CHAPITRE III
PersoDnaffes étrangers à la maison royale Inbumés à Saint-Denis.
A côté des sépultures royales se trouvaient celles de plusieurs personnages inhumés à Saint-Denis , les uns en vertu d'un privilège attaché à leur dignité , les autres par concession. La première catégorie comprenait les abbés et les grands prieurs; la seconde , les hommes qui , par leurs éclatants services, avaient mérité l'honneur, bien rarement accordé, d*étre associés aux rois dans leur dernière demeure.
Les abbés. — L'historien de Saint-Denis, dom Michel Félibien, nous apprend que, pour les abbés comme pour les rois, il n'existait aucun monument antérieur à la dernière reconstruction de l'église. Les sépultures de ces prélats ne présentaient que de simples inscriptions. ou des tombes plates, les unes en cuivre , les autres en pierre. Une épitaphe , gravée sur un© lame de métal, avait remplacé, au xvii® siècle , la tombe 8ur laquelle était tracée l'effigie de Suger. Mathieu, de Vendôme (1287), Gilles de Pontoise (1325), Guy de Castres (1350), Guy de Monceaux (1398) étaient figurés, en habits pontificaux, sur de grandes tombes de cuivre. Guillaume de FarreChal (1440), Philippe de Gamaches (1464), Antoine de la Haye (1505), Pierre de Gouffier (1517), reposaient sous des tombes de pierre ou d'ardoise gravées en creux. Nous avons cité , avec les monuments royaux, la colonne du cardinal abbé Louis de Bourbon. Aucun signe extérieur ne désignait la sépulture du cardinal de Retz, enterré à côté de la dernière colonne de la
grande nef, aa midi. C'était dans le croisillon méridional et dans le bas-côté voisin qu'étaient réunis les monuments des abbés.
Grands prieurs de V abbaye. — Les grands prieurs avaient des tombes à peu près semblables à celles dont nous venons de parler ; elles étaient toutes en pierre de liais, avec effigies, blasons et inscriptions gravés en creux. Félibien en cite treize, dont la plus ancienne était celle de frère Albert de Neufville, mort en 1361 , et la plus récente celle de frère Denis de Rubentel, mort en 1620.
Personnages illustres. — Le souvenir de quelques personnages qui avaient été enterrés à Saint-Denis avant la dernière reconstruction de l'église, quoiqu'ils ne fissent point partie de la maison royale , et que leurs fonctions ne lés eussent point appelés à Thonneur de cette sépulture, ne s'était pas conservé ; leurs monuments avaient disparu , et personne ne s'était occupé de les rétablir. A peine l'histoire a-t-elle enregistré leurs noms ; elle s'abstient surtout de nous apprendre si , avant le XIII* siècle, les prélats et les bienfaiteurs ne i)Ouvaient pas obtenir un tombeau à Saint-Denis, comme dans toute autre église abbatiale, ou s'il fallait dès lors une exception spéciale accordée par le roi. Depuis le règne de saint Louis jusqu'à celui de Louis XIV, douze personnages seulement avaient reçu , comme récompense de leurs services, l'honneur d'une sépulture auprès de celles des rois. Trois d'entre eux étaient morts sous la lente, devant les remparts d'une ville assiégée; six autres avaient péri glorieusement sur le champ de bataille , les armes à la main.
Pierre Chambellan et Alphonse de Brienne. — C'étaient d'abord Pierre, de la maison de Nemours, seigneur de Bai- ^aux, chambellan de saint Louis, et Alphonse, comte d'Eu , fils de Jean de Brienne , roi de Jérusalem. « Messire Pierre
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« Chambellan fut , dit Joinville , le plus loial homme et le « plus droicturier que je veisse oncques en la maison du roi... a l'homme du monde en qui le roy croioit plus. » Pierre avait ac<x)mpagné saint Louis en Egypte , en Syrie et à la désastreuse croisade qui termina le règne de ce grand prince. Alphonse de Brienne , oncle de saint Louis , était, suivant les termes de son épitaphe, moult saige et moult loial chevaliers. Tous deux moururent au service de Dieu et de Monsieur Loysy roy de France^ dessous Cartaige, au royauhne de Thunes f l'on de V incarnat ion de Nostrc-Seigneur MCCLXX, et furent enterrés en Véglise Monsieur saint Denis^ l'an de l'incarnation de Nostre-Seigneur MCCLJlXI, le vendredi devant la Penthecoste , le jour et l'heure quand Monsieur le roi Loysfut enterré, Pierre le Chambellan fut sans doulo honoré d'une tombe de métal , qui aura subi le même sort que les tombes voisines de Phi lippe- Auguste , de Louis VIII et de plusieurs fils de France ; « les ossemens Pierre le Chama bellan furent enterrez , comme on le lit à la chronique de « Saint-Denis, aux pieds du bon roy tout en la manière qu'il « gisoit à ses pieds quand il estoit en vie. » Le comte d'Eu , inhumé dans la chapelle de Saint-Martin, qui est la cinquième de la nef du côté du nord, eut un tombeau de cuivre doré, enrichi de plusieurs émaux et décoré de nombreux écussons. Une statue couchée le représentait revêtu de son armure de mailles. Les huguenots pillèrent et profanèrent cette sépulture, au rapport de Félibien et de Doublet; au dernier siècle, il ne restait plus qu'une longue et belle épitaphe tracée on grandes lettres sur la muraille; Félibien l'a transcrite en entier dans son histoire ; elle n'a pas laissé de traces dans la chapelle de Saint-Martin, dont les murs sont aujourd'hui recouverts d'une ornementation peinte aussi moderne que misérable.
Duguesclin , Louis de Sancerre , Bureau de la Rivière^ Barbazan. — Dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, Charles V et ses successeurs avaient voulu être entourés des hommes les plus illustres par leur dévouement à la France et au roi. Là reposaient Duguesclin , le plus habile et le plus heureux capitaine de notre vieille histoire ; son frère d'armes, le connétable Louis de Sancerre, dont la valeur décida le succès de la journée de Rosebèque ; messire Bureau , seigneur de la Rivière , le conseiller le plus fidèle de Charles V et de Charles VI ; enfin , le brave Arnaud de Guilhem, seigneur de Bar- Itazan, surnommé, avant Bayard, le chevalier sans reproche, tué à la bataille de Bulgnéville , en combattant pour René d'Anjou, duc de Bar, contre Antoine de Lorraine , comte de Vaudémont(1431). Duguesclin, le connétable de France et de Castille, avait inauguré le règne de Charles V par la victoire «le Cocherel , comme le grand Condé inaugura le règne de \jou\s XIV dans les plaines de Rocroy. Louis de Sancerre était le digne héritier d'Etienne, comte de Sancerre, tué en 1191, au siège de Saint-Jean-d'Acrc, et de Louis, tué à Crécy à côté de Philippe de Valois. Barbazan s'était acquis la renommée du plus hardi chevalier de son temps dans le fameux combat où sept chevaliers français restèrent vainqueurs, en 1 404 , de !M^t che\ aliers anglais.
Jean Pastourel et Sédile de Saînte-Croîx, — kcàléde Dupiesclin, Charles V avait marqué la place de Jean Pastouivl. un de ses principaux conseillers, président à la chambre (les comptes ; c'était le seul homme de robe à qui un pareil honneur eût été accordé, exception bien digne du caractère d'un prince fwcifique et législateur. Mais, vers la fin de sa vie, Paslimrel, désabusé dos grandeurs d\i monde, se retira dans l'abhaye de Saint-Victor ; il préféra une tombe obscure dans ce monastère à Téclat d'une sépulture presque royale, et ne do-
manda point d'être réuni à sa femme , qui avait été inhumée en 1380, à Saint-Denis, dans la chapelle de la très-sainte Trinité (laC de la nef).
Guillaume du C^as^e/.— Guillaume du Chastel, écuyer du dauphin Louis et panetier du roi Charles VII, périt le 20 juillet 1441, pendant le siège de Pontoise, en défendant le passage de l'Oise contre les Anglais commandés par le duc d'Yorck. Il plut au roi, pour sa grande vaillance et les sef' vices qui lui avoitfaiz en maintes manières^ que ce noble homme fût enterré à Saint-Denis. Son tombeau, ses armoiries et sa statue se voyaient contre le mur du croisillon septentrional , à rentrée de la chapelle de Notre-Dame-la-Blanche.
Louis de Pontoise. — Louis XI ayant vu tomber à ses côtés, à l'assaut de la ville du Crotoy, le chevalier Louis de Pontoise, ordonna que le corps de ce vaillant capitaine de gendarmes fût porté à Saint-Denis. Les religieux l'inhumèrent dans la chapelle de Saint-Louis, qui était la troisième de la nef, au nord. L'assaut du Crotoy avait eu lieu le 8 août 1475.
Sépultures concédées par Louis XIV, — Enfin, Louis XIV associa aux honneurs de la sépulture royale le duc de Châtillon, le marquis de Saint-Maigrin , capitaine-lieutenant des chevau-légers de la garde et lieutenant général , et le maréchal de Turenne. Le duc de Châtillon, tué en 1649 à la prise de Charenton, fut inhumé sous une simple tombe en pierre de liais. Un monument de plomb, en forme de trophée, modelé par Slodtz, s'élevait, dans le collatéral du midi , en l'honneur de Jacques Stuer de la Caussade, marquis de Saint-Maigrin, tué le 2 juillet 1652, sous les yeux de Louis XIV, au combat du faubourg Saint-Antoine. Turenne eut un mausolée magnifique dans la chapelle de Saint-Eustache , la seconde de l'abside au nord.
Il n'est pas sans intérêt de savoir en quels termes s'expri-
mait Louis XIV dans les lettres adressées aux religieux de Saint-Denis, au sujet de la sépulture de ces trois personnages. Nous empruntons quelques lignes aux documents originaux , dont le texte se trouve tout entier dans les pièces justificatives de rhistoire de dom Félibien.
Le duc de Ckâtillon. — a Désirant faire connoistre à toute la France la satisfaction qui nous demeure des grands et considérables services rendus à cet Estât par feu nostre très-cher cousin le duc de Chastillon, et tesmoigner le ressentiment que nous avons d*une si grande perte, dans la résolution que nous avons prise de faire rendre à sa mémoire tous les honneurs que de si signalez et recommandables services luy ont fait mériter de nostre affection, voulant luy faire faire un service à nos despens et que son corps soit inhumé en vostre église, qui est le dépost de tant de rois et de tant de grands et illustres personnages qui ont si dignement servy cette monarchie, nous vous faisons cette lettre de l'avis de la reyne régente , nostre très-honorée dame et mère, pour vous dire que vous ayez à l'y recevoir et l'y faire inhumer avec toute la pompe et la cérémonie qui se pourra. »
Le marquis de Sainf-Maigrin, — « Les grands et recommandables services qui nous ont esté rendus par le feu marquis de Saint-Maigrin, capitaine-lieutenant des chevau-légers de nostre garde et lieutenant général de nos armées , et les preuves continuelles qu'il a données d'une valeur extraordinaire dans toutes les occasions où il s'est trouvé, nous ayant fait ressentir avec beaucoup de douleur la perle que nous en avons faite au dernier combat qui s'est fait dans les fauxbourgs de nostre bonne ville de Paris, entre nostre armée et celle des princes qui ont pris les armes contre nostre service, nous ne pouvons mieux tesmoigner le sensible regret qui nous en demeure qu'en prenant seing de faire rendre à sa mémoire les
honneurs que son courage et sa vertu luy ont fait mériter; c*est ce qui nous a fait résoudre de lui faire faire un service à nos despens , ordonner que son corps soit enterré dans la mesme église où les rois nos prédécesseurs ont estably le lieu de leur sépulture , plusieurs desquels ont honnoré de semblables faveurs les grands et illustres personnages qui les avoient dignement servis. »
Turenne. — La lettre dans laquelle le roi témoigne son admiration et sa reconnaissance pour la mémoire de Turenne est à elle seule un monument ; nous craindrions d'en rien retrancher et d'en affaiblir les nobles expressions. « Chers et bien amez, les grands et signalez services qui ont esté rendus à cet Estât par feu nostre cousin, le vicomte de Turenne, et les preuves éclatantes qu'il a données de son zèle , de son affection à nostre service, et de sa capacité dans le commandement de nos armées que nous luy avons confiées avec une espérance certaine des heureux et grands succès que sa prudence consommée et sa valeur extraordinaire ont procuré à nos armes, nous ayant fait ressentir avec beaucoup de douleur la perte d'un aussi grand homme et d'un sujet aussi nécessaire et aussi distingué par sa vertu et par son mérite, nous avons voulu donner un tesmoignage public digne de nostre estime et de ses grandes actions, en ordonnant qu'il fustrenda à sa mémoire tous les honneurs qui peuvent marquer à la postérité l'extrême satisfaction qui nous reste, et le souvenir que nous voulons conserver de tout ce qu'il a faict pour la gloire de nos armes et pour le soutien de nostre Estât; et comme nous ne pouvons en donner des marques plus publiques et plus certaines qu'en prenant soin de sa sépulture, nous avons voulu y pourvoir en telle sorte que le lieu oii elle seroit, fiisl un tesmoignage de la grandeur de ses services et de nostre reconnoissance ; c'est pourquoy, ayant résolu de faire bastir
dans réglise de Saint-Denys une chapelle pour la sépulture des rois et des princes de la branche royale de Bourbon, nous voulons que , lorsqu'elle sera achevée , le corps de nostredit coastn y soit transféré, pour y estre mis on lieu honorable , suivant Tordre que nous en donnerons; et cependant nous avons permis à nos cousins le cardinal et le duc de Bouillon , ses neveux, de mettre son corps en dépost dans la chapelle de Saint-Eusiache de ladite église de Saint-Denys, et d'y eslever un monument à la mémoire de leur oncle, suivant les desseins qui en ont esté arrestez ; c'est de quoy nous avons bien voulu vous donner avis, et vous dire en mesme temps que nous voulons que vous exécutiez ce qui est en cela de nostre volonté , en faisant mettre ledit corps dans la cave de ladite chapelle et en laissant la liberté aux ouvriers de travailler audit monument jusqu'à son entière perfection. Si n'y faictes faute : car tel est oostre plaisir. Donné à Saint-Germain en Lave, le XXII* jour de novembre 1675. Signé, Louis. Et plus bas, Col- BEMT, Et sur le reply : A nos chers et amez les abbé, prieur et religieux de l'abbaye royale de Saint-Denys, en France.
Le projet de la construction d'une chapelle pour la sépulture liarticuliëre des princes de la branche royale de Bourbon ne fut jamais exécuté ; le monument et le cercueil de Turenne étaient encore dans la chapelle de Saint-Eustache quand la révolution vint les en expulser.
Nous avons essayé de dire ce qu'étaient les monuments de Saint-Deois , d'en décrire Tordcnnance , la disposition et Tornementalion telles qu'elles existèrent juscfu'en 1793. Nous louchons maintenant à l'époque où ils furent profanés, mutilés (H menacé» d'une destruction complète.