‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 6 sur 102 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

gftpltore» royales à Saint-Denis , leur nombre , leur andenne «Isposlilon.

Ènumétaiion des tombeavx et figures historiques. — Les monumeDte de rois , reines , princes et princesses , que renfermait autrefois l'église de Saint-Denis, étaient au nombre de trente-un , savoir : cinq chapelles sépulcrales , vingt-un sarcophages surmontés de statues , une colonne et quatre tombes plates. Les figures couchées, agenouillées ou posées debout, qui faisaient partie de ces monuments, représentaient cinquante-neuf personnages historiques différents; il faudrait ajouter à ce chiffre six statues , si Ton voulait compter les effigies doubles de plusieurs personnages. Dix monuments étaient en pierre, cinq en cuivre ou en bronze, seize en marbre ; le monument de Henri II, que je classe parmi les tombeaux de marbre, comprenait six figures de bronze. Indépendamment des effigies historiques , un grand nombre de basreliefs et de statues accessoires entrait dans la composition des monuments. Il y avait aussi plusieurs inscriptions gravées sur métal et appliquées isolément aux murs des chapelles.

Aucun des tombeaux de Saint-Denis n'est antérieur au xni* siècle, — Nous ne savons ni quelle était la forme, ni quel était le système de décoration des tombeaux érigés, dans réglise de Saint Denis , aux rois qui avaient régné dans les temps antérieurs au xiii'' siècle. Ce qui est certain, c'est que pts un de ceux qui existaient encore au moment de la révolution , n'appsirtenait à une é[)oque plus ancienne que le règne

de saint Louis ; ils étaient tous contemporains de la dernière reconstruction de l'église elle-même. La Petite Chronique de Saint-Denis rapporte que la translation des restes des rois dans le nouveau chœur, eut lieu en 1263, le jour de Saint-GriSgoire, et Tannée suivante. Comme elle ne fait mention ni de la translation de Dagobert , ni de celle de Tempereur Chéries le Chauve, il y a lieu de penser que ces deux princes restèrent dans le lieu où ils avaient été primitivement inhumés. Il ne paraît pas non plus qu'on ait alors rien changé aux sépultures des deux prédécesseurs immédiats de saint Louis, Philippe-Auguste et Louis VIIL

Série des tombeaux. — La série des tombeaux commençait par celui de Dagobert. Ceux des Mérovingiens étaient seulement au nombre de deux. La seconde dynastie n'était représentée que par huit monuments. Mais de Hugues Capet à Henri II, il ne manquait à la suite des rois que six personnages ; c'étaient d'abord ceux qui , comme nous l'avons dit plus haut, avaient choisi leur sépulture à Saint-Benoît, à Barbeau et à Cléry ; puis Philippe-Auguste , Louis VIII et saint Louis dont les tombes en argent ciselé avaient depuis longtemps disparu de l'église. Le dernier monument considérable élevé à Saint-Denis était celui que Catherine de Médicis avait fait construire pour Henri 11, et sous lequel un caveau conteinait leurs corps avec ceux de leurs enfants. On ne trouvait plus ensuite que deux inscriptions gravées sur cuivre qui s'efforçaient de faire en distiques latins un long éloge des vertus de l'infortuné Charles IX.

A l'exception de quelques personnages dont les restes n'avaient probablement pas été retrouvés au xiii« siècle , et de quelques autres, en très-petit nombre , dont les monuments avaient été déplacés , lors des changements faits depuis dans le chœur et dans le sanctuaire , le titulaire de chaque tom-

)eau reposait à la place même où s'élevait son monument et Hi ie voyait son efi&gie.

Monuments de ptcrrc — Les statues des Mérovingiens, des "^ovingiens et des premiers Capétiens , refaites dans la seconde moitié du xiii® siècle, sont de belles et nobles sculptures; mais il itérait difficile d'admettre, surtout pour les personnages les plus anciens, que les artistes qui les ont faites se soient guidés d'après quelques traditions sur la physionomie , sur la complexion ou même sur le costume des rois et reines dont il s'agissait de tailler la représentation. Ces figures exécutées en excellente pierre de liais, et qui se seraient conservées intactes si des barbares ne s'étaient avisés de les mutiler, ne sont donc pas des portraits. Elles ont d'ailleurs toute l'élégance, toute la finesse, toute l'intelligence que le xni^ siècle savait donner à ses meilleurs ouvrages. On retrouve aussi dans leurs poses, dans leur ajustement et dans l'expression do Irars traits cette gravité calme et majestueuse qui convient si bien à des statues sépulcrales.

Tombes de métal. — Louis VI était le dernier prince qui eût un simple monument de pierre. Quoiqu'elles eussent été détruites depuis plusieurs siècles, les historiens les plus modernes de Saint-Denis nous ont gardé le souvenir des riches tombes en métal ciselé qui avaient recouvert les sépultures de saint Louis , de son père et de son aïeul , le glorieux Philippe-Auguste.

Monuments de marbre. Statues-portraits. — Les monuments des successeurs du saint roi étaient tous en marbre, en ruivre ou en bronze. L'importance de ces tombeaux pour lliistoire et l'iconographie surpassait encore la beauté de la natiere et le mérite du travail. Sculptées ou modelées au nioneoi mémo de la mort des personnages, on peut avoir la cer-

titude que les statues en reproduisent désormais la blanco autant que Ta permis le talent de Tartiste.

Ainsi, en comparant la tète do la statue de Philippe-le-Hardi, fils de saint Louis , avec celles des statues antérieures, on acquiert immédiatement la conviction que Tune est le portrait véritable d'un homme, représentant le caractère de la physionomie avec les beautés ou les imperfections naturelles du visage, tandis que les autres sont des figures de fantaisie exécutées avec tout l'idéal du style adopté par l'époque qui les a produites. L'exactitude des costumes est encore plus assurée; on en peut suivre , à des époques très-rapprocfiées , les plus légères variations; vous voyez les armures se V^difier d*un règne à l'autre , les coiffures et les ajustemenê^^^es femmes suivre les caprices singuliers de la mode, les vêt^ients et les attributs royaux changer lentement leurs formes anciennes, enfin les insignes héraldiques s'éloigner peu à peu de leurs types primitifs et de leur signification originelle. Je ne sais si je me fais illusion à moi-même ; mais je m'imagine quelquefois, en examinant ces diverses statues de Saint-Denis , que je retrouve, à des générations éloignées, les caractères physiques du chef, de la race , et que je finirais par reconnaître, à la simple inspection des traits du visage, les personnages des difliôrentes branches de la maison royale. Aussi , ne saurais-je assez me plaindre de la légèreté déplorable avec laquelle a été traité le classement moderne d'un assez grand nombre de nwnuments et de figures.

Les Bwirbons inhtimés à Saint-Denis sans monuments. — Aucun tombeau royal ne fut érigé dans l'église de Saiot- Denis depuis la construction de celui de Henri IL Les guerres civiles qui remplirent la seconde moitié du xvr siècle ne lais* sèrent pas aux trois derniers rois de la branche des Valois le

DK 8A1NT*-D£1«IS. 39

loisir de se préparer une sépulture ; ils furenl réduits à venir chercher un dernier asile auprès de leur père , dont ils n'avaient pas même pu terminer l'immense et magnifique chapelle. Dix-sept ans après la mort de Henri IV (4627), les notables du royaume réunis à Paris décidèrent qu'ils prieraient le roi de faire travailler au tombeau de son père, dont la sépulture élait restée privée de tout monument. Mais il ne fut pas donné suite à cette résolution , le maréchal de Bassompierre ayant fait connaître à l'assemblée que la reine régente s'était constamment occupée du soin d'élever à Henri IV un tombeau digne de lui, et que des plans avaient été demandés aux plus fameux architectes de France et d'Italie, sans que cet appel à leurs talents eût produit le résultat qu'on était en droit d'en attendre. Quoi qu'il en soit, Henri IV n'eut jamais de tombeau, et l'usage prévalut de n'en plus ériger à aucun des princes ou (HÎncesëes de la maison de Bourbon qui furent inhumés à Saint-Denis. Uancien caveau dit des cérémonies, dans lequel le corps de chaque roi était jadis déposé provisoirement le jour des funérailles, et la partie centrale de la crypte, dont les arcs latéraux furent murés , devinrent un vaste caveau dans lequel les Bourbons de la branche ainée reposaient tous, rangés les uns à côté des autres. l\ n'y avait plus ni marbres, ni statues , ni tombeaux , mais seulement deux lignes de cerrueils de plomb posés sur des tréteaux de fer. En 1792 , le nombre des corps déposés dans le caveau était de cinquantequatre, depuis Henri IV jusqu'au dauphin, fils aîné de I^iiis XVl, mort le i juin 1789. Cet enfant prit la dernière place qui fût encore disponible; déjà on songeait à rétablissement d'une sépulture nouvelle; la révolution se chargea de rendre le caveau libre pour les rois à venir. Des inscriptions expiatoires» , aujourd'hui placées dans la crypte , contiennent les noms de tous les {Mîi'sonnages dont les restes ont été pro-

fanés en 1793; nous en indiquerons le contenu lorsque no«8 aurons à décrire plus loin les monuments de cette partie de l'église.

Disposition ancienne des tombeaux, — Les tombeaux des trois dynasties se trouvaient autrefois tous réunis dans l'église supérieure. Us occupaient une partie du chœur, le transept dans le sens de sa largeur entre le chœur et Tabside, la première travée de l'abside, et les quatre chapelles de Saint-Hippolyle, de Saint-Michel, de Notre-Dame-la-Blanche , de Saint- Jean-Baptiste , ouvertes sur les deux croisillons. Quand on se plaçait sur la plate-forme de l'abside, élevée d'un grand nombre de marches au-dessus du sol du reste de l'église , on les voyait presque tous à la fois. Ce devait être un grand et magnifique spectacle. L'art de quatre siècles apparaissait là dans ses œuvres les plus parfaites et les plgs intéressantes. On avait, sur la gauche, la chapelle de Dagobert, richement dorée et enluminée; à droite, sur un même tombeau, deux filsdePhilippe-le-Bel, deux reines et les deux premiers rois de la branche des Valois. Derrière la chapelle de Dagobert se montraient Charles V et ses deux successeurs, environnés d'un pompeux cortège de connétables et d'illustres guerriers. De l'autre côté, la chapelle de Notre-Dame-la-Blanche laissait voiries eflBgies de deux filles du roi Charles IV. Dans le travers du transept, les tombeaux érigés par saint Louis formaient deux lignes parallèles; les statues couchées, sans aucun détail d'ornementation, sur de simples socles en pierre , avaient été anciennement coloriées. Au pied des marches du maître-autel, on apercevait la tombe en cuivre de Marguerite de Provence, puis quelques tombeaux de marbre des successeurs de saint Louis; enfin, sur un plan plus reculé, entre les deux rangs des stalles du chœur, le monument de l'empereur Charles-le- Chauve. Du côté du nord , dans le croisillon et dans la cha-

pelle de Saint-Hippolyte, la colonne du cardinal de Bourbon, le tombeau de deux princesses mortes au xiv*^ siècle, le mausolée de Louis XII et celui de Henri II ^ rapporté dans l'église depuis la destruction de la rotonde des Valois, composaient une merveilleuse perspective que l'œil allait chercher à travers les clôtures à jour, les faisceaux de colonnettes , les retables découpés des autels, dans un lointain éclairé par de brillantes verrières. Au midi , le mausolée de François P*^ s'avançait à moitié du croisillon pour faire voir les cinq statues agenouillées sur son entablement, et auprès de ce chef-d'œuvre du xvi® siècle , on pouvait encore distinguer, dans l'ombre de la chapelle de Saint-Michel, le tombeau de Marguerite, comtesse de Flandres, placé entre quatre colonnes qui supportaient un dais d'une exquise délicatesse, sculpté en 1382. Le lecteur, afin de se rendre plus clairement compte de la disposition solennelle de tous ces monuments, voudra bien se reporter au plan que nous publions et dont les indications précises parlent un langage plus intelligible que nous ne pourrions le faire. Une description plus détaillée des tombeaux eût été prématurée en ce moment. Nous les retrouverons aux places qu'ils occupent aujourd'hui ; nous dirons alors ce qu'ils étaient dans leur structure primitive et ce qu'ils sont devenus. Quant à ceux que la tempête a brisés , nous en parlerons avec détail à la date de leur destruction.

Suppression de l'abbaye en 1790. — Lorsque l'assemblée nationale décréta la suppression des monastères et la vente d'^s biens du clergé, il n'y eut pas d'exception pour labbaye de Saint-Denis. La famille bénédictine qui s'y était maintenue trèâ-florissante , quitta en 1791 le séjour dont elle était en possession depuis douze siècles. Les mémoires d'un musicien attaché à l'abbaye comme organiste, contiennent un récit grave et pathétique de la dernière messe conventuelle que

42 MONOGBAPBIE

le prieur célébra , le jour du départ , en présence de tous ses frères. L'église fut cependant conservée intacte après la retraite des religieux ; elle reçut même en dépôt les reliques de la Sainte-Chapelle de Paris , dont le chapitre cessait aussi d'exister, et, ce qui semblera plus extraordinaire, elle se vit apporter quelques tombeaux restés sans asile. Le MoniUvr du 3 septembre 1791 donne à ce sujet quelques renseignements qu'il est bon de recueillir. Une commission de savants , établie depuis neuf mois à la bibliothèque des Quatre-Nations, avait proposé à l'assemblée nationale de réunir à Saint-Denis les monuments de la famille royale placés dans des églises ou dans des couvents supprimés. Cette proposition avait été accueillie avec faveur*. Lors de l'aliénation de l'abbaye de Royaumont, qui eut lieu en 1791, deux anciens religieux bénédictins, les sieurs Poirier et Puthod, se transportèrent dans ce monastère au nom de la commission. Ils y arrivèrent le 27 juillet, et commencèrent immédiatement l'examen dessépultures et des épitaphes. Les mausolées des princes de la

1. L'assemblée nationale, après avoir décrété que les biens du clergé appartenaient à \hi chose publique, chargea son comité d'aliénation de veiller à la conservation des monuments des arts qui étaient renfermés dans ces domaines. M. de Larochefoucauld , président de ce comité, réunit quelques savants et plosieiirç artistes pour procéder au choix des monuments et des livres que l'on voulait conserver. La municipalité de Paris, spécialement chargée, par l'assemblée nationale, de l'exécution du décret, nomma aussi des savants et des artistes pour les adjoindre à ceux que le comité d'aliénation avait choisis pour se faire assister par eux dans ses opérations. Ces savants, ainsi réunis, formèrent une commission nommée Commission des Monuments. Dès lors on chercha des lieux convenables pour recevoir les trésors que l'on voulait préserver de la destruction. Le comité d'aliénation affecta la maison des Petits- Augustins pour les monuments de sépolr ture et les tombeaux ; celles des Capucins, des Grands-Jésuites et des Cordeliers pour les livres, manuscrits, etc. La commission publia une instruction savante sur les moyens de coiiserver les objets précieux qu'elle se proposait de recueillir (Alexandre Lenoir, Musée des Monuments français). M. Lenoir fut adjoint à la commission, comme conservateur des monuments, le 12 octobre 1790; un décret du I janvier 1791 le conOrma dans ses fonctions.

Di: SAINT-DENIS. 43

{amille de saint Louis furent démolis avec adresse v c'est le Moniteur qui parle), les cercueils ouverts avec circonspection, les cendres recueillies avec soin. Procès-verbal de cet événement fut dressé devant le président du district de Gonesse. Le 1*' août, on transporta à Saint-Denis les cendres et les ossements étiquetés et scellés. Les monuments y furent également transférés. Le sieur Puthod de la Maison-Rouge publia un mémoire sur ce voyage dans le n« vu de ses Monuments de la France. #

Monuments apportes de Royaumont. -^ Le^ deux commissaires apportèrent à Saint-Denis les restes de sept princes et six monuments. Arrivés tout juste pour être profanés , les débris arrachés des sépulcres de Royaumont ne firent à Saint- Denis qu'un bien court séjour dans Tétroit caveau qu'on leur avait préparé. Une inscription, gravée en mémoire de la translation, existe encore dans la crypte. Les monuments, dont quatre sont en pierre coloriée et deux en cuivre émaillé, ont auM»i échappé à la destruction ; j'ai lieu de penser qu'ils ne Turent pas réédifiés à Saint-Denis, et qu'ils passèrent, peu de temps après leur premier déplacement, dans la collection du nius4!«c des Petits- A ugustins. ils sont maintenant rentrés à Saint-Denis, et fi^^urent au nombre dos plus intéressants tombeaux de l'église.

Page 1