CHAPITRE IV
Violation des Tombeaux.
Décret de la convention, anniversaire du iOaoût 179Î. — Les monuments de Saint-Denis, ou plutôt de Franciade (car la ville avait abjuré son vieux nom, qui sentait trop le fanatisme , pour en prendre un plus républicain) importunaient la convention nationale. Dans la séance du 31 juillet 1793, Barrère fit de leur destruction l'objet d'un rapport présenté au nom du redoutable comité do salut public. Après avoir proposé de réduire les enfants de Louis le conspirateur à ce qui pouvait être strictement nécessaire pour deux simples individus, et d'abandonner Marie-Antoinette à Taccusateur public, le rapporteur ajoutait : a Enfin, le comité a pensé que^ « pour célébrer la journée du 10 août, qui a abattu le trône, « il fallait, dans son anniversaire, détruire les mausolées fes- « tueux qui sont à Saint-Denis. Dans la monarchie, les tom- « beaux même avaient appris à flatter les rois. L'orgueil et le « faste royal ne pouvaient s'adoucir sur ce théâtre de la mort ; « et les porte-sceptre qui ont fait tant de maux à la France et à « l'humanité semblent encore, môme dans la tombe, s'enor- « gueillir d'une grandeur évanouie. La main puissante de la « république doit effacer impitoyablement ces épitaphes su- « perbes et démolir ces mausolées qui rappelleraient des rois « l'effrayant souvenir. » L'assemblée sanctionna par un décret les conclusions du rapport. Un des considérants de ce décret portait que la nation était en péril et manquait des canons nécessaires à sa défense ] qu'il fallait nommer des commissaires
qui se transporteraient à Saint-Denis à l'effet de procéder à Texhumation des ci-devant rois et reines, princes et princesses dont les corps étaient renfermés dans les caveaux de cette église, que leurs cercueils seraient brisés , que les plombs et les bronzes seraient fondus, puis envoyés dans les ateliers nationaux pour être convertis en armes et en munitions de guerre. Dom Poirier, ancien bénédictin , fut nommé commissaire de rinstitut, et chargé d'assister en cette qualité à Texhumalion. Quelques jours plus tard, le 15 du même mois d'août, le Moniteur annonçait, d'une voix triomphante, Texécution complète et rigoureuse du décret par lequel la convention avait ordonné que les tombeaux des rois fussent renversés pour l'anniversaire de la victoire remportée le 10 août 1792 l>ar le peuple de Paris sur le vieux despotisme. On pourrait croire cependant que dès lors les journaux officiels se formaient à savoir déguiser la vérité. Car, le 7 septembre, le rx)nventionnel Lequinio disait à la tribune nationale : « Je dénonce Tinexécua tion du décret qui ordonne l'entière démolition des tombeaux tt de nos anciens tyrans à Saint-Denis. Sans doute, en détruiu sant ces restes du despotisme, il faut conserver les monu- « ments des arts; mais il faut qu'au lieu d'être des objets d'i- « dolâtrie, ils ne servent plus qu'à nourrir l'admiration des « amis des arts, l'émulation et le génie des artistes. » Un autre député, moins farouche iconoclaste, ayant fait observer à l'as- S4>nibléc qu'il ne restait plus que quelques monuments précieux et que cela regardait la commission créée pour cet objet, il fut décidé que toutes les réclamations relatives aux monunients de Saint-Denis seraient renvoyées à l'examen de cette commission. Deux ans après, Tabbé Grégoire, dans son important rapport sur les destructions opérées par le vandalisme révolutionnaire , n'osa pas élever le moindre blâme contre la \iolatioD des sépultures royales; à Franciade, disait-il au con-
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traire, la massue nationale a justement frappé les tyrans jusque dans leurs tombeaux. Il n'aurait pas été difficile d'ailleurs de contester à Tabbé Grégoire le droit de récriminer contre les destructeurs; la ville de Blois l'accuse encore aujourd'hui d'avoir fait briser , tandis qu'il jouait le rôle peu catholique d'évéque constitutionnel du département de Loireet-Cher, une précieuse statue équestre de Louis XII, placée au-dessus de la grande porte du château.
Procès-verbal de la destruction des tombeaux. — Dom Poirier ", qui avait du moins conservé de son premier état un amour tout bénédictin pour la science et pour les études historiques , dressa froidement le proçès-verbal de l'exhumation faite à Saint- Denis. C'est un document trop essentiel pour que nous puissions songer même à l'abréger; nous allons donc le publier en entier, persuadé que ce ne sera pas le chapitre le moins intéressant de notre livre.
\ . Dom Poirier a été archiviste de l'abbaye de Salot-Deais. U a laissé plnsieirs dissertations manascrites qai sont conservées à la bibliothèque royale, ii Paris.