‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 41 sur 102 · I. Mutée de* Momumenii français, no» kih, 4i · texte numérisé non relu

I. Mutée de* Momumenii français, no» kih, 4i

savoir, n*ont pas même songé à diriger les ouvriers qu'ils employaient. Les noms du roi et de la reine sont gravés autour des personnages ; mais une bordure moderne les couvre à moitié.

44, 45. Dagohert et Nantilde, — On a voulu replacer ici , à leur rang chronologique , les effigies de Dagobert et de Nantilde , dont nous avons déjà vu le tombeau dans Téglise haute. Deux bustes les représentent. Celui de Dagobert a été sculpté en pierre de Tonnerre, d'après une gravure de l'ouvrage de Montfaucon , par M. Brun , sculpteur, en 1839. Nantilde est en terre cuite; c'est un moulage de la singulière statue dont nous avons parlé, qui sur un corps de femme portait une tète d'homme. Depuis qu'on a rendu à la tête son nom de Clovis II, en la reportant sur un corps masculin, on aurait dû rectifier également le titre attribué à la copie.

Les deux bustes ont pour supports des chapiteaux trèscurieux. L'un exécuté en pierre et provenant d'une église do Saintes, représente des griffons quadrupèdes et des oiseaux qui cherchent à s'entre-dévorer ; des cordons nattés et entrelacés couvrent le tailloir ; cette sculpture du xii' siècle a été donnée en 1817 à la basilique de Saint-Denis par M. Jacquemard, antiquaire. L'autre chapiteau est en marbre blanc; nous en ignorons l'origine. On assure qu'il avait été porté de Saint- Denis aux Petits-Augustins. Le style du travail accuse au moins le xi* siècle. Nous y voyons sculpté un sujet que les artistes romans ont singulièrement affectionné , Daniel dans la fosse aux lions. Le prophète assis, la tête appuyée sur la main gauche, semble sommeiller paisiblement, entre deux lions énormes auxquels le sculpteur s'est efforcé de donner un aspect effrayant. Il est très-rare de trouver dans le nord de la France des sculptures de cette époque travaillées en marbre. Les deux chapiteaux surmontent de mauvaises colonnes modernes en pierre, de forme octogonale, sur lesquelles on a

ûduit les monogrammes de Dagobert et de Nanlhilde, tels s existent dans nos plus anciens monuments de paléohie.

\. Childéric II *. — La tombe gravée de ce prince , aite de Saint-Germain^des-Prés , a été refaite en 4656, me celles de Clotaire II et de Bertrude. Elle leur est égale mportance archéologique. L'artiste a donné à la figure une I pleine de manière et de prétention. L'inscription qui se utour du personnage n'en contient que le nom et le titre :

HIC lACBT CHILDBRICTS II. FRANCORTM BBX.

r. Frédégonde *. — C'est au-dessus du monument de déric II qu'a été relevée contre le mur la tombe en moue de la reine Frédégonde. Dans son nouvel emplacement, se trouve exposée de manière à ce que l'œil en puisse ir facilement les moindres détails. Mais on a malheureuent profité de cette translation pour faire subir à la moue un raccommodage inutile et même déplorable *. Les klictins, et après eux bien des antiquaires de la vieille &, ont pensé que la tombe était contemporaine de la reine ; elle recouvrait la cendre. Un examen minutieux du molent nous a donné la conviction qu'il avait dû être rétabli 5 le même temps que celui de Childebert , c'est-à-dire au »ièclc. Rappelons-nous que les Normands avaient saccagé, ndié et presque entièrement détruit le monastère de Saintmain- des-Prés. Nous sommes d'ailleurs persuadé qu'on ne verait pas un autre monument analogue qui ait appartenu ri« siècle , tandis que du xii« siècle il en reste plusieurs ,

Mtufe dei Monumentê français, no 437.

Mus^f dei Monument» français, no 7. Resuoration faite en 1841 et 1843.

2\0 MONOGEAPHIE

dont la matière et le style ont le plus grand rapport avec celui-ci •. •

La tombe de Frédégonde est plus étroite aux pieds qu'à la tête. Elle se compose d'une table en pierre de liais, sur laquelle on a fixé, par incrustation et au moyen d'un enduit, une mosaïque formée de très-petits morceaux de porphyre, de ser^ pentine et de marbre blanc. De minces filets de cuivre insérés entre les cubes de marbre, dessinent sur la bordure, qui encadre refBgie, des rosaces variées de formes et de couleurs. La reine est représentée couchée, et vêtue d'un costume de cérémonie. La tète , les mains et les [ieds , qui ressortent en pierre lisse sur le fond et sur les vêtements coloriés , étaient sans doute destinés à être peints. Nous prierons le. lecteur de ne tenir aucun compte des belles phrases qu'on a écrites pour exprimer le mouvement d'horreur dont le mosaïste aurait étésai», au moment où il se disposait à transmettre à la postérité les traits de cette femme si ambitieuse et si cruelle.

La couronne simulée en pierreries est rehaussée de trois petits fleurons à trois feuilles chacun , dans lesquels certaiAâ auteurs ont cru découvrir le principe de la fleur de lis. Le sceptre placé dans la main droite se termine par un fleuron à cinq feuilles. La reine porte deux robes de longueur inégale ; une ceinture à bouts pendants retient à la taille la robe de dessus. Un ample manteau jeté sur les épaules et descendant sur les bras, trouve pour attache, au milieu de la poitrine, une agrafe richement montée. Des filets de cuivre marquent encore ici les contours, les plis, la trame, les bordures des étoffes, et les diverses parties du vêtement. 11 est facile de voir (jne le mosaïste a rencontré dans son travail de grandes diffi-

I. Entre autres, la tombe en mosaïque de l'évèque d'Ârras, Framaldas, nort en 1180, et une autre trouvée dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bertin arec la (lato (le 1 109.

Goltés; ses drapecies sont d'une sécheresse et d^une raideur qui n'existent point dans les sculptures de la même époque.

Avant de quitter, pour ne plus y revenir, les tombeaux tirés de i'abbaye de Saint-Germain-desPrés, nous emprunterons à Thistoire * de cette illustre église quelques détails sur les sépultures des rois mérovingiens. Elles furent retrouvées et ouvertes à plusieurs reprises, à l'époque des changements que les religieux firent faire à la décoration de leur chœur et de leur maître-autel , dans les xvii* et xviii' siècles. Montfaucon pense qu'à défaut de luxe extérieur elles renfermaient de grandes richesses accumulées autour des restes de chaque roi défunt. Il rapporte, à l'appui de son opinion, qu'en 4645 des ouvriers employés aux réparations du chœur ayant découvert un tombeau qui fut reconnu pour celui de Childéric II, un religieux s'appropria , pour les vendre , plusieurs objets précieux trouvés dans le cercueil , et que plus tard , au moment de sa mort, touché de repentir, il laissa par compensation à l'abbaye treize mille livres qui servirent à payer le prix des nouvelles orgues. Le chiffre de la restitution prouve surabondamment combien devait èlre opulente la dépouille du roi Childéric. En 4655, on trouva, ditD. Bouillart, « des corps c entiers et dans leur situation naturelle, enveloppez dans des t suaires de linge, de soye, d'étoffes précieuses; d'autres en - « terrez tous vêtus et chaussez ; ce que l'on reconnut par leurs « botines de cuir* que l'on trouva assez entières Les tom- « beaux les plus considérables furent ceux du roy Childéric II, « de Bilihilde, son épouse, et du jeune Dagobert, leur fils, qui

I. Hittoire 4t V abbaye royale de SaitU-Germainrdes-Prez , par dora Jacques Roi ILI.ART.

i. («uillaome Darand, dans son Hational des divins of/lceft , prétend que les lidHes doivent èlre inhumés avec des chaussures aux pieds, en si^ne de ce qu'ils sont (oai prëls ) paraître au jugement.

« furent tuez par Baudillon, dans la forêt de Livri. On trouva « ces tonjbeaux dans le chœur, à deux ou trois pieds du gros « mur du clocher septentrional ; celui du jeune Dagobert était ff posé sur celui de sa mère. » Les religieux s*étant aperçus que ces tombeaux avaient été violés une première fois, les ouvriers avouèrent le fait de la spoliation commise en 4615; ils déclarèrent qu'à cette époque le cercueil du roi contenait une toile d'or qui couvrait le visage du mort, un grand passement d'or servant de diadème, des éperons et une ceinture enrichis d'ornements d'argent, et que la reine était parée de vêlements somptueux. Les voleurs avaient cependant oublié une boucle de baudrier en or, et quelques petites plaques d'argent sur lesquelles était gravée la figure d'un serpent à deux têtes. Les religieux recueillirent aussi quelques objets dont les spoliateurs avaient dédaigné de s'emparer; une épée rouillée, de longs bâtons de coudrier qui pouvaient avoir servi de sceptres, des morceaux de liège et de cuir provenant des chaussures, un grand vase de verre au fond duquel il restait quelques pa^ fums , et des herbes aromatiques qui avaient été réunies en faisceau et placées en forme de coussin , sous la tête de Biiihilde *. En nettoyant le cercueil de Childéric, on trouva ces mots gravés à côté de sa tète : chÎldr rex.

Les Bénédictins firent envelopper de linges et d'autres étoffes les restes de Childebert , de sa femme Ultrogothe , de Chilpéric V% de Frédégonde , de Clotaire II, de Bertrude, de Childéric II, de Bilihilde et de Dagobert, qui furent inhumés ensuite chacun dans un cercueil séparé. Les tombeaux de ces princes ont certainement été ouverts de nouveau pendant la révolution. Los grands et funestes travaux de restauration foits

1. V. pour p]ns de détails dom Bouillart et Legrand d'Aussy, onvraief dép

DB SAINT-DEWIS.

ami-Germain des-Prés, il y a environ vingt-cinq ans, auront «ssairement amené encore la découverte de plusieurs sétures, il fallut alors en effet fouiller tout le sol pour rétar les fondations des piliers. 11 ne nous a pas été possible jusà présent de nous procurer des renseignements d'une auintîcité suffisante sur la destruction des tombeaux de Saintrmain en 4793 , ni sur le sort des objets qui ont pu être Qvés depuis dans cette église.

1 existait des tombeaux , non pas seulement dans l'église , lis dans le cloitre, dans les chapelles et dans bien d'autres Iroits du monastère. En 4643, le jour du vendredi saint, un 'cueil de pierre fut trouvé près du mur de l'église , dans le iao du cloître. Il renfermait des ossements rangés dans leur lation naturelle, une lampe de cuivre et une croix de même tal sur laquelle était un crucifix '. Deux inscriptions en Lres romaines onciales, mais inégales et entrelacées, étaient, ne gravée sur le couvercle du cercueil, l'autre écrite au ]ans avec du vermillon. Le mort disait à ceux qui découraient son sépulcre :

TBMPOKB RVLLO YOLO HINC TOLLARTVR 0S8À HILPRRICI.

La formule intérieure était suppliante , comme si le mort jlait recourir à la prière pour émouvoir les profanateurs e Texpression impérieuse de sa volonté n'aurait pas arrêtés :

PtBCOK B60 ILPBRICTS ROM ATFBRAHTVB HINC OSSA MBA.

18. Clovis II ■. « Le tombeau de Clovis II n'est que de jierre , ny l'effigie aussi , non plus que tous les autres qui

. n ne faut pas s'étonner de la présence d'un craciûx dans an tombeaa méro- %wa. Grégoire de Tours noas apprend que de sou temps on représentait le ivear sur la croix , ce qui ne s'était pas fait dans rorigine do christianisme. !. Ifir«^« df» Monuments français, no lo.

« ont élé ensépulturés en cette royale église depuis luy jusques a à Philippe III, fils et successeur de S. Loys, auquel on en tt fit un de marbre. Car auparavant on ne faisoit point de sétt pulUire de marbre, ains de pierre, comme il appert en celuy a de Clovis premier roy chrestien de France, qui est à Saincte-

« Geneviève

« Néuntmoins , tous les anciens sépnlchres de celte église qui a sont seize en nombre , ne laissoient pas d*estre très-beaux , u i)our le temps d'alors; car toutes les effigies estoient peintes u en fond d azur, et semées de fleurs de lys d'or, comme on en u voit encore les vestiges en plusieurs , et spécialement en « ceux qui sont au-dessous de Hugues Capet, où ou peut en- » coro voir et de Tazur, et des fleurs de lys entières. Sur le « dossier du tombeau de Clovis second , sont gravés ces mois : « lAidocicus r*'x films Dagoberti *. »

Les seize tombeaux cités ici par Germain Millet ont, comme nous l'avons dit , été tous refaits par les soins de saint Louis. Us étaient uniformément construits en pierre de liais et surmontés chacun d'une statue couchée. Un dossier en pierre se relevait derrière la tète de chaque statue. Les figures de Clovis II et de Charles Martel étaient seules accompagnées de colonnettes et de dais : ces accessoires n'existent plus. Les seiae statues représentaient douze personnages décorés dans leurs épitaphes du titre de roi, et quatre reines. Nous savons qu'il manque aujourd'hui deux figures de rois à la collection , et nous verrons bientôt de quelle manière on a comblé cette lacune. Les statues de Robert et de Berthé, de Philippe le Jeune et de Constance de Castille, qui étaient placées au-dessous du tombeau de Hugues Capet, et que Millet indique comme les mieux conservées sous le rapport de la coloration ,

\. DoiP Germain Millet, Trèitor nacré de Saint -Denys, eic.

D£ SAIM-DENIS. 2^5

ne présentent pas mainlenant plus de vesliges de peinturé qbe les autres ; il ne reste un peu de couleur que dans les plis les plus profonds des draperies et dans les ornements ciselés des couronnes.

La petite chronique de Saint-Denis donne la date exacte de la translation des cendres royales dans le chœur de Téglise, et par conséquent celle de Tachèvement des tombeaux préparés pour les recevoir.

En 4263, le jour de saint Grégoire, fut faite la translalicu des cendres des rois Eudes , Hugues Capet , Robert , Henri , Louis le Gros , Philippe le Jeune , et des reines Constance , femme de Robert, et Constance, femme de Louis VH. L'année suivante, saint Louis fit porter à leurs nouvelles sépultures Clovis n, Charles Martel , Pépin et Berthe sa femme, la reine Ermentrude, Carloman, fils de Pépin, les deux frères Carloman et Louis, fils de Louis-le-Bègue.

Le nom de chaque personnage était gravé ou peint sur le dossier du tombeau ; un surnom ou un détail caractéristique brièvement exprimé, venait quelquefois s'ajouter au nom ; ces inscriptions reproduisaient presque textuellement les termes du passage de la chronique de Saint-Denis relatif à la double translation. Elles avaient disparu avec les dossiers des monuments ; on les a rétablies ' en caractères du xiii* siècle sur la dalle qui porte chaque statue, et cela, malheureusement, avant de s'être bien assuré de la réalité du nom attribué à chaque personnage. H faudra donc gratter la pierre , à mesure qu'on découvrira les erreurs commises dans le classement.

Nous avons proclamé combien paraissent belles à nos yeux les statues consacrées par saint Louis à la mémoire de ses prédé- ('oss(*urs. En les examinant avec soin , on remarquera qu'elles

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