CHAPITRE PREMIER
Mpoicores des rois et prinees des trois dynasties.
Première dynastie. — Nous sommes à peine certains de Texislence des trois premiers personnages dont les noms figurent sur le catalogue des rois de France. Leur histoire est enveloppée de fables et de légendes. L'époque de leur mort et le lieu de leur sépulture nous sont complètement inconnus, malgré toutes les ingénieuses recherches de certains antiquaires qui s'étaient mis en quête du tombeau de Pharamond '.
Nous n'en saurions pas davantage sur la sépulture de Childéric I*', si des ouvriers qui creusaient les fondations d'une maison à Tournai, près de l'église de Saint-Brice, n'avaient mis à découvert, en 4653, la tombe ignorée de ce roi *. Elle contenait un grand nombre d'objets précieux , dont une partie existe encore au cabinet des antiques de la Bibliothèque royale de Paris. L'église de Sainte-Brice en a gardé une agrafe d'or qu'elle conserve soigneusement dans sa sacristie. Cependant, malgré le témoignage d'un anneau d'or qui portait l'effigie et le nom de Cbildéric, quelques critiques doutèrent que ce tom-
I. Mèmohrtê ie la Société des Antiquaires de France, t. m, p. 54. 1 Ùetenpti&n du Cabinet des Àniiqucê , Ghifflet, in Anastasl Gbild. reg.; MostfMKoa, Monumeniê de la Monarchie française^ t. i«r.
beau fût réellement celui du père de Clovis. Mézerai n*y croyait qu*à demi , et le sceptique Sauvai voulait que ce fût seulement la sépulture d'un Cbildéric qui parait avoir régné sur la ville de Cambrai '.
Clovis /«' et ses successeurs. — A dater de Clovis , les renseignements deviennent plus nombreux et plus exacts. On sait que ce premier roi chrétien eut sa sépulture à Paris, dans l'église des Saints-Apôtres, qu'il avait fondée après la victoire de Tolbiac, et qui prit depuis le nom de Sainte-Geneviève. La même église conservait sur un de ses autels , dans une châsse d'argent, les restes de la reine sainte Clotilde. A Tépoque de la destruction de cet édifice , en i801 , les démolisseurs découvrirent, dans le chœur, des tombeaux en tuf, d'un style trèsancien , qui avaient probablement contenu les corps de plusieurs personnages de la famille de Clovis.
Les premiers rois de Paris furent inhumés dans l'abbaye de Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés), fondée par Cbildebert. Les tombeaux des rois de Soissons étaient à Saint-Médard. Au milieu du dernier siècle , le tombeau de Chlodoald, petit-fils de Clovis , existait encore dans l'église collégiale de Saint-Cloud. A Poitiers, l'église de Sainte-Radegonde est restée fidèle dépositaire du cercueil en marbre de sa patrone, femme
4. Les principaux objets renfermés dans le tombeaa découvert à Tonniai étaient le squelette du priuce, une lance, une bacbe , un baudrier» une épée, deux auueaax, dont Tun marqué du nom et de l'efflgie de Cbildéric, deux crftnes humains, un reste de bousse, une tête et un fer de cbeval, un petit globe de cristal, un vase d'agate, plus de trois cents médailles d'or ou d'argent, antérieures à l'époque de la mort de Cbildéric, plus de trois cents petites figures en or, qu'on a prises pour des abeilles, des agrafes, des boucles, des restes de vêtemenls garnis pour la plupart de pierreries, enfin beaucoup d'autres objets en or dont la destination n'a pas été expliquée. Données en 1664 à Louis XIV par la cour de Vienne, ces antiquités ont été transférées du cabinet des médailles du Louvre au cabinet des antiques de la Bibliothèque royale. Legrand p'Aussy, des Sépultures nationales.
du roi Clotaire !*«•. Nous retrouverons à Saint-Denis quelquesuns des monuments dont la révolution a dépouillé l'abbaye de SainlrGermain-des-Prés. Gontran avait , dans Téglise de Beaume-les-Dames , un tombeau qui a été détruit. Quelques débris de celui de la célèbre reine Brunehaut se trouvent consentes dans une collection de curiosités, à Autun.
Premier prince inhumé à Saint- Denis. — Nous avons dit qu'une église existait à Saint-Denis avec un monastère , bien des années avant le règne de Dagobert. Chilpéric et Frédégonde y firent déposer le corps d'un de leurs enfants, qui portail le nom de Dagobert , et qui était mort presque aussitôt après sa naissance, au château de Braine. Fortunat composa en rbonneur de ce prince une épitaphe métrique en acrostiche, qu*on peut lire dans V Histoire de Saint-Denis par Félibien.
D€tgobert et ses successeurs* — Mais ce n'est que depuis sa restauration au vii^ siècle que SaintrDenis devint un lieu de sépulture royale. Dagobert l^, sa femme Nanthilde, son beaufrère Landégesile, ses fils Sigebert II et Clovis II furent inhumés dans réglise de l'abbaye. On croit que plusieurs des derniers rois Mérovingiens y reçurent aussi la sépulture. Les autres reposaient à Chelles , à Saint-Waast d'Arras , à Saint- BertÎD , à Saint-Étienne de Choisy en la forêt de Gompiègne. Les villes de Metz et d'AngouIôme, l'église de Saint-Romain de Blaye, l'abbaye de Jumiéges, et celle de Saint-Crépin de Soissons, ont aussi possédé quelques tombeaux de princes de la première dynastie.
Seconde tlynastie. Sépultures impériales. — Les monuments de Charles-Martel , de Pépin et de Berthe , de Carloman , frère de Charh»magne , de l'empereur Charles le Chauve et de riinpéralrice Krmontrude, de Louis el de Carloman, fils de Louis le Bègue, et enfin du roi Eudes qui repoussa les Nor-
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mands des portes de Paris, étaient tous réunis dans Téglise de Saint-Denis. Charlemagne avait voulu avoir pour tombeau son église impériale d'Aix-la-Chapelle, où de magnifiques reliquaires, œuvres des xii«, xiii* et xv« siècles, renferment encore sa tète et les ossements de son corps. La race de ce grand liomme régna un moment sur plus de la moitié de TEurope. Aussi rencontrait-on d'illustres sépultures de princes carlovingiens à Cologne , à Mayence , à Tabbaye de Priim , à Saint* Emmeran de Ratisbonne, à Saint-Nazaire de Loresheim, à Saint-Maximilien d'CEttinghen , à Tabbaye do Reichenaw, à celle d'Andlaw, à Vérone, à Saint-Ambroise de Milan, à Saint- Antoine de Plaisance. En France, des empereurs, des impératrices, des rois et d'autres personnages de la seconde dynastie avaient été ensevelis à Saint-Arnould de Metz , à SaintrPierre de Sens , à Bourges, dans les abbayes de Saint-Laurent et de Saint-Sulpice, à Saint-Martin de Tours et à Saint-Martin d'Angers, à Saint-Pierre de Lyon, à Sainte-Radegonde de Poitiers, à Saint-Corneille de Compiègne, à Saint-Rémy de Reims; à Saint-Fursy de Péronnc et à Saint-Médard de Soissons. Je ne cite que les sépultures les plus connues ; il faudrait un volume pour donner la nomenclature des tombeaux de tous ces princes.
Troisième dynastie. — Des trente-deux rois que la dynastie capétienne a produits, depuis Hugues Capet jusqu'à Louis XV, tous avaient à Saint-Denis leurs sépultures et leurs monuments, à l'exception seulement de trois : Philippe le"", inhumé à Saint-Benoît-sur-Loire; Louis VÏI, à l'abbaye de Barbeau, et Louis XI, à Notre-Dame de Cléry. Les tombeaux des reines, femmes des rois de la troisième race, n'étaient à Saint-Denis qu'au nombre de dix-huit. Celles qui avaient choisi ailleurs leur sépulture, reposaient dans les églises de Montmartre, de Villiers-aux-Nonains , de Fonlcvrould, de Pontigny, de Saint-
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Jean-lez-Corbeil, de Notre-Dame de Paris, de Maubuisson, des Cordelîers et des Jacobins de Paris, des Cordeliers de Vernon, des Dominicaines de Montargis, de Notre-Dame de Cléry, de Saint-Laon de Tbouars, des Capucines à Paris, à Vienne en Autriche dans le tombeau impérial , et à Westminster.
Depuis le xiii« siècle, l'usage s'était introduit de partager entre plusieurs églises les restes mortels des rois et des reines. Dans les premiers temps, les religieux de Saint-Denis firent, au sujet de ce partage , de vives réclamations ; ils se prétendaient en droit de posséder seuls les corps entiers des rois. Mais les Frëres-Précheurs et les Cordeliers l'emportèrent sur les Bénédictins ; leurs églises conventuelles furent admises à prendre des cadavres royaux , Tune le cœur, l'autre les entrailles. Le crédit des moines de Saint-Dominique et de Saint- François ayant diminué plus tard, leur privilège passa successivement aux religieuses de Maubuisson , aux Célestins , aux Jésuites, enfin aux Dames du Yal-de-Grâce. C'était au Val-de- Gràoe qo*étaient déposés dans une armoire de marbre et dans un caveau qui existent encore , les cœurs de presque tous les prioces et princesses de la maison régnante depuis Anne d'Autriche, fondatrice du monastère.
Monuments érigés pour les cœurs et les entrailles des rois, — Les monuments s'étaient multipliés depuis que l'usage a^-ait prévalu de faire ainsi trois parts de chaque roi défunt. \jè même personnage eut souvent jusqu'à trois tombeaux érigés dans des églises différentes. Ainsi , des monuments de marbre, surmontés chacun d'une effigie couchée, renfermaient le corps de Charles V à Saint-Denis , son cœur à la cathédrale de Rouen, et ses entrailles à l'abbaye de Maubuisson. Un vase admirable, tout sculpté, en marbre blanc, placé dans réglise des' religieuses de Haute-Bruyère, contenait le cœur do François l*' dont le corps avait pour sépulture, à Saint-Denis , un
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mausolée justement célèbre. Aux Célestins de Paris, le charmant groupe des trois Grâces , aujourd'hui conservé au Lour vre , portait le vase dépositaire du cœur de Henri II. Dans l'église de la maison professe des Jésuites, à Paris, des anges d'argent accompagnaient les cœurs de Louis XIII et de Louis XIV.
Sépultures des princes du sang royal, — A côté des tombeaux de rois et de reines, il n'existait à Saint-Denis qu'un petit nombre de monuments érigés à des princes, fussent-ils enfants de France. Des statues et des tombeaux de fils ou filles de rois se trouvaient à Saint-Corneille de Compiègne , à Saint-Louis et à Notre-Dame-de-Poissy, à Royaumont , à Longchamp, à Maubuisson, à l'abbaye du Pont-aux-Dames, à Saint-Antoine de Paris , à Saint-Martin de Tours , aux Annonciades de Bourges , à la cathédrale de Sens. Les princes de la maison royale qui étaient devenus chefs de branches, avaient choisi pour leur lignée une sépulture particulière dans des églises fondées ou enrichies par leurs libéralités, et dans lesquelles ils étaient assurés de tenir, sans contestation, le premier rang. Quelques-unes de ces sépultures l'emportaient en magnificence sur celles des rois. On ne pouvait voir, à Saint-Denis , rien de plus beau que les mausolées des ducs de Bourgogne et de Bretagne à Dijon et à Nantes. Nous citerons quelques-unes des sépultures les plus remarquables des branches collatérales de la dynastie capétienne.
La première maison de Bourgogne avait ses tombeaux à Cîteaux , à Cluny, et dans quelques autres grandes abbayes de ses domaines.
Les comtes de Vermandois étaient inhumés à Saint-Arûould de Crépy ; les comtes de Dreux , à Saint- Yved de Braine ; les sires de Courtenay , aux Dominicaines de Montargis, à l'âbbaye de Quincy et à celle de Fontaine-Jean; les comtes
d*ÂrU)is, aux Jacobins de Paris et à Notre-Dame d'Eu.
Les princes de la première maison d'Anjou, à San Domenico de Naples , à Saint-Jean et aux Dominicaines d'Aix , en Provence.
Les Bourbons , aux Jacobins de Paris , au prieuré de Souvi gny , à Aigueperse , à Saint-Georges de Vendôme , aux Jacobins de Lyon, à Tbouars, à la chartreuse de Gaillon.
L'illustre maison de Gondé , à l'église paroissiale de Valéry, en Boulogne ; à celle de la maison professe des Jésuites à Paris, aujourd'hui Saint-Paul-Saint-Louis, à Ghantilly et à Monlmoren(cy.
Les Conti, à Saint-Germain-des-Prés , à Saint-André-des- Arcs, à Paris, et dans l'église paroissiale de l'Ue-Adam.
Les comtes d'Évreux, dont plusieurs ont été rois de Navarre, aux Jacobins, aux Cordeliers et aux Chartreux de Paris, à Notre-Dame de Mantes et à la cathédrale de Pampelunc.
Les comtes de Valois et ceux d'Alençon , aux Jacobins de Paris et à Notre-Dame d'Alençon.
Les ducs de Bourgogne , seconde maison , à la chartreuse de Dijon et à Notre-Dame de Bruges.
Les ducs d'Orléans, aux Gélestins de Paris; les comtes d'Angouième, à la cathédrale d'Angouléme; les Longueville, aux Célestins de Paris et à la sainte-chapelle de Châteaudun.
La seconde maison d'Anjou , à Saint-Maurice d'Angers , à Saint-Julien du Mans, et dans plusieurs églises d'Aix, en Provence.
Les ducs de Vendôme, descendus de Henri IV, à Saint- (ieorgos et chez les Oratoriens de Vendôme.
La famille d'Orléans , issue do Gaston de France , frère de Louis XIII, avait un caveau dans la somptueuse église du Valde^rrâce.
Enfin, les branches illégitimes venues de Lc>uis XIV s'étaient
préparé des sépultures dans les églises principales de leurs domaines, à Rambouillet par exemple, à Dreux et à Sceaux.
Les monuments érigés aux princes de ces différentes branches de la maison royale , n*ont pas tous péri. Il en existe encore un nombre assez considérable. On peut voir à Versailles , dans les galeries de sculpture' du musée historique, des moulages exécutés sur la plupart des statues de princes et de princesses qui se sont conservées dans nos églises. Les plus remarquables ont été faits à Souvigny, à Nantes, à Dijon et à Bruges.
Nous avions pensé un moment à réunir dans un même ouvrage, non-seulement les reproductions dessinées de tous les monuments rassemblés à Saint-Denis , mais aussi celles des autres monuments de la maison royale qui existent dans la France entière ; nous voulions même aller chercher jusque dans les royaumes étrangers, à Westminster, à Vienne, à Rome, à l'Escurial, les tombeaux qui s'y trouvent de quelques princes ou princesses de sang français. Ce travail aurait été complet ; il embrassait une foule de sculptures précieuses à la fois sous le rapport de Tart et de Thistoire. C'eût été une iconographie de nos dynasties royales par les monuments. Les frais énormes d'une pareille entreprise nous ont forcé d'en ajourner indéfiniment l'exécution.