‹ Monographie de l'église royale de Saint-Denis: tombeaux et figures historiquesChapitre 88 sur 102 · Bliusée des Monuments français, n · texte numérisé non relu

Bliusée des Monuments français, n

restitulion immédiate. Nous l'avons vu dans la nef de Téglise de Noire-Dame. A l'exception du chapelet, de la main de justice et du sceptre que nous n'y avons pas retrouvés, la statue du prince et les quatre enfants qui l'accompagnent , sont tels encore que La Fontaine les a décrits. La disposition des figures est à peu près la même ici qu'elle était au tombeau de bronze de Charles VIIL

Saint-Denis ne possède de Louis XI qu'une effigie en pierre haice moulée sur un buste qui passait pour authentique et qui aurait été apportée de Cléry au musée des monuments français '. Cette sculpture ne ressemble nullement à la statue dont nous venons de parler ; mais elle rappelle parfaitement tous les portraits connus de Louis XL Le caractère singulier du prince •e peint dans les traits de son visage. Le vêtement consiste en une espèce de casaque à manches sur laquelle s'étalent les coquilles , les torsades et le médaillon du collier de l'ordre de SaintrMichel. La tête est couverte d'une coiffe avec un bonnet en fourrure par-dessus; c'est au côté droit de ce bonnet que se trouve attachée la fameuse Notre-Dame à laquelle le roi adressait , quand il avait peur, de si ferventes prières.

Le buste a pour support une colonne en pierre qui vient du château de Gaillon ; elle est sculptée de petits personnages posés dans des niches, d'arabesques, de feuilles, d'oiseaux et de mascarons. La pierre de cette colonne , comme toute celle qui fut employée au palais du cardinal d'Amboise, contient des rognons do silex auprès descjnels le ciseau a été contraint de passcT sans y pouvoir mordre.

96-101. Tombeau de la maison d'Orléans (des Céloslins de Paris '}. —Louis, duc d'Orléans, ce second fils de Charles V,

I . Ciitaloffue //<• (Y Musée, ii» 443. Le bnsu; u'a reparu dans aucune coUeclion liublique ; il (>st sans doute enfoui dans quelque magasin royal. 2. Mu'iée des Monuments françats, n©» 77, 78 et 80.

as.

29i MONOGRAPHIE

dont la fm fui si tragique, rci>osait sans monument, sous Tauloi d'une chapollo qu'il avait fondée et richement dotée, à Paris, <lans l'éiïlise des Célostins. Louis XII, qui était petit-fils do ro prince, lui consacra, en 1504, un superbe mausolée, dans lequel il fit inhumer aussi les corps de son aïeule Valenlinc do Milan, de son pèro Charles, duc d'Orléans, et de sod oncle Philippe, comte de Vertus. Ce tombeau s*élevait au milieu d'une grande chapelle, dite la chapelle d'Orléans ; il élait entouré d'une foule d'autres monuments funéraires dont la réunion formait un des plus précieux musées du monde. C'étaient la statue de l'amiral Philippe de Chabot , sculptée par Jean Cousin, le groupe des Trois Grâces, œuvre de Germain Pilon; les colonnes d'Anne de Montmorency, de François II cl (le Tinioléonde Brissac; l'obélisque des Longueville, tout riî^olé do bas-rolifs et tout environné de statues : le tombeau do Koné d'Orléans , dont nous décrirons un peu plus loin les admirables fragments, et enfin celui de Henri, duc de Rolian, dontMiohol Auguier était l'auteur. La dispersion des sculptures (luicompoïîaicnt cet ensemble sans pareil, et la destruction do la (hapelle qui les renfermait, sont un des plus monstrueux actes de vandalisme accomplis de notre temps.

Le nom du sculpteur à qui Louis XII confia Texécution du mausoloo de ses ancêtres, ne nous est pas connu. Nous inclinons à croire que le travail de ce monument appartient à l'école italionno do la Renaissance, Antérieur d'environ quinze ans au tombeau de Louis XII , il accuse un style beaucoup plus avancé dans la voie de l'art moderne. La disposition en élait originale. Un vaste socle quadrangulaire , entouré de colonncUes , de niches et de figures, portait les deux statues couchées de Charles, duo d'Orléans, et de son frère Philippe , onlro los(iuollcs s'élevait un sarcoi)hage surmonté des statues do Louis et do Valentino Le monument avait ainsi deux éla-

^cS ; les plâtres moulés que nous possédons au Louvre du mauflotée du roi d'Espagne , Philippe le Beau , pourraient donner une idée assez exacte de Tensemble de celui-ci.

Le tombeau des d'Orléans fut porlé aux Petits-Âugustins avec tous ses accessoires ; il n'en a pas moins perdu sa forme ancienne et son aspect primitif. De ses membres dispersés on a composé trois monuments, dont le plus considérable â reçu^ avec les statues de Louis et de Valontine , la meilleure partie des sculptures secondaires. Vingt-quatre statuettes représentant les douze apôtres et douze martyrs remplissaient les niches du grand socle ; quinze de ces figures seulement sont en place aujourd'hui ; nous ignorons quel a pu être le sort des neuf autres; nous croyons cependant qu'il en existe encore quelquesunes au milieu de la multitude d'objets de toute espèce enlassés confusément dans les magasins de l'église.

Les effigies de Louis de France et de sa femme Valentine reposent sur un lit couvert d'une draperie à losanges fleurdelisées. Deux coussins ornés d'entrelacs , de glands et de mascarons, sont posés sous la tète de chaque personnage. Des traces d'azur et d'or se voient encore sur les coussins et sur la dra- |)erie. Le duc porte, comme la duchesse, une couronne incrustée de pierreries et surmontée d'un rang de perles séparées les unes des autres par de petites pointes. Tous deux ont les cheveux longs.et rejetés en arrière, les yeux fermés et les mains jointes. Leurs traits beaux et réguliers ont été soigneusement modelés. Un large et long manteau à chaperon d'hermine et à manches [tendantes descend jusqu'aux pieds du prince et laisse à piMne voir la tunique. La rhaussiire se termine carrément. Un tout petit lion est posé sur les derniers pans du manteau, un |M»ii au-dessus des pieds.

Valentine semble dormir d'un sommeil paisible auprès do cet époux dont la mort lui causa de si touchants regrets.

2i)0 MONOGIIAPHIE

Ui tète serait irréprochable si un léger défaut du marbre et une sorte de conlraction à la lèvre supérieure n'en altéraient la hcaiité. La robe est très-longue; un surcot d'hermine serre la lailio et s'arrondit sur les hanches. Un chien , posé sur les pieds, regarde tristement sa maîtresse '.

Les deux grands côtés du socle qui soutient les statues, sont revêtus d'une partie de l'arcature dont le tombeau primitif était entouré. Chaque côté comprend cinq arcades ou niches contenant un pareil nombre de figurines. L'architecture en est exquise. Des guirlandes ornent les pieds-droits et les archivoltes; des culonnettes cannelées, à chapiteaux composites, portent une corniclie du travail le plus élégant. Les niches s'arrondissaient aulrofois et se terminaient en coquilles; aujourd'hui elles n'ont plus que des fonds plats. Ces fonds ont été faits avec despla- (pios (lo marbre noir arrachées à d'autres monuments, et au revers des(iu elles sont encore gravées , comme nous avons été à niém(! de nous en assurer, des inscriptions en lettres gothiques. Les statuettes, dont le travail est médiocre, représentent huit apôtres , et les deux saints diacres Laurent et Vin- (!ent. Los apôtres sont tous vôtus d'une robe et d'un manteau, chaussés de sandales , et barbus à l'exception de saint Jean. La plu[)art des attributs qu'ils tenaient ont été refaits. On ne reconnaît d'une manière certaine que saint Paul, saint Jean et saint Jacques le Mineur. Les deux diacres sont en dalmatique; un agneau pascal avec le nimbe croisé et l'étendard, est ligure sur le vêtement de saint Laurent; sur celui de saint Vincent, il y a un saint nom de Jésus au milieu d'un soleil rayonnant.

Le musée des Petits-Augustins, d'abord, puis la reslaura-

1. Le corps de Valeiitine reposa de \ 408 à 1304 dans Téglise des Gordeliers de lUois, sons un lombeau de cuivre décoré d'une effigie cl porté par quatre lions ; (;e monumenl a été fondu.

tion de Saint-Denis , ont sali ce monument de plates inscriptions profondément taillées dans le marbre. Des plaques du marbre blanc le plus commun remplacent Tarcature à la tète et au pied du socle. Deux petits écussonsen marbre noir, tirés des Célestins , ont été rapportés du côté des pieds; Tun est blasonné des armes d'Orléans, l'autre écartelé d'Orléans et de Milan qui est d'argent à la guivre d'azur couronnée d'or à Tissant de gueules ; des couronnes surmontent ces armoiries.

Le tombeau du comte de Vertus ne consiste qu'en un socle de marbre noir moderne et dépourvu d'ornementation. Le costume de la statue ne diffère en rien de celui de Louis, duc d'Orléans ; les accessoires sont aussi les mêmes ; seulement le comte n'a pour couronne qu'un simple bandeau semé de pierreries. Un écusson de marbre noir aux armes d'Orléans, de même origine que ceux qui ont été cités plus haut, se voit aussi au pied du tombeau. L'animal posé sur les jambes du prince est une espèce d'hermine.

Charles, duc d'Orléans , a laissé un nom illustre dans les lettres ; ses poésies, qui tiennent un des premiers rangs parmi les œuvres du xv« siècle , attestent une facilité de style et une délicatesse d'esprit peu communes. Ce prince passa une grande partie de sa vie en Angleterre; fait prisonnier en 4415, à la bataille d'Azincourt , il ne rentra en France qu'au bout de vingt-cinq ans. Son effigie est pareille à celle de son père pour tous les détailsde costume et d'ornementation; la tête a encore plus de beauté et d'élégance. Comme celles des trois autres statues, les mains, qui étaient travaillées avec beaucoup de soin, ont été grossièrement restaurées. Un petit porc-épic, très-bien sculpté, qui se trouve posé sur les pieds du prince, rappelle rin?titulion par Charles d'Orléans d'un ordre de chevalerie dont cet animal était l'emblème. C'est pour la même raison

que lo porc-épic so rencontre souvent dans les monuments do Louis XII.

Vno suite de cinq arcades en marbre qui proviennent de lancion mausolée des Célestins , forme le devant du socle de la statue. Elles sont en tout semblables à celles que nous avons décrites. Saint Pierre, qui tient ses deux clefs, saint Jean- Baptiste, vêtu d'une tunique en peau de bête, et trois autres statuettes représentant des apôtres , se tiennent debout sous les arceaux. La figure de saint Jean-Baptiste est la meilleure de toutes. Les quatre apôtres ici placés complètent avec les huit de l'autre partie du tombeau le nombre de douze. Un écusson de marbre noir a été encastré à Textrémité du socle ; il est mi-parti d'Orléans, et d'autre part écarlelé de France ancien et de Milan.

Deux colonnes octogonales en marbre blanc accompagnent lo monument; elles étaient destinées à recevoir, pour la continuation de la série des rois, les bustes de Charles Vlil et de Louis XII. La i)lace occupée dans le caveau royal par les cercueils de Louis XVI et de Marie-Antoinette , correspond exactement au cénotaphe de Charles d'Orléans.

Trois inscriptions gravées sur marbre noir en lettres gothiques, faisaient en vers et en prose l'histoire du tombeau dans la rliapcllo dos Célestins ; leurs encadrements comprenaient les écus>ons que nous avons eu à mentionner. Les fragments d'une (le ces inscriptions se sont vus longtemps dans les décombres du chantier; les deux autres, conservées avec plus de soin , so lisent maintenant, la première au-dessus do l'effigio du comte do Vertus, la seconde auprès do la statue du duc Charles. Nous en donnons le texte entier.

LunOUICOS REX XII* quieti

Perpétue et memorie perenni

IlLUSTRISSIMORUM PRlNCIPtmi LUDOUICI ATI. VALENTINE ATIB.

Karoli PATRIS piissimorum

PlENTISSlMORQZ PARENTUM

ac philippi patrui Féliciter

M. yc. iiii.

Hoc TRCUM ILLU8TRIS PARIO LUDOUICE SBPULCBRO JUCTA TALBIITINB CONIUGIS OS8A CUBAHT.

Embrito IMSUBRIS TIBI ICRA DUCALU SCBPTRI TraDITA LEGITIME PRE!dIA D0TI8 BRANT.

SobIACBT et CAROLO CLAUSUS CÎJ FRATRB PBILIPPUS

Inclita lAM oestri p;gnora bima thobi.

MaGNIFICDS CAROLO NASCENS LUDOCICU8 AB ALTO lise P08UIT LARGA BUSTA 8UPBRRA MANU.

Sforgiadbm indigna pepclit qui EX SBDB tiraiiûm:

Et 8UA QUI 8ICULAS 8UB lUGA Mi8IT 0PB8.

Ut TANT08 DECORATA DUCES AURBLIA lACTAT :

OaLLICA sic ILLO 8CEPTRA TBNBTB TUMBNT :

402, 403. Caveaux des Condés. Cercueils d'anciens rois. — Comme auprès de la statue de Hugues Capet, au commencement de la galerie absidale , nous rencontrons ici, à l'autre extrémité de la même galerie, plusieurs petites salles plongées dans des ténèbres éternelles. C'est dans un de ces caveaux dont une grille de fer clôt l'entrée, et auquel on arrive par un étroit corridor, que reposent Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, mort le 43 mai 4818, et Louis Henri-Joseph de Bourbon , son fils y duc de Bourbon , prince de Condé , trouvé mort dans sa chambre à coucher, le 27 août 4830. Le mystère de la fin tragi(iue du dernier des Condés est encore envelopjHî d'obscurités , dans lesquelles on doit craindre de sengager témérairement. Des socles carrés en marbre noir

KporSR BARS l'SPOOl , RT ROTHB SANS EOTAUHB VaIKB OMBKR du PA98R, GRAND ET MOBLB FARTOSMB Kl.LB TRAïailA PBPCI8 LB8 RB8TS8 DB BON SORT, Et V18T JtI8QU'A 80N ROM MOURIR ATART SA MORT '.

ANNA GBNOVBFA BORBONIA

DUX LONGAVILLJSA

POST Gl'STATUM IN PRIMA iETATR GbRISTUU AMORR 90RCUL1 P08TM0D0H ABRBPTA BT BBLL18 CIVII.1BU8 1NF0BL1CITATB TBMPORUM IMPLICITA, DrO TANDBM RbGIQUR BBCOHGI- LIATA, POKfllTRNTIAM ALTO CORDR CORCSP- TAM CORPOR18 AFFLICTATIORB, ANIMI DOLORB, PI8TRIBL'TI8 IN PROYINCIAS QUA8 lELI.VM AF- FBCBRAT PBCUK118, DBTRACT18 BX EO QUOD 8IBI DREBAT IR. PAUPBRB8 BT TRMPLORUM OBRAMBNTA DON», INJURIARUM 1BMI8810NB PER ANN08 XXVll. PROTRACTAM , DbI UNIU8 ET EcCLESIiB AMORB CAPTA, JU8TIT1AM RSt'RlBNS ET 81TIBN8 , ATQUB BÔ MI8BRI- -CORDIA CBRTIOR PRBTIOSA MORTB GOMU- LAVIT XV. APRILIS M. DG. LXXIX.

<:0R SUUM IN CONJUNCTI88IMO 8111 M0NA8- TBRIO CONDI YOLUIT.

Requieseai in pâte ».

108. rase du cœur de FrançoU 1" (de l'abbaye de Hautes-Bruyères)® . — François 1*' mourut au château de Ram-

1. Le vers placé entre deux gaillemets a été omis sur le marbre.

J'ai vu à Saiut-I)onis, parmi des fragments, les restes d'une longue inscription qui avait été placée daus l'église des Petits-Angustins , sur la sépulture du cœur de Marguerite. Le savant avocat général Servin ravait, comme on disait alors, curieusement latinisée.

2. Anne de Bourbon fit achever, dans l'église des Célestins, le msgniflijDe monument des Longueville qui fut sculpté par les frères Augoier, et qui aurait dû venir à Saint-Denis; il est au Louvre, où les débris s'en trouvent dispersés dans trois ou quatre salles.

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