CHAPITRE DEUXIEME
sculpture, et pour la dorure à l’or fin de toute la sculpture et la menuiserie de la cheminée et des deux portes de communication avec les pièces voisines (1) Le sculpteur Nicolas Lefebure ou Lefebvre avait été chargé des ornements et figures de la cheminée et du plafond de cette salle, et certes il avait du talent; les deux figures, la Philosophie et la Vérité, sculptées sur bois, et qui forment l’ornementation principale de la cheminée, sont là pour le démontrer.
Il est à remarquer que Germain Pauthot et Thomas Blanchet ne dédaignaient pas de faire de
la peinture décorative, quoique peintres d'histoire, et que Lefebure se chargeait de la sculpture d'ornement, quoiqu'il fût statuaire; aujourd’hui les professions sont tranchées, peut-être au détriment de l’art, l'ensemble et l'harmonie ne pouvant que souffrir du trop grand nombre de pensées et de mains différentes qui concourent à une œuvre de décoration. Ceci nous amène à remarquer que, si l'architecte Simon Maupin paraît dans quelques-uns des marchés passés avec les
entrepreneurs des gros ouvrages, il m'est jamais mentionné dans ceux qui sont faits avec des
artistes, et il est permis de croire qu'il restait étranger à la direction de ces ouvrages, dont les
auteurs entreprenaient toute la composition, même dans sa partie architecturale.
D'ailleurs, nous n'ignorons pas qu’alors plus d’un peintre était architecte (2), et plus dun architecte, peintre et sculpteur; il n’y a donc plus à sétonner de l'indépendance qu'ils pouvaient réclamer dans les appartements dont la décoration leur était confiée. Aujourd'hui, tout est au
contraire tellement tranché dans les connaissances et les attributions de chacun, que pareille chose
ne serait plus possible, et c’est Ià sans doute une des causes du défaut d'unité et d’harmonie que renferment trop souvent les œuvres modernes, entre les lignes architecturales proprement dites et la décoration qui les recouvre ou leur sert de complément.
ous avons été ramené incidemment à Maupin, et c’est ici le cas de compléter, par quelques renseignements nouveaux, tout ce qui intéresse cet artiste. En décembre 1649, il reçut du Consulat 200 livres, « pour plusieurs plans et desseings, qu'il a faicts pour la construction et ornemens «< du nouveau hostel commun, pour donner aux entrepreneurs d'iceluy. » Au-delà de cette date, nous ne trouvons plus aucune mention relative à des émoluments qui lui fussent attribués
pour l'Hôtel-de-Ville, et c’est ce qui nous confirme dans lopinion que nous venons d'émettre,
celle qu'il dut rester étranger aux travaux de l'intérieur, évidemment les plus minutieux et délicats, et qui par cela même demandaient à être les mieux rétribués.
Cependant, le 4 janvier 1657, Maupin avait réclamé pour obtenir un logement dans l’intérieur de l'édifice, et le Consulat, par un acte (3) conservé aux archives de la ville, fit droit à sa
demande et le lui accorda.
Maupin reçut encore 100 livres en 1659, en reconnaissance de ses peines et vacations, pour avoir
fait le dessin et la description « au naturel » de la ville de Lyon et des paysages qui l’entourent (4).
{) Ces tableaux ont disparu, mais la salle dont il est ici question érait une des mieux conservées de l'édifice, au moment de sa restauration Nous donnons, planches 41, 42, 43 et 44-45, les différents détails de cette salle. Le plafond planche 43 et le côté représenté par la planche 41 n'avaient presque pas subi d'altération; sur celui représenté par la planche 42, il ne restait plus que la porte, les deux autres côtés de la pièce n'avaient rien conservé
() Dans la délibération du 11 octobre 167$, qui nomme Blanchet aux fonctions de peintre ordinaire de la ville, il est qualifié de peintre et architecte.
(3) Cet acte n'a pas seulement rapport à la réclamation de Maupin, mais il indique, — et c'est là ce qui lui de plus grand in = quelques nouvelles répartitions dans les locaux de l'Hôtel, entre autres la transformation de la salle du Consulat d'été, en salle destinée aux audiences de la co:
(4) Ce travail, resté oute en manuscrit, a été perdu.
Nous ne mentionnons ce fait, étranger à notre histoire, que pour préciser davantage nos observations précédentes, et marquer par là que si d’autres traces d’émoluments particuliers pour l’'Hôtel-de-Ville, en dehors de ceux que nous avons rappelés, n’existent pas dans les archives communales, c’est qu'il ne lui a rien été donné de plus.
En résumé, il a reçu :
Le 18 octobre 1646, pour les frais de son voyage à Paris ë : 5 300 livres. Le 20 décembre de la même année, son fils a reçu. . . : é : 200 — Le même jour, Maupin a reçu à : 600 — Enfin, en 1649. : ? e - 200 — Torai Du 5 ec Sn ce 1,300 livres
Cette somme de 1,300 livres, dont 200 pour son fils, parait tellement disproportionnée avec le travail qui a dû incomber à Simon Maupin pour la direction d’une aussi grande entreprise, qu’il y a lieu de se demander encore quel rôle il a joué en définitive, et, si sa mission ne s’est pas bornée à donner quelques plans d'ensemble aux entrepreneurs, sans dessins de détails et sans surveillance; et alors qui l’a remplacé pour ces parties si importantes de la profession d'un architecte ?
Le traitement de 60o livres qu'il recevait d'ailleurs, mais dont il devait donner une partie à son fils, était déjà bien faible pour les fonctions importantes qu'il avait à remplir comme architecte voyer de la ville ; de quelle manière les soins, le travail et le zèle de cet architecte étaient-ils donc reconnus? Ce sont là des points qu’il nous est impossible d'éclaircir aujourd’hui au moyen des documents qui nous restent.
Il nous paraît curieux et utile de faire remarquer ici la disproportion qui existait entre les hauts prix que recevaient les peintres et les sculpteurs, prix qui ne seraient pas plus élevés de nos jours, et la faiblesse des honoraires qui ont été accordés à notre architecte.
Or, comme nous savons qu'il était habile et capable, nous devons en conclure, ou bien qu'il n’a eu sur les travaux qu'une surveillance très-générale et toute sommaire, et encore pendant les premières années de la construction seulement, — et nous avons vainement cherché la trace des personnes qui pouvaient vei ler aux détails sous sa direction, — ou bien encore que ses services ainsi
guré aux archives
que ceux de ses collaborateurs ont été rétribués d’une façon qui na jamais fi communales, tandis qu'on est surpris d'y trouver relatées en détail des dépenses de la nature la lus insignifiante.
Après la décoration de la grande salle et de la salle du Consulat, le Prévôt et les Échevins voulurent terminer le grand escalier, et ils firent, le 30 août 1661, avec Germain Pauthot et Blanchet un nouveau traité d'après lequel le peintre ordinaire de la ville et son associé avaient à peindre du
haut en bas toute la cage de cet escalier, soit en coloris soit en grisaille, restant chargés de tous les
rais, à l'exception des échafaudages fournis par le Consulat, et moyennant la somme de 1 5,000 livres tournois et de $o louis d'or pour étrennes.
La salle de la Conservation et le vestibule qui le précède ont dû être l’objet des soins du Consulat, aussitôt qu'il eut arrêté l'achèvement du grand escalier, puisqu’au 1% mars 1668 il liait, par un traité, Laurent Lor, dit Champagne, et Jacques Liattier, maîtres menuisiers, pour l'exécution du lambrissage destiné à garnir les murs de ce vestibule à la hauteur de huit pieds par un soubassement, et au-dessus par des cadres, « pour mettre les tableaux de ceux qui ont passé par les charges consulaires
« de la dicte ville. »