillis par M. Albert Lenoir et par M. Debret, ces chapiteaux représenteraient le Christ porté au temple , l'adoration des Mages , la résurrection de Lazare , le jugement dernier, et plusieurs sujets bibliques tels que le sacrifice d'Abel et celui de Caïn , la mort d'Abel , le meurtre de Caïn par Lamech , la construction de Tarche , le déluge , le passage de la mer Rouge. L'examen de celte ornementation pourrait fournir des observations prérieuses à la science de l'iconographie sacrée.

Les hôtes du caveau royal ne sont pas nombreux aujourd'hui. Bossuet ne pourrait plus dire comme aux obsèques de Henriette d'Angleterre : a Elle va des«;endre à ces sombres c lieux , à ces demeures souterraines pour y dormir dans la « poussière avec les grands de la terre , comme parle Job ; « avec ces rois et ces princes anéantis parmi lesquels à peine c peut-on la placer tant les rangs y sont pressés , tant la mort « est prompte à remplir ces places. »

Deux cercueils posés du côté du sud contiennent ce qu'on a cru retrouver des restes de Louis XVI et de Marie Antoinette dans le cimetière de la Madeleine , où leurs corps mutilés avaient été jetés dans des fosses profondes , entre deux lits de chaux vive. En face de ce roi et de cette reine, dont les tètes ont roulé sur un échafaud , gisent dans d'autres cercueils deux filles de France , mortes en exil , et un prince tombé sous le poignard. A côté du père assassiné, deux pauvres enfants, qui ont à peine vécu quelques heures, sont ensevelis dans des cercueils petits comme des berceaux. Ces morts ont porté les noms de Victoire et d'Adélaïde de France, et de Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry; des deux enfants un seul eut le temps de recevoir un nom ; c'était une fille destinée à devenir princesse; elle fut appelée mademoiselle d'Artois.

La vue de ces cercueils réveille des pensées si lugubres , et rap|)elle de si épouvantables infortunes , qu'au milieu d'eux nous éprouvions une douleur amère et un sentiment de terreur profonde Au lieu des souvenirs de la gloire et de la splendeur royales, il n'y a ici que des images d'échafaud , de meurtre et de bannissement. Les derniers morts de la grande race d(^s Bourbons n'auront pas même place dans cette funèbre réunion de famille. Le frère de Louis XVI et de Louis XVIII, ce noble et malheureux vieillard exilé encore une fois au mo-

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