CHAPITRE DEUXIEME
présenté par le sieur Pauthot (1), peintre ordinaire de ceste ville, et mesme approuvé par le dict
« seigneur, et en ayant trouvé le subject, l’ordre et la conduite propre où il doit être exécuté,
« lequel (Pauthot) pour cet effect auroit appelé et joint avec luy les plus grands peintres qu’il
« auroit pu rencontrer, et entr'autres le sieur Blanchet (2), venu recentement d'Italie, de passer prix
« faict de toute la peinture à huile qu’il conviendra faire dans la voulte à cannes de la grand’salle
« du nouveau Hostel-de-Ville, pour le prix et somme de 12,000 livres et 30 louis d’or en estrennes,
« et paraffé le dict desseing, ainsy qu'il sera plus amplement porté pour le prix faict qui se doit
faire en conséquence du présent 4
Il ne reste, malheureusement, aucun dessin de la décoration de cette
alle, sauf une esquisse
attribuée à Blanchet, de la peinture projetée pour la voite et conservée aux archives; nous
Menestrier en
suppléerons donc autant que possible à cette lacune par la description que le père
a faite en 1669 et que nous reproduisons ici :
« La salle dans laquelle on entre par ce balcon (le pallier du grand escalier) est longue de
« 82 pieds, large de 38 pieds. Elle d'une belle hauteur, voûtée, avec une tribune à loger un
« concert de violons et de musique, bien éclairée et ornée de quat
belles grandes statues des « vertus cardinales, aussi de la main du sieur Mimerel : elle est ouverte sur le milieu pour passer « au balcon qui regarde sur la place des Terreaux, et sur le milieu de l’autre costé, est une montre « dont les mouvemens marquent les Heures, les Jours de la Semaine, et les faces différentes de la « Lune, selon ses accroissemens et ses décours, au dessous est l'entrée de la chapelle, sur l’autel
« de laquelle est un excellent tableau du Palma, de la Descente de Croix. »
L'horloge de la grande salle était accompagnée de sept
ires en bois, représentant les sept planètes, faites pour désigner les sept jours de la semaine, et sculptées par Mimerel, pour la somme de 106 livres.
Nous ne suivrons pas le père Menestrier dans sa description de la peinture de la voûte de la
(1) Germain Pauthot avait succédé, en 1637, pour les fonctions d ordinaire de la v Horace le Blanc,
officiers. Horace, à son lit de mort, avait désigné cet artiste au C acer; Pauthot es rt le
pour le rem
soixante-quinze ans, à l'Hôtel-de-Ville, où il avait conservé sor ma ur Le logement qu'il occupait depuis l'année 1666 consistait en une chambre, de plain-f a grande cour à l'e du côté sud, de deux cabinets attenants avec un en au-dessus, et de deux autres chambres placées à l'entresol, à l'extrémité de la galerie jui dessert cet étage dans la longueur de la grande cour
€) Thomas Blanchet est né à Paris en 16143 il est vraisemblable que Pauthot le fit revenir d'Italie, où il se trouvait, pour l'associer aux grands travaux que le Consulat projetait pour l'Hôtel-de-Ville; cela semble ressortir de la délibération du 9 mars 16$$, où il est dit que Bl
était venu récemment d'Italie.
Blanchet reçut de la ville le titre de peintre ordinaire le 1 167$, après que Pauthot, qui était fort âgé & se sentait mourir, eut donné sa démission. Blanchet jouit dès lors de tous les t éges et émoluments attribués à son emploi, lesquels comportaient le logement à l'Hôtel-de-Ville (il ne l'occupa qu'après | je Pauthot), et des gages de Goo livres par an. Il va sans dire que les peintures sutres que celles auxquelles l'artifte était tenu de mettre la main (portraits du Roi, des princes, des gouverneurs, des prévôts des marchands et échevins, distribués chaque a aux magistrats consulaires entrant en charge) lui étaient payées à part. Blanchet mourut à l'Hôtel-de-Ville
e 21 juin 1689, à l'âge de so accompagné à sa dernière demeure, qui était l'église Saint-Pierre (pa
l'Hôtel-de-Ville), par Gaspard Barailhon, pr
Dans la notice que M. Charles Blanc, dans son Histoire des peintres (tome III e 1), consacre à Thomas Blanche dont il 2 au meilleurs peintres franc s P il avance que, lorsque ce peintre eu terminé les vastes le Consulat lui ayant demandé un compte de ses dé sés, celui-c sent n mémoire 1 il mit pour cent mille j et de noir. L e comprirent, et après l'avoir 1 yé, lui constituèrent une pensi honorable et lui assurèrent un logement à vie à l'Hôtel-de-Ville
N en regard de cette histoire un peu romanesque; elle nous montrera que, malgré son manque ordinaire d'argent
(3) En 1660, année où la peinture de la grande salle fut sans doute achevée, Germain Pauthc xs Blanchet reçurent u de
4,000 livres, pour les tra art qu'ils y
grande salle; cette description est tellement étendue, et il fait signifier tant de choses à chacun des personnages ou des emblèmes qui concourent à l’ensemble décoratif, qu'il est fort douteux que le peintre Blanchet ait eu l'idée de toutes les explications ingénieuses que donne le savant jésuite.
Il nous suflira d'indiquer d’après lui le motif de cette peinture. Le temple d'Auguste, bâti à Lyon aux frais de soixante nations, fut le sujet choisi par le peintre. Celui-ci considérant que les augures qui se mélaient de prédire l'avenir et d'interpréter les événements, avaient été les principaux administrateurs de ce temple, a fait servir à son sujet les conjectures et les vues de l'avenir. Aussi l'ouvrage était-il divisé en diverses parties : un corps d'architecture, le soleil, les douze signes du zodiaque et les éléments représentés par des fables, deux tableaux de l’histoire de Lyon et celle d'Alexandre, avec les portraits de quatorze Louis, accompagnés de devises.
Tout cela parait assez compliqué, et nous doutons que la peinture puisse se prêter heureusement à rendre tant de choses; mais entre la sécheresse et le positivisme de beaucoup d'ouvrages de notre époque et l'ardeur ambitieuse des peintres du XVI et du XVII siècle, qui ne craignaient pas d'aborder l'allégorie dans ce qu’elle a de plus abstrait, n'y a-t-il pas un abime, et ne vaut-il pas mieux voir ce bel art de la peinture se lancer dans l'inconnu, même avec l'inconvénient de Sy égarer un peu, que de le rencontrer, avec une raison si nette mais aussi si froide, à la recherche de la réalité pure.
Si cette grande peinture de la salle principale a disparu, — nous verrons plus loin dans quelles circonstances, — Blanchet a laissé à l’'Hôtel-de-Ville de Lyon assez d’autres pages pour reconnaître
en lui un peintre admirablement doué pour la grande peinture décorative; il a incontestablement
autant d'imagination que d'esprit d’arrangement et de science dans la composition, et beaucoup de ses figures sont extrêmement réussies (1).
Tandis que se faisaient les décorations intérieures, le Consulat n’oubliait pas de compléter celles extérieures, et il chargeait, en 1658, le sculpteur Martin Hendricy de poser les tables de Claude (2) du côté de la police, dans le grand vestibule, appelé dans les actes consulaires la Salle basse, et de sculpter les ornements qui sont autour, pour la somme de 1,000 livres. Ce prix paraît bien élevé, lorsque Jacques Mimerel ne reçoit l’année suivante que 400 livres pour quatre figures en pierre tendre, qu'il a placées au fond de la grande cour, dans la partie circulaire, et qui représentaient Neptune, Acis, Galathée et le cyclope Polyphème (3).
Le 27 décembre de la même année, le Consulat passait, moyennant 8,000 livres tournois et 10 louis d’or d'étrennes, un nouveau marché avec Thomas Blanchet et Germain Pauthot, tant
pour le tableau décorant le plafond de la salle du Consulat (dite des Echevins), que pour dorer
les consoles, corniches et ornements de sculpture du lambrissage de menuiserie qui l'entoure. En 1660, il accordait à ces deux peintres un supplément de 4,400 livres et de 40 louis d'or
d'étrennes, pour remplir par trois tableaux les places vides laissées par la menuiserie et la
QG) Voir planche 40, le plafond de l'ancienne salle de la conservation, aujourd'hui salle du Conseil général et du Conseil municipal, planche f4,
celui de la salle d'Henri IV, autrement dite des portraits, enfin planche 43, celui de la salle du Consulat ou des Echevins, ces trois plafonds étant
les seuls qui soient restés complètement intacts.
() Les tables sur lesquelles est gravé le discours de l'empereur Claude sont en bronze; elles furent découvertes à Lyon, sur le versant sud de la colline Saint-Sébastien, en 1f28 ou 1f29, en creusant un canal destiné à recevoir les eaux d'une fontaine
(G) Ces figures, extrêmement mutilées, existaient encore en 18$7, au moment des grands travaux de restauration: elles ont été alors moulées
et les plâtres sont conservés dans les dépôts.